La révolution silencieuse que les entreprises n’entendent pas

Et si la prochaine compétence stratégique des entreprises n’était pas numérique, ni managériale, mais… silencieuse ? La Langue des Signes Française (LSF) est bien plus qu’un mode de communication. C’est une façon radicalement différente de penser les relations au travail. Pourtant, elle reste largement absente des plans de formation.

Arnaud Portanelli Mar25 Vd
By Arnaud Portanelli Published on 22 octobre 2025 4h30
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100000Plus de 100 000 personnes connaissent la langue des signes en France

Nous vivons dans un monde saturé de bruit. Notifications, visioconférences, réunions… Chaque journée de travail ressemble à un marathon sonore. Et si la compétence qui manque le plus à nos entreprises était justement celle qui invite au silence ?

La langue des signes, c’est d’abord une évidence humaine : plusieurs centaines de milliers de personnes en France l’utilisent au quotidien, et près de sept millions sont sourdes ou malentendantes. Pourtant, dans les entreprises, la LSF reste souvent invisible.

Apprendre la langue des signes, ce n’est pas seulement répondre à un besoin d’accessibilité. C’est adopter une autre logique de communication. C’est apprendre à regarder vraiment son interlocuteur, à écouter avec les yeux, à se rendre disponible. Dans un environnement professionnel où l’on se coupe souvent la parole, où l’on répond avant d’avoir compris, cet apprentissage est une véritable école de l’attention.

Former ses équipes à la LSF, même sur des bases simples, c’est ouvrir une porte à ceux qui restent trop souvent au seuil. Mais c’est aussi transformer la culture d’entreprise. Les gestes remplacent les mots, le regard devient essentiel, la précision compte plus que la rapidité. Les salariés découvrent que communiquer n’est pas seulement parler, mais aussi se rendre lisible et accessible.

Et si l’on arrêtait de voir la LSF comme une contrainte sociale, pour la considérer comme une innovation managériale ? Comme une compétence qui crée de la valeur en améliorant la cohésion, en renforçant la marque employeur, en rendant l’entreprise plus attractive pour les talents ?

Car la langue des signes est tout sauf marginale. Elle est reconnue par la loi depuis 2005, enseignée dans de plus en plus d’écoles, pratiquée dans des familles entières. Elle fait partie de notre patrimoine linguistique. En l’intégrant à leurs plans de formation, les entreprises envoient un signal fort : ici, chacun a sa place.

La révolution dont je parle n’est pas spectaculaire. Elle ne fait pas de bruit. Elle commence par un signe appris, par un atelier suivi, par un livre feuilleté. Elle commence par l’attention portée à l’autre. Et elle peut transformer en profondeur la manière dont nous travaillons ensemble.

La langue des signes n’est pas seulement un outil d’inclusion. C’est une compétence d’avenir. Elle apprend à ralentir, à se concentrer, à se comprendre au-delà des mots. Dans une économie où tout va trop vite, elle offre précisément ce qui manque : le temps de se connecter vraiment.

Alors, plutôt que de chercher la prochaine grande innovation technologique, si nous regardions du côté de cette révolution silencieuse ? Elle est déjà là, à portée de main.

Arnaud Portanelli Mar25 Vd

cofondateur de Lingueo et de la certification LILATE

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