En proposant une zone d’intelligence artificielle open source aux onze pays BRICS, Xi Jinping lance une offensive économique pour concurrencer les géants américains. Cette initiative vise à offrir aux entreprises des économies émergentes des technologies performantes à moindre coût, tout en redéfinissant les équilibres commerciaux mondiaux dans le secteur stratégique de l’IA.
Xi Jinping propose une zone d’IA open source aux pays BRICS

Lors du sommet des BRICS à New Delhi les 12 et 13 septembre 2026, Xi Jinping a annoncé un projet ambitieux : utiliser l'intelligence artificielle open source comme outil de conquête commerciale. Cette initiative va au-delà d'une simple avancée technologique. La Chine propose de créer une « zone d'IA open source » regroupant les onze membres du bloc, avec pour objectif de redéfinir le marché mondial, actuellement dominé par les solutions américaines. Pour les entreprises des économies émergentes, l'enjeu est d'accéder à des technologies avancées sans dépendre financièrement des géants de la Silicon Valley.
Une stratégie pour séduire les marchés des pays émergents
La stratégie de Xi Jinping est fondée sur un calcul économique précis. En permettant aux pays BRICS un accès privilégié aux modèles d'IA développés par des entreprises comme DeepSeek, Alibaba ou Zhipu AI, la Chine offre une alternative économique aux prix imposés par OpenAI, Google ou Anthropic. Bloomberg note que « la Chine vise à créer un écosystème d'IA offrant des alternatives économiques aux technologies américaines pour les utilisateurs nationaux et internationaux ».
Les entreprises chinoises ont rendu certains des modèles open source les plus avancés accessibles gratuitement ou à faible coût. Contrairement aux solutions américaines fermées et coûteuses, la Chine favorise une diffusion massive. Cette approche facilite l'accès à l'IA pour les PME africaines, brésiliennes ou indiennes, leur permettant d'intégrer ces technologies sans dépenses excessives. L'Europe elle-même lutte pour définir un modèle économique viable face aux deux titans technologiques.
Le bloc BRICS, composé de onze pays (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, Iran, Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Égypte, Éthiopie et Indonésie), représente plus de 40 % de la population mondiale. L'initiative chinoise prévoit de soutenir la coopération dans le développement d'importants modèles de langage, de proposer des programmes de recherche et de formation en IA, et de créer un écosystème ouvert partagé. Cela permettrait aux entreprises locales d'accéder directement aux infrastructures technologiques sans dépendre des fournisseurs occidentaux.
Le défi des chaînes d'approvisionnement technologiques
Chen Yixin, ministre chinois de la Sécurité d'État, a critiqué les restrictions technologiques occidentales, soulignant qu'elles pourraient fragmenter les chaînes d'approvisionnement mondiales en IA. Cependant, l'initiative chinoise pourrait également mener à la création de deux écosystèmes technologiques distincts, chacun avec ses propres standards.
Si les pays BRICS adoptent largement les technologies chinoises tandis que l'Occident privilégie les solutions américaines, le marché mondial de l'IA pourrait se diviser en deux sphères distinctes. Les entreprises devront alors développer des systèmes parallèles, augmentant les coûts d'intégration. Les startups des pays émergents devront faire un choix stratégique, ce qui pourrait influencer leur capacité à exporter vers l'Europe ou l'Amérique du Nord. Selon L'Orient-Le Jour, Xi Jinping a également proposé un « cadre mondial de gouvernance de l'IA basé sur un consensus », mais les tensions géopolitiques rendent difficile l'émergence rapide de normes universelles.
Malgré les risques de fragmentation, l'initiative chinoise offre des opportunités aux PME des pays émergents. Les entreprises éthiopiennes, égyptiennes ou brésiliennes pourraient développer des applications d'IA adaptées à leurs marchés locaux sans payer de royalties élevées. Les formations proposées par la Chine formeront des ingénieurs capables de gérer et d'améliorer ces systèmes localement, générant ainsi des emplois qualifiés. Euronews rappelle que la Chine a initié l'Organisation mondiale de coopération en IA, regroupant près de 30 pays pour mutualiser les efforts en recherche et développement.
La gouvernance mondiale de l'IA, un enjeu stratégique
La rencontre entre Xi Jinping et Donald Trump prévue à la fin septembre 2026 aux États-Unis devrait aborder la gouvernance de l'IA. Au-delà des discussions diplomatiques, l'enjeu central reste le contrôle des standards techniques qui détermineront quelle entreprise capturera la valeur économique de l'IA. En proposant un cadre de gouvernance « basé sur un consensus », Pékin cherche à imposer son modèle open source comme norme internationale, réduisant l'influence des modèles américains propriétaires.
Les prochains mois montreront si les pays BRICS adhèrent massivement à l'initiative chinoise ou s'ils diversifient leurs fournisseurs technologiques. Pour les entreprises occidentales, il s'agit d'éviter d'être exclus d'un marché de milliards de consommateurs. Pour les économies émergentes, l'enjeu est de garantir un accès optimal aux technologies d'IA tout en préservant leur indépendance stratégique. La compétition dans le domaine de l'IA se joue désormais autant sur les aspects économiques que techniques.
Résumé : La proposition chinoise d'une zone d'IA open source pour les BRICS constitue une stratégie commerciale visant à offrir aux entreprises des économies émergentes des alternatives économiques aux solutions américaines propriétaires. Si elle réussit, elle pourrait diviser le marché mondial de l'IA en deux écosystèmes distincts, tout en créant des opportunités pour les PME des pays du Sud global. L'Union européenne suit attentivement cette réorganisation géoéconomique qui pourrait influencer sa propre stratégie en matière d'IA.