Grève du 5 novembre : le secteur privé entre en scène, l’économie tangue

Le 5 novembre 2026, la grève intersyndicale franchit un cap historique : pour la première fois, tous les syndicats de l’enseignement privé sous contrat rejoignent le mouvement, aux côtés de la SNCF et de la fonction publique. Plus de deux millions d’élèves concernés, des perturbations nationales et un fossé salarial croissant placent l’économie française sous haute tension.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 26 octobre 2026 11h07
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Grève du 5 novembre : le secteur privé entre en scène, l’économie tangue - © Economie Matin
2,1 millionsLe secteur scolarise 2,1 millions d'élèves dans 8 500 établissements.

Le 5 novembre 2026 marquera un tournant dans l'histoire sociale française. Pour la première fois, l'ensemble des syndicats de l'enseignement privé sous contrat appellent à la grève, aux côtés de l'intersyndicale du public (CFDT, CGT, FO, Unsa, FSU). Plus de deux millions d'élèves, soit 17% des effectifs scolaires nationaux, verront leurs cours perturbés. La SNCF, avec ses quatre principaux syndicats mobilisés, annonce des perturbations majeures. L'économie française retient son souffle.

Une première historique : le secteur privé dans la rue

L'enseignement privé sous contrat rompt le silence

Jamais l'enseignement privé sous contrat n'avait connu pareille unanimité. Fep-CFDT, SNEPL-CFTC, SNPEFP-CGT et SYNEP CFE-CGC, d'ordinaire divisés, se rejoignent pour dénoncer l'insuffisance des propositions salariales. Selon Le Parisien, les organisations syndicales rejettent la revalorisation patronale de 1,3%, jugée dérisoire face à la hausse du Smic de 2,41%. Concrètement, les enseignants du privé obtiendraient deux euros brut supplémentaires par mois. Un écart qui creuse le fossé avec leurs homologues du public et alimente la colère.

Le secteur scolarise 2,1 millions d'élèves répartis dans 8 500 établissements. La grève paralysera collèges et lycées privés, contraignant des milliers de familles à s'organiser. Les syndicats employeurs, réunis au sein de l'Unetp, campent sur leurs positions budgétaires malgré les alertes syndicales. L'enjeu dépasse le simple pouvoir d'achat : il interroge la capacité du privé sous contrat à retenir ses personnels face à l'attractivité croissante d'autres secteurs.

SNCF, transports : les perturbations attendues

Les quatre principaux syndicats ferroviaires (CGT-Cheminots, Unsa-Ferroviaire, Sud-Rail, CFDT-Cheminots) ont confirmé leur participation. Le Figaro anticipe des perturbations majeures sur les lignes TGV, Intercités et TER. Les RER franciliens subiront également des suppressions, compliquant les déplacements de millions d'usagers. La RATP n'a pas encore communiqué sur l'ampleur de la mobilisation métro et bus, mais les premiers préavis laissent présager une journée difficile pour les Franciliens.

L'impact économique direct se chiffrera en dizaines de millions d'euros : pertes de chiffre d'affaires pour la SNCF, absentéisme dans les entreprises, ralentissement de l'activité commerciale. Les chaînes logistiques, déjà fragilisées par les tensions internationales, risquent de nouvelles ruptures. Plusieurs fédérations patronales ont alerté sur les conséquences d'une mobilisation prolongée, évoquant un climat d'incertitude délétère pour les investisseurs.

Les revendications économiques au cœur du mouvement

Le fossé des salaires : 1,3% contre 2,41% de hausse du Smic

Le différentiel salarial cristallise les tensions. Alors que le Smic a progressé de 2,41% au 1er janvier 2026, les enseignants du privé sous contrat se voient proposer 1,3%, soit un gain mensuel de deux euros brut. L'inflation, estimée à 2,2% sur douze mois glissants par l'Insee, grignote mécaniquement le pouvoir d'achat. Les syndicats réclament un alignement sur la fonction publique, où le point d'indice pourrait être revalorisé à hauteur de 2% selon les annonces gouvernementales de septembre.

L'intersyndicale a publié un communiqué sans équivoque : « La colère est immense. La situation du pays est fragile. Il faut sans attendre répondre aux urgences sociales et environnementales. » Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, a confirmé : « Le rendez-vous de mobilisation, c'est le 5 novembre. » Sophie Binet, à la tête de la CGT, enfonce le clou : « L'heure est venue de franchir un nouveau cap dans la mobilisation, la grève doit prendre le relais. »

Services publics et emploi : les vrais enjeux économiques

Au-delà des salaires, la mobilisation cible le projet de budget 2027. Le gouvernement prévoit 60 milliards d'euros d'économies, dont une partie pèsera sur les services publics. Gel des prestations sociales, réduction des effectifs dans la fonction publique, ralentissement des investissements : autant de mesures que les syndicats jugent incompatibles avec les besoins du pays. L'intersyndicale réclame une taxation accrue des patrimoines, héritages et dividendes pour financer les augmentations salariales.

Les secteurs de la santé, de l'éducation et des transports concentrent les inquiétudes. Les hôpitaux publics, déjà sous tension, redoutent de nouvelles coupes budgétaires. L'Éducation nationale voit ses effectifs stagner malgré la hausse démographique. Les infrastructures ferroviaires nécessitent des investissements massifs, mais le budget alloué reste insuffisant selon les experts. La grève du 5 novembre incarne un refus collectif de cette trajectoire, perçue comme un renoncement aux missions régaliennes de l'État.

Chiffrer l'impact : deux millions d'élèves concernés, perturbations nationales

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. L'enseignement privé sous contrat emploie 140 000 enseignants et accueille 2,1 millions d'élèves, soit 17% des effectifs scolaires. La grève touchera également les 850 000 agents de la fonction publique d'État mobilisés le 29 septembre dernier, auxquels s'ajoutent les personnels de la SNCF, de la RATP et de nombreuses administrations. Plus de 600 actions ont été déclarées pour le 24 octobre, préfigurant l'ampleur du mouvement à venir.

Les entreprises anticipent un taux d'absentéisme élevé, notamment en région parisienne où les transports seront les plus affectés. Le coût indirect (perte de productivité, réorganisation des équipes, télétravail contraint) pourrait atteindre plusieurs centaines de millions d'euros selon les premières estimations du Medef. Le secteur du commerce de détail redoute une baisse de fréquentation, tandis que la restauration craint l'annulation de réservations.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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