Gold Card : personne ne veut du visa de Trump

La Gold Card de Trump, visa d’exception à 1 million de dollars, n’a séduit qu’une seule personne depuis son lancement. Malgré des centaines de candidatures, ce dispositif peine à convaincre les investisseurs internationaux.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 24 avril 2026 6h52
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Gold Card : personne ne veut du visa de Trump - © Economie Matin
1 MILLION $La Gold Card aura rapporté un peu plus d'un million de dollars

Qui l'eût cru ? La fameuse Gold Card de Donald Trump, cette carte miracle supposée faire affluer les millionnaires du monde entier vers les États-Unis, connaît un démarrage... comment dire... confidentiel. Depuis son lancement effectif en décembre 2025, une seule âme charitable a daigné débourser le prix d'entrée. Howard Lutnick, secrétaire au Commerce, a dû confesser cette cuisante réalité devant une commission de la Chambre des représentants : « Une personne a été récemment approuvée », a-t-il admis jeudi 23 avril, sans doute la gorge serrée.

Cette révélation détonne singulièrement avec les rodomontades de l'administration Trump. En mars 2025, le même Lutnick se pavanait sur le podcast All-In, clamant avoir déjà écoulé 1 000 Gold Card à cinq millions de dollars pièce. Une vantardise aujourd'hui réduite à néant par les faits têtus. Visiblement, les riches de ce monde ne se bousculent pas au portillon américain.

Un dispositif onéreux aux critères draconiens

La mécanique de cette Gold Card révèle toute sa splendeur : un million de dollars comptant pour s'offrir une résidence permanente américaine. Ajoutez-y 15 000 dollars de paperasserie administrative – soit vingt-cinq fois le tarif habituel des autres visa – et vous obtenez le sésame le plus cher de la planète. Ces tarifs stratosphériques s'assortissent d'un processus de sélection que les autorités qualifient pudiquement d'« extrêmement rigoureux ».

« Ils effectuent les vérifications et analyses les plus sérieuses de tout candidat potentiel dans l'histoire du gouvernement », s'est justifié Lutnick lors de son audition, manifestement peu conscient de l'ironie de la situation. Cette procédure d'exception promet théoriquement de valider les candidatures en « quelques semaines », pourvu que les contrôles sécuritaires du département de la Sécurité intérieure ne traînent pas en longueur.

Initialement tarifé à cinq millions de dollars lors de son annonce fracassante de juin 2025, le programme a subi un ajustement à la baisse – sans doute pour élargir le vivier de candidats potentiels. Manifestement, même bradée, cette offre peine à séduire les grandes fortunes mondiales.

Les objectifs économiques de l'administration Trump

L'administration Trump justifie cette débâcle par de nobles considérations stratégiques. L'objectif proclamé consiste à magnétiser les investisseurs internationaux fortunés, transformant les États-Unis en eldorado pour capitaux nomades. Cette logique s'inscrit certes dans une tendance mondiale où maints pays proposent leurs « visas dorés », mais force est de constater que la recette américaine manque singulièrement de saveur.

Ce programme ambitieux vise ostensiblement à stimuler l'investissement direct étranger, encourager l'éclosion d'entreprises sur le sol américain, soutenir l'innovation technologique et industrielle, tout en compensant les restrictions migratoires imposées aux populations moins fortunées. Une stratégie migratoire ouvertement discriminatoire qui assume sans fard la sélection par le portefeuille. Donald Trump n'avait d'ailleurs pas dissimulé son enthousiasme lors de la présentation du dispositif, évoquant une mesure « très enthousiasmante pour moi et pour le pays ». L'enthousiasme, hélas, ne s'avère pas contagieux.

Un échec commercial qui interroge

Malgré les « plusieurs centaines de personnes » ayant prétendument entamé les démarches selon Lutnick, la conversion en approbations effectives demeure dramatiquement famélique. Cette situation soulève d'embarrassantes interrogations sur l'attractivité réelle du programme face à la concurrence internationale, particulièrement quand les étrangers boudent ostensiblement l'offre américaine.

Plusieurs facteurs éclairent cette désaffection. D'abord, le ticket d'entrée d'un million de dollars positionne la Gold Card dans une gamme tarifaire prohibitive comparativement aux alternatives concurrentes. Ensuite, les méandres bureaucratiques peuvent rebuter des investisseurs accoutumés à davantage de fluidité dans leurs transactions internationales.

L'existence du programme EB-5, déjà établi pour les investisseurs étrangers, constitue également une concurrence interne déloyale. Bien que Trump vitupère contre les fraudes entachant ce dispositif historique, celui-ci offre des conditions potentiellement plus séduisantes pour certains profils d'investisseurs avisés. À l'heure où même les systèmes de paiement évoluent vers plus de simplicité, la complexité de la Gold Card détonne singulièrement.

Des perspectives économiques incertaines

L'impact économique espéré relève désormais du wishful thinking. Avec une seule approbation confirmée, les recettes générées atteignent péniblement 1,015 million de dollars – une somme dérisoire au regard des « milliards de dollars » promis par Lutnick pour alimenter le « compte cadeau » gouvernemental. Même une cagnotte Leetchi ferait mieux.

Cette situation cocasse intervient précisément quand l'administration s'évertue à démontrer l'efficacité de sa politique migratoire sélective. Le hiatus entre les fanfaronnades initiales et la cruelle réalité du terrain risque de saper définitivement la crédibilité du programme auprès des investisseurs internationaux, ces derniers n'étant manifestement pas dupes.

Par ailleurs, les critiques pleuvent concernant cette « résidence à vendre » réservée aux seuls nantis. Certains analystes y dénoncent une marchandisation éhontée de la citoyenneté américaine, tandis que d'autres persistent à considérer cette approche comme un outil stratégique nécessaire dans une économie mondialisée. Le débat fait rage, mais les chiffres, eux, parlent.

Le département de la Sécurité intérieure, responsable des validations finales, maintient sa ligne de prudence maximale. Cette stratégie, si elle garantit théoriquement la qualité des profils sélectionnés, compromet manifestement les objectifs quantitatifs du programme. L'avenir de cette Gold Card dépendra désormais de la capacité de l'administration à concilier l'inconciliable : sélectivité draconienne et attractivité commerciale. Pari perdu d'avance ?

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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