Ils ont entre 25 et 35 ans, ils travaillent, ils cotisent, et ils n'y croient plus. Pas à la retraite, pas au système, pas à la France. Ce décrochage silencieux de toute une génération est la vraie bombe à retardement de notre économie — bien plus dangereuse que le dernier rapport de la Cour des comptes.
47%
C'est la part des moins de 35 ans qui déclarent envisager sérieusement de quitter la France dans les prochaines années, selon plusieurs enquêtes récentes sur les aspirations de la jeunesse active.
Quand les cotisants fuient les cotisations
Je vais vous dire quelque chose que personne ne veut vraiment entendre dans les sphères du pouvoir : la France est en train de perdre ses meilleurs éléments, et elle le mérite un peu. Pas parce que le pays serait fondamentalement mauvais — il reste l'un des plus beaux du monde, dans tous les sens du terme. Mais parce que le contrat qui liait les générations entre elles est brisé, et tout le monde le sait.
Le reportage du Figaro est édifiant. Ces jeunes actifs qui refusent de cotiser pour un système qu'ils estiment condamné ne sont pas des égoïstes. Ce sont des gens rationnels. Un ingénieur de 28 ans qui gagne 3 500 euros brut en France voit partir chaque mois près de 40% de sa rémunération en prélèvements divers. En échange ? Une retraite hypothétique à 67 ans, des services publics dégradés, des logements inaccessibles, et une dette publique de 3 300 milliards d'euros qu'il devra rembourser. Le marché, comme on dit, est mauvais.
Force est de constater que nous avons construit un système qui prélève massivement sur les jeunes actifs pour financer les dépenses d'aujourd'hui, sans leur offrir de perspectives crédibles pour demain. C'est du clientélisme intergénérationnel, ni plus ni moins.
Une fiscalité qui décourage jusqu'à naître ici
Notre modèle fiscal est, je le dis sans détour, une machine à décourager. Antifamille — les couples qui travaillent tous les deux sont systématiquement pénalisés. Anti-propriété — acheter un bien immobilier déclenche une cascade de taxes et de droits de mutation parmi les plus élevés d'Europe. Antitravail — chaque heure supplémentaire travaillée est taxée davantage que la précédente.
Comparez avec nos voisins. En Allemagne, la pression fiscale globale sur un jeune cadre est sensiblement inférieure, et les droits à la retraite sont plus lisibles. Aux Pays-Bas, l'actionnariat salarié est encouragé fiscalement dès le premier emploi. En Suisse — je sais, c'est presque un cliché — un ingénieur de 28 ans garde 65% de ce qu'il gagne. En France, il en garde 60%, et encore, avant l'impôt sur le revenu.
Résultat : les candidatures sans réponse s'accumulent en France, non pas faute de compétences, mais parce que les compétents s'en vont. Berlin, Amsterdam, Zurich, Dubaï, Montréal — les mêmes villes reviennent dans toutes les conversations de trentenaires qualifiés. Ce n'est pas une posture, c'est une stratégie de survie économique individuelle parfaitement cohérente.
Moins de six mois pour ne rien faire, comme d'habitude ?
Dans six mois, la France vote pour son président. Et dans les programmes qui circulent, je cherche encore la grande réforme fiscale qui redonnerait envie aux jeunes actifs de miser sur leur pays. Je la cherche, et je ne la trouve pas. On parle de « justice fiscale », de « solidarité renforcée », d'« investissements publics » — autrement dit, de dépenser davantage un argent qu'on n'a pas.
Personne ou presque n'ose dire l'évidence : si vous taxez le travail comme un vice et la réussite comme un crime, vous obtenez une génération qui prend l'avion. La vraie question de la présidentielle 2027 ne devrait pas être "comment redistribuer mieux ?" mais "comment convaincre les meilleurs de rester ?"
La France a tout pour gagner. Mais elle joue à perdre.

