Une guerre au Moyen-Orient. Trois trajectoires possibles. Derrière les frappes initiales contre l’Iran, les économistes et stratèges financiers redoutent une chaîne de chocs économiques qui pourrait se propager bien au-delà du Golfe. Inflation, pétrole, récession mondiale : l’évolution du conflit pourrait rapidement faire basculer l’équilibre fragile de l’économie internationale.
Guerre en Iran : un risque de récession en Europe ?

Guerre Iran–Occident : trois scénarios qui inquiètent les marchés
Au début du mois de mars 2026, les frappes aériennes menées par les États-Unis et Israël contre des cibles iraniennes ont ouvert une nouvelle phase d’instabilité géopolitique. L’attaque n’a pas été totalement inattendue, mais la brutalité de son déclenchement et la mort de plusieurs responsables iraniens ont profondément bouleversé l’équilibre stratégique de la région.
Dans ce contexte, des économistes de la banque suisse Bank J. Safra Sarasin ont publié une analyse détaillée des conséquences possibles du conflit. Leur étude décrit trois scénarios distincts. Un scénario central jugé le plus probable, un scénario pessimiste redouté par les marchés, et un scénario optimiste qui verrait une désescalade rapide. Tous reposent sur un facteur clé : l’évolution du prix du pétrole et la stabilité du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite une part considérable du commerce énergétique mondial.
Le scénario d’un conflit contenu : baril à 75 dollars et croissance ralentie
Le premier scénario, considéré comme le plus probable par les analystes avec environ 50 % de probabilité, repose sur une hypothèse relativement limitée du conflit. Les opérations militaires se poursuivraient pendant plusieurs semaines, essentiellement sous la forme d’une campagne aérienne destinée à affaiblir les capacités militaires iraniennes.
Dans cette configuration, les forces iraniennes seraient suffisamment affaiblies pour limiter leurs attaques, mais le régime resterait en place. Les tensions resteraient donc élevées, sans toutefois dégénérer en guerre régionale incontrôlable. L’objectif politique américain serait clair : conclure rapidement l’opération avant que la hausse du prix du pétrole ne se répercute trop fortement sur l’économie américaine et sur la saison estivale de consommation énergétique.
Le détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce pétrolier mondial, rouvrirait alors sans dégâts majeurs sur les infrastructures énergétiques. Les marchés resteraient nerveux, mais la situation finirait par se stabiliser.
Les conséquences économiques seraient réelles mais relativement limitées. Les analystes estiment que le prix du pétrole pourrait se stabiliser autour de 75 dollars le baril, soit environ 15 % au-dessus du niveau observé au début de l’année 2026. Cette hausse entraînerait une augmentation temporaire de l’inflation mondiale. Dans les économies développées, elle pourrait atteindre environ 0,5 point supplémentaire après deux à trois mois. Dans les économies émergentes, l’effet serait plus marqué, avec une hausse estimée entre 1 et 2 points.
La croissance mondiale, elle aussi, serait légèrement affectée. L’étude évoque une perte d’environ 0,2 point de croissance globale. Un ralentissement modéré, mais suffisant pour maintenir les banques centrales dans une position prudente.
Du côté des marchés financiers, les analystes anticipent un climat d’incertitude. La volatilité boursière resterait élevée. Cependant, la correction resterait limitée : les marchés actions pourraient reculer d’environ 5 % avant de se redresser progressivement.
Choc énergétique majeur et crise généralisée : le scénario d’un conflit régional prolongé
Le deuxième scénario constitue le véritable cauchemar des investisseurs. Les stratèges financiers lui attribuent environ 25 % de probabilité, mais ses conséquences seraient nettement plus graves.
Dans cette hypothèse, les capacités militaires iraniennes résisteraient bien mieux que prévu aux frappes occidentales. Le conflit s’étendrait progressivement dans la région. Des attaques pourraient viser d’autres pays du Moyen-Orient, rendant impossible un retrait rapide des forces américaines.
La situation la plus critique concernerait le détroit d’Ormuz. S’il venait à être fermé ou gravement perturbé, le commerce pétrolier mondial serait directement menacé. Les infrastructures énergétiques pourraient également être ciblées, amplifiant le choc sur l’offre mondiale de pétrole.
Dans ce scénario, le prix du pétrole dépasserait durablement les 100 dollars le baril. Une telle hausse provoquerait une onde de choc sur l’économie mondiale.
L’inflation augmenterait brutalement dans la plupart des économies. Les analystes évoquent une hausse d’au moins 2 points. Ce type de choc énergétique pourrait raviver les anticipations inflationnistes et provoquer des effets de second tour dans les salaires et les prix.
Le risque principal serait alors celui d’un retour de la stagflation. Une combinaison redoutée d’inflation élevée et de croissance faible.
Plusieurs économies pourraient entrer en récession. L’Europe et les pays fortement dépendants des importations de pétrole seraient particulièrement exposés. L’étude cite notamment les économies européennes, le Japon ou certains pays émergents comme particulièrement vulnérables.
Les marchés financiers réagiraient violemment. La volatilité pourrait exploser, avec des indicateurs de stress boursier dépassant largement leurs niveaux habituels.
Les actions pourraient chuter d’environ 15 %. Les obligations d’État bénéficieraient en revanche d’un mouvement de fuite vers la sécurité, entraînant une baisse des rendements obligataires.
Le dollar américain se renforcerait fortement. L’or, valeur refuge traditionnelle en période d’incertitude géopolitique, pourrait atteindre des niveaux historiques proches de 6 000 dollars l’once.
La meilleure des solutions ? Une désescalade rapide en Iran
Le troisième scénario, également évalué à environ 25 % de probabilité, repose sur une hypothèse beaucoup plus favorable. Les frappes occidentales auraient alors un effet militaire décisif.
Les capacités militaires iraniennes seraient rapidement neutralisées. Les attaques de missiles et de drones cesseraient dans les semaines suivant le début du conflit.
Dans ce contexte, la confrontation active pourrait s’achever en moins d’un mois. Le régime iranien accepterait des concessions majeures, notamment sur ses programmes nucléaires et balistiques.
Les États-Unis pourraient alors revendiquer une victoire stratégique rapide et réduire rapidement leur présence militaire dans la région.
Le marché pétrolier réagirait immédiatement à cette désescalade. Les prix du pétrole chuteraient rapidement vers environ 65 dollars le baril.
Contrairement aux deux autres scénarios, l’impact économique serait alors très limité. L’inflation mondiale ne subirait quasiment aucun effet durable.
Les marchés financiers retrouveraient rapidement leur stabilité. Les investisseurs abandonneraient leurs positions défensives et reviendraient vers les actifs plus risqués.
Les actions se redresseraient rapidement. Les secteurs les plus touchés par la crise énergétique, comme les transports ou le tourisme, pourraient rebondir.
Dans le même temps, le dollar reculerait et l’or perdrait une partie de son attrait. Le métal précieux pourrait revenir vers un niveau proche de 5 000 dollars l’once.
