Iran : les États-Unis assouplissent les sanctions et autorisent la vente de pétrole

Les États-Unis ont procédé lundi 22 juin à un assouplissement massif des sanctions contre l’Iran, autorisant pour la première fois depuis plus de quarante ans la vente de pétrole iranien en dollars. Cette décision, valable soixante jours, devrait générer entre 8 et 9 milliards de dollars de revenus pour Téhéran, dans le cadre de négociations diplomatiques fragiles menées en Suisse.

Photo Jean Baptiste Giraud
By Jean-Baptiste Giraud Last modified on 23 juin 2026 14h28
Iran : les États-Unis assouplissent les sanctions et autorisent la vente de pétrole
Iran : les États-Unis assouplissent les sanctions et autorisent la vente de pétrole - © Economie Matin

Les États-Unis lèvent temporairement les sanctions pétrolières contre l'Iran

Le département américain du Trésor a annoncé lundi 22 juin un assouplissement majeur des sanctions économiques visant l'Iran. Une « licence générale X » d'une durée de soixante jours autorise la République islamique à produire, commercialiser et exporter son pétrole brut, ses produits pétroliers et pétrochimiques. Pour la première fois depuis plus de quatre décennies, les transactions peuvent s'effectuer en dollars américains, marquant un tournant historique dans les relations économiques entre Washington et Téhéran.

L'initiative s'inscrit dans le contexte de négociations diplomatiques fragiles menées en Suisse, où les deux pays tentent de poser les jalons d'un accord de paix durable. Le ministre des Finances américain Scott Bessent a justifié la mesure en soulignant les engagements pris par Téhéran : garantir la libre circulation maritime dans le détroit d'Ormuz et autoriser le retour des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) sur le territoire iranien.

Une manne de 9 milliards de dollars attendue

L'assouplissement des sanctions devrait générer des revenus substantiels pour le régime iranien. Selon Miad Maleki, ancien responsable des sanctions au Trésor américain et chercheur à la Foundation for Defense of Democracies, la licence pourrait débloquer environ 67 millions de barils de brut iranien actuellement stockés dans le Golfe. Leur libération représenterait une rentrée financière immédiate comprise entre 8 et 9 milliards de dollars pour l'économie iranienne.

« Production, ventes, paiements en dollars, pétrochimie et transport protégé : tout a été activé simultanément », explique Maleki. « Ensemble, ces mesures constituent une réouverture durable de la principale source de revenus de l'Iran. » L'ampleur du revirement opéré par l'administration Trump inverse des années de pression économique destinée à asphyxier l'économie iranienne.

Le brut iranien, traditionnellement vendu avec une décote importante par rapport aux références mondiales pour contourner les restrictions, pourrait désormais se négocier à un prix supérieur au Brent, selon Brett Erickson, directeur chez Obsidian Risk Advisors. Une revalorisation qui augmenterait mécaniquement les recettes de Téhéran, offrant au régime une bouffée d'oxygène économique bienvenue.

Les raffineries chinoises en première ligne

Les raffineries chinoises, qu'elles soient publiques ou indépendantes (les « teapots »), devraient rapidement accroître leurs achats de pétrole iranien durant la fenêtre de soixante jours. La Chine absorbe actuellement environ 90 % des exportations pétrolières iraniennes, les raffineries indépendantes représentant la majeure partie de ces importations.

Jusqu'à présent, les acheteurs chinois devaient recourir à des circuits opaques pour régler leurs transactions, afin d'éviter l'exposition aux sanctions secondaires américaines. L'autorisation de transactions en dollars supprime la contrainte bancaire majeure, donnant aux raffineurs d'État comme aux indépendants un accès direct aux réseaux bancaires intermédiaires qu'ils devaient auparavant contourner.

Maleki anticipe un « cycle de reconstitution rapide des stocks », les acheteurs chinois se précipitant pour remplir leurs réserves avant l'expiration de l'exemption en août. Une dynamique qui pourrait partiellement compenser l'effondrement sans précédent des importations chinoises de brut, qui ont chuté de 4,8 millions de barils par jour entre février et mai, selon JPMorgan. Un effondrement qui dépasse même celui observé durant la pandémie au second semestre 2020 (4 millions de barils quotidiens).

Le Brent recule de 4 % après l'annonce

L'annonce américaine a provoqué un recul immédiat des cours du pétrole. Le Brent de la mer du Nord a abandonné près de 4 % en séance lundi pour s'établir autour de 77 dollars le baril, tandis que le West Texas Intermediate (WTI) américain reculait dans des proportions similaires. Les investisseurs ont intégré les perspectives d'une offre accrue sur le marché international, alimentées par le retour potentiel de volumes iraniens significatifs.

Au-delà des considérations de prix, les progrès diplomatiques enregistrés en Suisse ont également influencé les marchés. Les représentants américains et iraniens sont parvenus à définir une feuille de route destinée à aboutir à un accord global dans un délai de soixante jours. Parmi les avancées concrètes figure la mise en place d'un canal de communication visant à garantir la fluidité du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transite une part considérable du commerce mondial de pétrole.

Selon NPR, la levée des sanctions intervient dans un contexte où le président Trump cherche à démontrer sa capacité à faire baisser les prix de l'énergie et des produits alimentaires aux États-Unis. Toutefois, sa cote de popularité atteint des niveaux historiquement bas, certains républicains exprimant leur mécontentement face à sa gestion économique.

