Les thermomètres s’affolent, les salles de classe surchauffent, et les parents improvisent. Alors que la canicule étouffe la France, les écoles se débattent entre système D, fermetures partielles et injonctions contradictoires.
La canicule à l’école : pourquoi les enfants souffrent

En ce mardi 1ᵉʳ juillet 2025, plus de 16 départements sont en alerte rouge et 68 en vigilance orange pour canicule, selon Météo France. Alors que le thermomètre dépasse 40 °C dans plusieurs communes, les écoles sont en première ligne. L’absence de consignes claires du ministère, combinée à des bâtiments inadaptés, force les établissements, les enseignants et les familles à bricoler des réponses au cas par cas. Dans ce contexte, la gestion de la chaleur dans les écoles devient un enjeu urgent de santé publique et de cohésion sociale.
Des écoles inadaptées à la chaleur extrême
Alors que 1 350 établissements scolaires étaient fermés le 1ᵉʳ juillet, la majorité reste ouverte malgré l’impossibilité matérielle de garantir des conditions d’accueil acceptables. Les structures préfabriquées, encore nombreuses dans le primaire, transforment les salles en véritables serres. Les rideaux sont tirés, les volets fermés, mais les murs réfractent la chaleur.
Dans un courriel adressé aux parents, une école parisienne écrit : « Les classes ne disposent ni de climatiseurs, ni de fenêtres permettant une ouverture sécurisée suffisante ». Résultat : « des températures insoutenables dans la majorité des dortoirs et salles de classe ».
Parents et enseignants en mode système D
Face à l’inaction du ministère, les solutions improvisées prolifèrent. Des écoles demandent des piscines gonflables, d’autres autorisent exceptionnellement les pistolets à eau. Des enseignants, comme cette professeure de Moselle, créent un « bar à eau » dans leur salle en installant des bouteilles sur une table dédiée. Les brumisateurs, mini-ventilateurs et casquettes deviennent obligatoires dans plusieurs établissements.
Mais l'improvisation a ses limites. Un parent explique avoir acheté dix ventilateurs pour la classe de sa fille, pour 400 euros, avant que ceux-ci ne soient retirés par l’inspecteur : « Ils ne seraient pas aux normes. Je ne vois pas ce qu’il faut de plus ».
Le casse-tête pour les parents contraints de s’organiser
Dans les écoles ouvertes uniquement en matinée, les parents doivent venir chercher leurs enfants dès midi. « On comprend, ils ne peuvent pas rester, ils étouffent », dit une mère dans le Lot. Mais pour les familles qui ne peuvent ni télétravailler, ni poser de congés à la dernière minute, le dilemme est cruel.
Une Bordelaise déclare : « Je ne demande l’avis de personne, je déscolarise mes enfants. Je n’ai pas d’autre choix. » Pour elle, le "système D" devient une stratégie de survie. Et quand l’État est absent, les solidarités familiales – grands-parents, voisins – prennent le relais. Mais tout le monde n’a pas cette chance.
Des mairies qui improvisent, un État qui reste flou
À Marseille, le maire Benoît Payan a refusé toute fermeture d’école, assurant que « des mesures de refroidissement local seront appliquées ». Rideaux humidifiés, horaires aménagés, jeux d’eau surveillés. Une initiative saluée localement, mais critiquée par les syndicats d’enseignants pour son manque de coordination nationale.
Sur le site du ministère de l’Éducation nationale, la page « fortes chaleurs » actualisée en juin 2025 évoque des consignes générales : hydratation, adaptation des activités physiques, sensibilisation. Mais aucune directive contraignante n’a été imposée. Aucune enveloppe budgétaire exceptionnelle n’a été annoncée pour adapter les bâtiments scolaires.
Quelles protections pour les salariés contraints de garder leurs enfants ?
Les parents peuvent invoquer un droit d’absence dans certaines conditions si l’école de leur enfant ferme pour cause de canicule. Le décret du 27 mai 2025 prévoit que « l’employeur doit permettre l’aménagement temporaire du poste ou accepter le recours au télétravail, dans la mesure du possible ». Des congés sans solde ou des jours de RTT peuvent aussi être utilisés. Mais dans les faits, beaucoup de familles peinent à obtenir ces aménagements à la dernière minute.
La canicule n’est plus un événement exceptionnel : elle devient structurelle. Pourtant, les écoles, pourtant lieu central de la vie sociale, ne sont toujours pas préparées à ces bouleversements. Si certains établissements et collectivités locales innovent, c’est souvent dans l’urgence, sans soutien, ni cadre. Et ce sont les parents, comme toujours, qui absorbent les conséquences. Reste à savoir si l’été 2025 suffira enfin à faire basculer l’Éducation nationale dans l’ère climatique.
