Avec 42 000 hectares ravagés et 240 habitations détruites, l’incendie qui frappe la Gironde depuis mercredi représente une catastrophe économique d’ampleur inédite. Emmanuel Macron préside ce lundi matin une cellule de crise interministérielle pour coordonner la réponse de l’État face à un sinistre qui pourrait durer plusieurs mois et dont le coût dépassera le milliard d’euros.
Incendies en Gironde : face à l’ampleur de la catastrophe, Emmanuel Macron réunit une cellule de crise

À deux heures de la cellule interministérielle de crise prévue à 11 heures à l'Élysée, la Gironde compte ses pertes. 42 000 hectares ravagés, 240 habitations détruites, 220 000 personnes évacuées à cause des incendies : les chiffres du désastre s'accumulent depuis mercredi et dessinent une catastrophe d'une ampleur inédite pour le département. Au-delà du drame humain, l'impact économique s'annonce colossal pour une région où le tourisme représente un pilier de l'activité. Emmanuel Macron réunit ce lundi matin une cellule de crise pour coordonner la réponse de l'État face à un sinistre qui pourrait durer plusieurs mois.
42 000 hectares brûlés : le chiffre qui effraye les assureurs
La superficie ravagée équivaut à près de 60 000 terrains de football. Depuis mercredi, le feu parti accidentellement de Saumos a dévoré forêts, vignobles et zones résidentielles à une vitesse exceptionnelle. Le phénomène de pyrocumulonimbus, cet orage de feu générant ses propres vents et tourbillons, a transformé l'incendie en monstre ingérable. Les assureurs scrutent désormais leurs contrats : avec 115 000 hectares brûlés en France depuis janvier 2026, la saison dépasse déjà tous les records. Les primes pourraient flamber dès 2027 dans les zones à risque. "Cette situation est inattendue parce qu'il y a une ampleur géographique que l'on a jamais connue", reconnaît Françoise Gatel, ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation. La situation est restée globalement stable durant la nuit, offrant un répit précieux avant la hausse des températures attendue mardi.
240 habitations détruites en Gironde : quel coût de reconstruction ?
Le bilan matériel s'alourdit d'heure en heure. Aux 240 maisons girondines réduites en cendres s'ajoutent 198 habitations détruites dans les Landes voisines. À raison d'un coût moyen de reconstruction estimé entre 200 000 et 350 000 euros par logement, la facture pourrait atteindre 100 millions d'euros pour le seul habitat en Gironde. Sans compter les infrastructures publiques, les réseaux électriques et routiers endommagés. L'autoroute A63, fermée dimanche soir entre Bordeaux et le Pays basque, illustre la paralysie économique : chaque jour de fermeture représente des millions d'euros de pertes pour le transport de marchandises. La ligne SNCF Bordeaux-Arcachon, coupée, prive la région d'un axe touristique vital en pleine saison estivale. Les premiers retours d'expérience des incendies de 2022 montrent que la reconstruction complète peut s'étaler sur trois à cinq ans.
Secteur touristique et PME girondines : l'après-incendie commence
Le Cap-Ferret, le Bassin d'Arcachon, les plages atlantiques : autant de destinations prisées désormais menacées ou inaccessibles. Les hôteliers, restaurateurs et commerçants girondins voient leurs réservations s'effondrer alors que juillet et août concentrent habituellement 60% de leur chiffre d'affaires annuel. Les 220 000 personnes évacuées ne pourront regagner leurs foyers que lorsque « le feu sera fixé », martèle Sophie Brocas, préfète de la Gironde. Pour les PME locales, l'équation devient intenable : salaires à verser, charges à payer, mais aucune rentrée d'argent. Les dispositifs de chômage partiel et d'aides d'urgence devront être déployés massivement. Le feu poursuit sa progression, repoussant chaque jour l'espoir d'une reprise normale de l'activité.
800 millions d'euros pour la sécurité civile : suffisant face à la crise ?
Le budget alloué à la sécurité civile a doublé depuis 2017, passant de 450 millions à 800 millions d'euros. Un effort salué par Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, qui défend le bilan de l'exécutif face aux critiques. Mais ces moyens suffisent-ils quand un seul incendie mobilise des milliers de pompiers pendant des mois ? Les 84 sapeurs-pompiers blessés depuis mercredi témoignent de l'intensité du combat. « Les pompiers ont la rage au ventre, ils sont au cœur de leur mission », affirme Éric Brocardi, porte-parole des sapeurs-pompiers de France. La cellule de crise convoquée ce matin à 11 heures vise à coordonner les renforts nationaux et européens, mais aussi à préparer l'après : indemnisations, reconstruction, prévention. L'État devra débloquer des centaines de millions d'euros supplémentaires pour accompagner la Gironde dans la durée. Comme dans l'industrie de défense, l'urgence impose de transformer la contrainte en opportunité.
Durée de plusieurs mois : préparer la relance économique girondine
« Cet incendie va durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois avant de pouvoir passer le message final de feu éteint », prévient le lieutenant-colonel David Annotel, pompier de Gironde. Cette perspective change la donne : il ne s'agit plus de gérer une crise aiguë, mais un état d'urgence prolongé. Les températures attendues mardi, jusqu'à 40°C, pourraient relancer les foyers. La qualité de l'air, déjà classée en alerte exceptionnelle en Nouvelle-Aquitaine, menace la santé publique et freine la reprise économique. Le gouvernement devra concevoir un plan de relance spécifique pour la Gironde, associant reconstruction rapide, soutien aux entreprises et reconversion éventuelle de certains secteurs. Les incendies ont déjà montré leur capacité à perturber l'économie à grande échelle. La Gironde devra réinventer son modèle touristique et forestier pour l'adapter aux risques climatiques croissants. L'évacuation de Bordeaux, écartée « à ce stade » selon Maud Bregeon, reste un scénario de dernier recours qui témoigne de la gravité de la situation.