Officiellement, Frank Sannac fait campagne pour présider l’UMIH. Officieusement, certains se demandent s’il ne serait pas devenu le véhicule de revanche de Stéphane Manigold, empêché de revenir dans le jeu après son échec fracassant et les polémiques à répétition. Derrière les dénégations publiques, les passerelles, messages et intérêts croisés alimentent un malaise grandissant dans monde de la restauration et de l’hôtellerie.
Le drôle de « ticket » Sannac–Manigold

À l’UMIH, les guerres de chefs ne meurent jamais vraiment. Elles changent simplement de visage. Depuis quelques semaines, un parfum étrange flotte autour de la campagne de Frank Sannac. Officiellement, l’hôtelier sudiste avance seul, au nom des territoires et du « renouveau ». Officieusement, beaucoup voient derrière lui une silhouette bien connue : celle de Stéphane Manigold.
Sannac, faux nez très commode ?
Le restaurateur médiatique, omniprésent sur les plateaux télé et dans les réseaux sociaux, n’a jamais digéré son éviction du jeu syndical. Trop clivant, trop brutal, trop incontrôlable pour ses pairs. Résultat : impossible pour lui de revenir frontalement dans la bataille. Alors certains commencent à poser la question qui fâche : et si Sannac n’était qu’un faux nez commode ?
Dans les fédérations départementales, la petite musique commence à tourner. « Ce n’est pas la campagne de Sannac, c’est la revanche de Manigold », glisse un chef bien implanté en Bretagne. Un autre ironise : « Stéphane ne peut plus être candidat lui-même, alors il cherche un corps d’emprunt ».
Malgré les dénégations…
Le plus troublant, c’est que les principaux intéressés sentent manifestement le danger. Dans un entretien accordé récemment, Sannac prend d’ailleurs soin de préciser noir sur blanc : « je ne suis absolument pas associé à Stéphane Manigold ». Formulation étonnamment directe, presque défensive, comme si le soupçon était déjà partout.
Mais à force de vouloir éteindre l’incendie, certains ont surtout l’impression qu’on confirme l’existence de fumée.
Car les liens existent. Sannac reconnaît lui-même parler régulièrement avec Manigold et lui avoir demandé « plusieurs fois » de « se calmer » . Ambiance. Plus curieux encore : son nom s’est retrouvé mêlé malgré lui au procès opposant Thierry Marx à Manigold, dans un feuilleton dont l’UMIH se serait bien passée. Sannac assure ne jamais avoir donné son accord pour être cité comme témoin, tout en expliquant avoir immédiatement écrit à Manigold pour comprendre ce qui avait été dit sur lui.
Drôle de distance pour quelqu’un censé ne pas être lié.
Stéphane Manigold veut sa revanche à l’UMIH
Dans cette affaire, le plus fascinant reste peut-être la mécanique psychologique. Depuis des mois, une partie de l’entourage de Manigold vit la présidence Marx comme une humiliation personnelle. Le restaurateur très médiatique, autrefois présenté comme l’avenir du syndicalisme patronal dans la restauration, s’est retrouvé marginalisé, contesté, puis empêtré dans une succession de polémiques. Pour certains de ses soutiens, il faut maintenant « reprendre l’UMIH ». Peu importe le véhicule.
Et Sannac coche plusieurs cases : patron reconnu, profil moins explosif, enracinement territorial, image plus rassurante pour les fédérations. Bref, l’homme idéal pour rendre fréquentable ce qui ne l’est plus tout à fait.
Le risque d’une présidence sous influence ?
En interne, beaucoup redoutent surtout une présidence sous influence. Un système à deux étages : le candidat officiel devant, le zébulon vexé derrière. Un cadre résume cruellement : « Sannac parle d’apaisement, mais tout le monde voit très bien qui pousse derrière le rideau ».
L’intéressé, lui, jure vouloir « remettre l’UMIH au cœur du dispositif » et déplore les guerres d’ego permanentes. Reste une question simple : comment prétendre tourner la page quand les fantômes de l’ancienne bataille semblent écrire les nouvelles lignes de campagne ?