L'inflation repart à 2,1% en juillet. Et comme un réflexe pavlovien, la mécanique des dépenses indexées se remet en marche, engloutissant des milliards sans que personne n'ait voté quoi que ce soit. David Amiel a eu le courage de poser la question qui fâche. Il faut maintenant avoir le courage d'y répondre.
2,1%
Taux d'inflation annuel en France en juillet 2026, selon l'INSEE — suffisant pour déclencher des milliards de dépenses automatiques indexées.
L'État dépense sans voter : le scandale silencieux
Il y a une question que nos responsables politiques évitent soigneusement depuis des décennies. Combien de milliards d'euros l'État dépense-t-il chaque année sans que le Parlement ait réellement délibéré sur le sujet ? La réponse donne le vertige. Retraites, minima sociaux, allocations familiales, aides au logement : des pans entiers de la dépense publique sont indexés sur l'inflation, ce qui signifie qu'ils augmentent automatiquement dès que les prix montent. Mécaniquement. Inéluctablement. Sans débat.
Quand David Amiel, ministre des Comptes publics, propose d'ouvrir une discussion sur une « année blanche » en 2027 — c'est-à-dire une année sans revalorisation automatique — il déclenche un tollé prévisible. Pourtant, force est de constater qu'il touche à quelque chose d'essentiel. La France est l'un des rares pays développés à avoir ainsi sanctuarisé une part aussi massive de ses dépenses, les rendant insensibles à toute décision politique. En Allemagne, en Suisse, aux Pays-Bas, les revalorisations font l'objet de discussions parlementaires annuelles. Pas chez nous.
Le résultat ? Un budget qui se pilote à la marge, où les marges de manœuvre réelles représentent une portion congrue de la dépense totale. On comprend mieux pourquoi, malgré des années de « réforme », la dette publique française a franchi le cap des 3 300 milliards d'euros.
L'apprentissage sacrifié sur l'autel des automatismes
Pendant ce temps, que se passe-t-il du côté des dépenses réellement utiles à l'économie ? Elles, elles trinquent. Les régions montent au créneau contre la suppression des financements aux centres de formation des apprentis. Le gouvernement, à court de marges budgétaires, coupe dans l'investissement humain.
Je trouve cela profondément absurde. L'apprentissage, c'est précisément ce qui a permis à la France de faire reculer le chômage des jeunes ces dernières années. C'est concret, c'est efficace, c'est mesurable. Un jeune apprenti qui sort diplômé et employable, c'est un contribuable de demain, pas un allocataire de plus. Les CFA produisent du retour sur investissement. Ce n'est pas le cas de toutes les dépenses publiques, loin s'en faut.
Mais voilà le paradoxe français dans toute sa splendeur : on protège coûte que coûte les dépenses rigides, indexées, structurelles, souvent mal ciblées — et on sacrifie les investissements productifs qui gênent moins d'électeurs. C'est du clientélisme budgétaire à l'état pur.
Remettre l'humain avant l'automatisme
Je ne dis pas qu'il faut appauvrir les retraités ou supprimer les minima sociaux. Ce serait caricatural. Mais je dis qu'une démocratie digne de ce nom devrait voter chaque année, en toute transparence, le niveau de ses solidarités — plutôt que de laisser des mécanismes aveugles décider à sa place.
Une « année blanche » n'est pas une attaque contre les plus fragiles. C'est un signal que les comptes publics ont des limites, et que la solidarité, pour être durable, doit être soutenable. La France croule sous 3 300 milliards de dette. Continuer à indexer automatiquement des centaines de milliards de dépenses quand l'inflation repart, c'est creuser la tombe de nos enfants avec une pelle offerte par leurs grands-parents.
Il est temps de choisir : piloter vraiment notre budget, ou continuer de le subir.

