Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz en février 2026, les prix du gaz et du pétrole ont explosé, fragilisant l’industrie française. Le gaz atteint 76,30 €/MWh en septembre, provoquant une chute de 19% de la consommation dans le papier, 10% dans l’automobile et menaçant 12 000 emplois dans le bâtiment. Cette crise énergétique pèse sur la croissance et accélère la décroissance structurelle du gaz industriel.
Industrie française : la hausse des prix du gaz et du pétrole fragilise la croissance

En septembre 2026, le prix du gaz naturel en France a atteint 76,30 €/MWh, un record depuis février 2023. Cette hausse des prix, causée par la fermeture du détroit d'Ormuz en février, met à mal l'industrie française. Entre janvier et juillet 2026, la consommation de gaz dans le secteur du papier et du carton a chuté de 19%, passant de 4,2 TWh à 3,4 TWh. L'automobile et le verre ont également réduit leur consommation, respectivement de 10% et 7%. Globalement, la consommation industrielle de gaz a diminué de 32% depuis 2019, s'établissant à 57 TWh. Les conséquences sur l'emploi et la compétitivité sont préoccupantes.
Impact des tensions internationales sur les prix de l'énergie
Les attaques en février 2026 contre l'Iran par les États-Unis et Israël ont entraîné la fermeture du détroit d'Ormuz, un passage clé pour le gaz naturel liquéfié mondial. En conséquence, les prix du gaz ont bondi de 57%, passant de 32,60 €/MWh en janvier à 51,11 €/MWh. Le prix du baril de Brent a également grimpé, franchissant les 100 dollars en septembre. Un cessez-le-feu temporaire entre février et juin avait stabilisé les cours, avant que la reprise des tensions ne relance les hausses.
Cette situation met en péril les secteurs industriels français, comme l'explique Thérèse Sliva-Marion du CLEEE : les industries du papier et du verre, fortement dépendantes de l'énergie, luttent pour rester compétitives. Pour beaucoup d'entreprises, absorber une telle augmentation des coûts sans réduire drastiquement la production est impossible.
Conséquences pour les secteurs industriels énergivores
L'industrie du papier et du carton est particulièrement touchée, avec une baisse de la consommation de gaz de 0,8 TWh entre janvier et juillet 2026. Cela se traduit par des fermetures d'usines et des délocalisations, selon Copacel. Déjà affaibli par la transition numérique, le secteur ne peut compenser l'augmentation des coûts énergétiques, qui représentent jusqu'à 30% de ses dépenses.
L'industrie automobile a, quant à elle, réduit sa consommation de gaz de 10%, tandis que le secteur du verre enregistre une baisse de 7%. L'agroalimentaire est également sous pression, les entreprises devant choisir entre maintenir leur production ou préserver leurs marges. Ces secteurs ne parviennent pas à répercuter entièrement la hausse des coûts sur leurs prix de vente, face à une demande stagnante et une concurrence internationale.
En revanche, la chimie et le raffinage montrent une certaine résilience, avec une consommation de gaz stable, voire en légère hausse pour la chimie. Cette stabilité résulte de procédés difficilement substituables et de la capacité à transférer une partie des hausses sur les prix. Cependant, une prolongation des prix élevés pourrait contraindre ces secteurs à revoir leur stratégie, avec des implications sur l'emploi et la souveraineté énergétique.
Répercussions sur l'économie et la société
La crise énergétique affecte également le secteur du bâtiment et de l'artisanat, qui a perdu 12 000 emplois en un an, selon la Capeb. Christophe Bellanger, vice-président de la Capeb, souligne les difficultés à absorber les hausses des prix du gazole et des matériaux de construction. Cela réduit les marges des PME et menace leur survie, alimentant une spirale récessionniste qui affecte le pouvoir d'achat et la demande intérieure.
La Capeb indique que 26% de ses PME sont en difficulté financière, nécessitant des financements supplémentaires. Ces petites entreprises, plus vulnérables que les grandes, ne peuvent répercuter les hausses de coûts ni négocier de meilleurs contrats d'approvisionnement. Ce contexte économique délicat accentue les incertitudes en Europe, pesant sur la confiance des investisseurs et des consommateurs.
Vers une transformation structurelle de l'industrie ?
Les gestionnaires de réseau gazier prévoient une poursuite de la baisse de la demande industrielle. Teréga, opérateur du Sud-Ouest, anticipe un recul accru d'ici la fin de l'année. NaTran, qui gère la majorité du réseau français, prévoit une diminution continue de la consommation de gaz, stimulée par l'électrification des procédés industriels. Cette transition, bien que nécessaire pour répondre aux objectifs de décarbonation, est compliquée par les tensions sur d'autres matières premières stratégiques. La question demeure de savoir si l'industrie française parviendra à opérer cette mutation sans perdre trop de parts de marché.
Ce qu'il faut retenir : Depuis février 2026, la hausse des prix du gaz et du pétrole affaiblit l'industrie française. Les secteurs comme le papier et l'automobile enregistrent des baisses de consommation significatives. En septembre, le gaz à 76,30 €/MWh menace la compétitivité et provoque des fermetures d'usines ainsi que des pertes d'emplois. En plus de ce choc conjoncturel, une décroissance structurelle de la consommation de gaz industriel est en cours, nécessitant une électrification accélérée des procédés pour préserver la souveraineté économique du pays.