Intelligence artificielle : les Etats-Unis se moquent de l’Europe

L’Europe peut-elle peser dans l’intelligence artificielle face aux États-Unis ? Scott Bessent en doute ouvertement. Lors d’une intervention au Texas, le secrétaire américain au Trésor a tourné en dérision les ambitions du continent. Si les écarts de financement sont considérables, les initiatives européennes invitent à dépasser ce jugement expéditif.

Jean Baptiste Le Roux
By Jean-Baptiste Le Roux Published on 10 septembre 2026 11h57
Scott Bessent raille le retard européen en intelligence artificielle. Investissements, régulation et Mistral éclairent la rivalité avec les États-Unis. ChatGPT
Scott Bessent raille le retard européen en intelligence artificielle. Investissements, régulation et Mistral éclairent la rivalité avec les États-Unis. ChatGPT - © Economie Matin

Intelligence artificielle en Europe : des investissements face à la puissance américaine

Le calendrier souligne le contraste. Le 8 septembre 2026, le Financial Times rapporte une levée de fonds de trois milliards d’euros pour Mistral. Cette opération, menée par Samsung, valorise l’entreprise française à 21 milliards d’euros. L’argent doit notamment renforcer ses capacités de calcul, indispensables pour entraîner ses modèles d’intelligence artificielle. Le quotidien présente ce financement comme un record pour une entreprise technologique privée européenne. Cette annonce illustre à la fois l’existence d’ambitions industrielles et les difficultés à rivaliser avec les moyens américains. Mistral attire des capitaux importants, mais évolue dans une compétition où les besoins financiers augmentent rapidement. Pour les acteurs européens, l’enjeu dépasse donc la conception d’un logiciel performant. Il faut aussi financer les infrastructures permettant de le développer, puis de servir les clients à grande échelle. La capacité à réunir ces ressources conditionne leur autonomie et leur développement commercial. Financial Times

Les données historiques permettent de mesurer cette asymétrie. Selon le rapport original AI Index 2025 de l’université Stanford, les investissements privés américains dans l’intelligence artificielle ont atteint 109,1 milliards de dollars en 2024. Le Royaume-Uni en totalisait 4,5 milliards. Le même rapport recensait 40 modèles notables issus d’institutions américaines, contre 15 en Chine et trois en Europe. Ces indicateurs portent sur une année précise et ne constituent pas un inventaire de toutes les applications développées. Ils documentent néanmoins une forte concentration des ressources. Stanford HAI Pour soutenir le secteur, la Commission européenne a présenté, en février 2025, l’initiative InvestAI. Son objectif annoncé : mobiliser 200 milliards d’euros d’investissements. Cette ambition comprend un fonds de 20 milliards destiné à de grandes infrastructures de calcul. Il s’agit d’un objectif de mobilisation financière, et non d’une somme intégralement dépensée. L’accès aux puces, aux sites et à l’électricité figure parmi les difficultés de réalisation identifiées. Reuters

Scott Bessent vise la régulation, mais le retard a plusieurs causes

C’est dans ce contexte que Scott Bessent a choisi la provocation. Interrogé à la Southern Methodist University de Dallas sur l’activité européenne dans l’intelligence artificielle, il a répondu « Nothing », avant de décliner son jugement en français et en espagnol. Cette sortie, également rapportée par MarketWatch, résume sa lecture du rapport de force technologique. MarketWatch Dans les propos reproduits par Le Figaro, il reconnaît les qualités de Mistral, mais insiste sur sa taille face à OpenAI et Anthropic. Il évoque pour ces dernières de possibles valorisations boursières atteignant 2 000 milliards de dollars. Ce sont des anticipations formulées par le responsable américain, pas des valeurs acquises. Une valorisation ne correspond d’ailleurs ni au chiffre d’affaires ni aux fonds disponibles pour investir. Le secrétaire au Trésor reproche surtout aux dirigeants européens de privilégier l’encadrement réglementaire. Il associe cette attitude à une réticence au risque et élargit sa critique aux choix fiscaux et sociaux du continent.

Cette explication politique ne suffit toutefois pas à établir les causes du décalage. Le rapport sur la compétitivité européenne remis par Mario Draghi en septembre 2024 inscrit les difficultés industrielles dans un cadre plus large. La Commission souligne notamment le ralentissement de la productivité, les pressions démographiques, les coûts énergétiques et l’intensification de la concurrence mondiale. La transition numérique exige parallèlement des investissements considérables. Commission européenne L’opposition entre une Amérique qui innove et une Europe qui réglemente mérite également d’être nuancée. Stanford recensait 59 réglementations liées à l’intelligence artificielle introduites par les agences fédérales américaines en 2024, soit plus du double de l’année précédente. Ce décompte ne compare pas leur sévérité avec les règles européennes. Il montre cependant que réglementation et développement technologique coexistent aussi aux États-Unis. Stanford HAI Pour l’Europe, le défi consiste désormais à transformer ses financements et ses compétences en capacités industrielles durables. Les montants annoncés devront se traduire en infrastructures accessibles, en services compétitifs et en débouchés commerciaux.

Jean Baptiste Le Roux

Jean-Baptiste Le Roux est journaliste. Il travaille également pour Radio Notre Dame, en charge du site web. Il a travaillé pour Jalons, Causeur et Valeurs Actuelles avec Basile de Koch avant de rejoindre Economie Matin, à sa création, en mai 2012. Il est diplômé de l'Institut européen de journalisme (IEJ) et membre de l'Association des Journalistes de Défense. Il publie de temps en temps dans la presse économique spécialisée.

No comment on «Intelligence artificielle : les Etats-Unis se moquent de l’Europe»

Leave a comment

* Required fields