Koweït : pourquoi le pays réduit sa production de pétrole

Le Koweït a décidé de freiner sa production de pétrole au moment où la guerre impliquant l’Iran désorganise le Golfe et ralentit le trafic dans le détroit d’Ormuz.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 9 mars 2026 7h59
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Koweït : pourquoi le pays réduit sa production de pétrole - © Economie Matin
115 DOLLARSLe pétrole a franchi la barre des 115 dollars le baril.

Le 7 mars 2026, Kuwait Petroleum Corporation, la compagnie publique du pays, a annoncé une baisse de sa production de brut et de son activité de raffinage, tout en déclarant un cas de force majeure sur certaines expéditions. Le groupe a lié cette décision aux tensions régionales et aux perturbations du transport maritime dans le détroit d’Ormuz. Le signal est majeur. Le Koweït n’est pas un géant de la taille de l’Arabie saoudite, mais il reste un producteur central de l’OPEP+ et un exportateur très exposé à Ormuz. Or, quand un acteur aussi dépendant de cette route ralentit volontairement ses volumes, c’est toute la chaîne pétrolière du Golfe qui apparaît sous pression.

Pourquoi le Koweït réduit sa production de pétrole avec la guerre en Iran

La logique de la décision koweïtienne est simple. Le pays ne coupe pas sa production faute de réserves ou de capacité technique. Il la réduit parce qu’exporter devient plus difficile. Reuters a rapporté que Kuwait Petroleum Corporation parlait d’une mesure de précaution liée au conflit régional.

Autrement dit, le Koweït cherche d’abord à gérer une contrainte logistique. Le trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz s’est presque arrêté et les exportations koweïtiennes sont effectivement bloquées par la guerre. Dans ce contexte, produire au rythme habituel reviendrait à accumuler des barils sans débouchés suffisants. C’est précisément ce mécanisme qui pousse les producteurs du Golfe à fermer partiellement les vannes.

Le Koweït partait pourtant d’un niveau élevé. Sa production s’établissait à environ 2,6 millions de barils par jour en février 2026, selon Reuters. Ce n’est pas le volume d’un superproducteur, mais c’est assez pour peser sur l’équilibre régional, surtout dans un marché déjà sous tension. Le pays dépend en outre massivement du passage par Ormuz. Argus Media explique que le Koweït avait exporté environ 1,9 million de barils de brut par jour via ce couloir en 2025, auxquels s’ajoutaient environ 860 000 barils par jour de produits raffinés.

Cette dépendance explique la prudence de KPC. Dans une déclaration reprise par Asharq Al Awsat le 8 mars 2026, l’entreprise a affirmé, en substance, qu’elle restait pleinement prête à rétablir ses niveaux de production dès que la situation le permettrait.

Le poids du Kuwait dans la production de pétrole et l’énergie mondiale

La place du Koweït dans l’architecture pétrolière du Golfe lui confère une importance disproportionnée en période de crise. D’abord parce qu’il appartient au noyau dur de l’OPEP+. Ensuite parce qu’il concentre une production exportable largement orientée vers les marchés extérieurs. Enfin parce qu’il fait partie des pays dont les flux passent presque entièrement par un point d’étranglement critique.

Ce point d’étranglement, c’est Ormuz. L’Energy Information Administration américaine rappelait le 16 juin 2025 que 20 millions de barils par jour y avaient transité en moyenne en 2024, soit environ 20 % de la consommation mondiale de liquides pétroliers. La même source précisait que ce passage représentait plus d’un quart du commerce mondial de pétrole transporté par mer et environ un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié. Quand le trafic s’y grippe, le choc dépasse donc très vite le seul marché régional.

L’EIA a aussi rappelé le 16 juin 2025 que 84 % des flux de brut et de condensats passant par Ormuz prenaient la direction de l’Asie, et que 69 % allaient vers la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud. Le Koweït s’inscrit dans cette géographie. Son pétrole ne concerne donc pas seulement le Golfe. Il irrigue des économies asiatiques majeures, dont la demande pèse ensuite sur les prix mondiaux, le raffinage et les coûts de transport.

Des décisions similaires dans le Golfe

Le Koweït n’est pas un cas isolé. Au contraire, sa décision s’insère dans une réaction en chaîne. Reuters a rapporté que la production irakienne issue de ses principaux champs du sud avait chuté de 70 %, tombant à 1,3 million de barils par jour, contre environ 4,3 millions auparavant. Les exportations moyennes n’étaient plus que de 800 000 barils par jour le 8 mars, contre 3,334 millions en février.

Cette contagion régionale change la nature de l’événement. On n’est plus face à un ajustement isolé du Koweït. On assiste à une contraction progressive de l’offre dans plusieurs pays du Golfe, non parce qu’ils veulent soutenir les prix, mais parce qu’ils peinent à exporter.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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