Des engagements nucléaires contradictoires

Si l'administration Trump présente l'initiative comme une victoire diplomatique, des zones d'ombre subsistent concernant les contreparties iraniennes. Le vice-président américain J.D. Vance a salué les résultats des discussions, affirmant que Téhéran s'était engagé à accueillir de nouveau les inspecteurs de l'AIEA. Pourtant, les modalités précises de cet accès restent à négocier.

Les deux parties présentent d'ailleurs la question des inspections en des termes radicalement différents. Donald Trump a écrit sur les réseaux sociaux que l'Iran « acceptera de se soumettre à des inspections approfondies de ses armes ». À l'inverse, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Esmail Baghaei, a déclaré aux médias d'État que le pays n'avait pris « aucun nouvel engagement » concernant les inspections nucléaires.

L'ambiguïté ravive les inquiétudes selon lesquelles Téhéran pourrait bénéficier d'un allègement financier substantiel sans renoncer à certaines composantes de son programme nucléaire. Avant le déclenchement du conflit le 28 février, les exportations pétrolières iraniennes constituaient la cible privilégiée de la campagne économique internationale menée par Washington pour contraindre le régime à accepter des restrictions strictes sur ses activités nucléaires.

Une répression politique qui s'intensifie

Paradoxalement, alors que les négociations progressent sur le plan diplomatique, la répression des dissidents s'intensifie à l'intérieur du pays. Selon L'Express, au moins 45 personnes ont été exécutées pour des motifs politiques depuis le début de l'année 2026 en Iran, la plupart au cours des trois derniers mois.

Parmi les victimes figure Nasser Bakerzadeh, 26 ans, pendu début mai après avoir été accusé d'espionnage au profit d'Israël, une accusation qu'il a toujours démentie. Le jeune homme avait participé aux manifestations nationales de 2022, initialement déclenchées en faveur des droits des femmes avant de se transformer en un mouvement de contestation plus large du régime.

Amnesty International dénonce l'arrestation arbitraire de plus de 6 000 personnes, parmi lesquelles des manifestants, journalistes, avocats, défenseurs des droits humains et membres de minorités ethniques et religieuses. Les accusations d'espionnage, passibles de la peine capitale, sont de plus en plus utilisées contre les opposants politiques. D'autres chefs d'inculpation très larges, comme « l'inimitié envers Dieu » ou la « corruption sur terre », servent également à réprimer la dissidence.

Un régime fragilisé qui mise sur la terreur

Pour Mahmood Amiry-Moghaddam, directeur de l'association Iran Human Rights, la vague d'exécutions témoigne de la fragilité du régime. « Ils n'ont aucune légitimité auprès du peuple. L'économie est dans un état catastrophique », estime le responsable de l'organisation basée à Oslo. « Le seul moyen pour eux de se maintenir au pouvoir est de semer la peur. »

L'assouplissement des sanctions arrive à point nommé pour un régime confronté à un profond mécontentement populaire et à une situation économique dégradée. Les revenus pétroliers supplémentaires pourraient offrir à Téhéran la marge de manœuvre financière nécessaire pour stabiliser une économie sous tension, tout en évitant de céder sur les questions politiques intérieures.

Les analystes s'interrogent toutefois sur la durabilité de l'arrangement. Si les négociations n'aboutissent pas à un accord global dans les soixante jours, Washington pourrait réimposer les sanctions, replongeant l'économie iranienne dans les difficultés. À l'inverse, une levée définitive des restrictions dépendra de la capacité des deux parties à surmonter leurs divergences sur le dossier nucléaire et les inspections.

Des marchés pétroliers qui restent soutenus

Malgré la correction observée lundi sur les marchés, plusieurs analystes estiment que les prix du pétrole devraient conserver un certain soutien. La demande saisonnière robuste et les besoins de reconstitution des réserves stratégiques dans plusieurs pays consommateurs constituent des facteurs de stabilisation.

Muyu Xu, analyste senior chez Kpler, observe que les acheteurs chinois évaluent encore les implications de la nouvelle autorisation et complètent leurs examens de conformité internes. « L'intérêt des acheteurs chinois va finalement augmenter, même si les achats effectifs dépendront des prix et de la disponibilité des cargaisons », précise l'analyste.

Michael Feller, stratège chez Geopolitical Strategy, anticipe que Téhéran utilisera la fenêtre de soixante jours pour réparer les installations pétrolières endommagées par la guerre et sécuriser des contrats à plus long terme avec les acheteurs chinois. « Ce sera un énorme coup de pouce pour l'Iran, tant pour son économie que pour son sentiment de victoire », analyse-t-il.

Au-delà des considérations économiques immédiates, l'assouplissement illustre la complexité croissante des relations internationales dans un monde multipolaire. Les États-Unis tentent de ménager leurs intérêts stratégiques tout en recherchant une désescalade avec Téhéran, tandis que la Chine consolide sa position de partenaire commercial incontournable pour un Iran isolé diplomatiquement. Une dynamique qui rappelle les recompositions géopolitiques en cours en Asie.

La suite des événements dépendra largement de la capacité des négociateurs à transformer la trêve économique temporaire en un accord durable, capable de résoudre les questions nucléaires tout en normalisant progressivement les relations commerciales. Pour l'heure, les soixante prochains jours s'annoncent décisifs pour l'avenir des relations américano-iraniennes et, par ricochet, pour l'équilibre du marché pétrolier mondial.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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