Alors que l’intelligence artificielle s’imposait depuis plusieurs années comme un levier majeur de transformation du travail, l’IA recule désormais dans les usages professionnels en France : plus d’un salarié sur deux n’utilise jamais ces outils, apprend-on de la dernière étude du cabinet PwC.
IA au travail : l’histoire d’amour s’essouffle déjà

L’IA en France : un recul marqué malgré des enjeux croissants de compétences
Pour la première fois depuis son essor, l’IA enregistre une baisse de son utilisation en entreprise. En France, 54% des salariés déclarent ne jamais y avoir recours, contre 45% au niveau mondial, nous apprend le cabinet PwC dans sa dernière étude. L’écart est tout aussi frappant sur les usages réguliers : seuls 7% des actifs français utilisent ces outils quotidiennement, soit deux fois moins que la moyenne mondiale (14%). Et sur une semaine, 14% des salariés utilisent l'IA au moins une fois par semaine en France, contre 18% en moyenne mondiale.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. D’une part, les salariés évoquent un manque de formation et de temps pour s’approprier ces outils. D’autre part, l’absence de cadre clair sur ce sujet au sein de l'entreprise freine leur déploiement. « La diminution des usages professionnels de l’IA est étonnante et met en évidence un déficit d’appropriation », commente Nicolas Bourgeois, associé Workforce chez PwC France et Maghreb.
Ce recul intervient pourtant dans un moment où les besoins en compétences explosent. D'après la même étude, un quart des salariés français estime que la moitié de ses compétences sera obsolète d’ici trois ans. Dans le même temps, seuls 53% déclarent avoir acquis de nouvelles compétences au cours des douze derniers mois, contre 56% dans le monde.
L’intelligence artificielle et le travail : une perception plus négative qu’ailleurs
Au-delà des usages, c’est la perception même de l’intelligence artificielle qui classe la France à part. Les salariés hexagonaux se montrent nettement plus sceptiques quant à ses bénéfices. Ainsi, seuls 46% estiment qu’elle améliorera la qualité de leur travail, contre 60% à l’échelle mondiale. Le constat est similaire concernant la créativité : 42% des Français pensent que l’IA pourra la stimuler, contre 55% dans le reste du monde. Quant à la sécurité de l’emploi, seuls 26% y voient un effet positif, contre 38% à l’international.
Cette prudence s’inscrit dans un contexte de transformation profonde du travail. Les salariés français anticipent davantage de changements que leurs homologues étrangers, notamment en raison des attentes clients (55%, contre 44% dans le monde), des évolutions réglementaires (53%, contre 43%) et des mutations technologiques (49%, contre 45%).
Pour autant, cette inquiétude n’est pas uniforme à l’échelle mondiale. Certains pays, comme le Danemark ou le Royaume-Uni, redoutent davantage les effets de l’automatisation. À l’inverse, d’autres marchés, dont la France et la Pologne, continuent de percevoir l’IA comme un levier potentiel de création d’emplois et d’innovation. Dans ce contexte, la confiance devient un enjeu central. « L’IA ne peut créer de valeur durable que si elle est conçue comme un levier permettant d’augmenter le travail humain, pas pour s’y substituer », insiste Nicolas Bourgeois.
Manager de proximité et IA : un rôle clé dans l’adoption et les compétences
Face à ces transformations, le rôle du manager de proximité s’impose comme déterminant. En France, 56% des salariés déclarent pouvoir échanger ouvertement avec leur manager, contre seulement 43% qui font confiance à leurs dirigeants. Plus encore, moins d’un salarié sur deux se dit soutenu par son management dans le développement de ses compétences, avec un taux de 48% contre 57% au niveau mondial. Une faiblesse qui pèse directement sur l’appropriation de l’IA.
Les managers apparaissent pourtant plus avancés dans leur relation à ces technologies. Ils se montrent plus curieux et enthousiastes, respectivement 84% et 77% exprimant ces sentiments, contre 66% et 55% chez les non-managers. Cette fracture interne contribue à ralentir la diffusion des outils au sein des équipes.
Dans un environnement marqué par la recomposition des métiers, le management intermédiaire devient ainsi un levier stratégique. Il doit à la fois accompagner la montée en compétences, rassurer les équipes et structurer l’intégration de l’intelligence artificielle dans les processus de travail.
