Le secteur du e-commerce français a généré 196,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, en hausse de 7 %, selon la Fevad. Le nombre de transactions bondit de 11 % à 3,2 milliards, tandis que l’intelligence artificielle transforme déjà les usages : 94 % des e-commerçants l’utilisent et un cyberacheteur sur trois s’en sert dans son parcours d’achat.
Le e-commerce franchit 196 milliards d’euros, l’IA s’impose

Le commerce en ligne français vient de franchir un nouveau palier. Avec 196,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025, le secteur progresse de 7 % sur un an, selon les chiffres publiés par la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad) à l'occasion de son assemblée générale du 1er juillet 2026. Mais au-delà de cette croissance, c'est surtout l'accélération brutale de l'intelligence artificielle qui redessine le paysage du commerce numérique.
La performance globale masque une réalité contrastée. Les ventes de produits, longtemps freinées par l'inflation, reprennent des couleurs avec une hausse de 4 %. Les services, eux, poursuivent leur progression soutenue à 9 %. Autrement dit, le commerce en ligne sort d'une période de turbulences économiques en retrouvant une dynamique sur l'ensemble de ses segments. Le contexte politique incertain n'a pas suffi à enrayer la machine.
3,2 milliards de transactions : la fréquence d'achat explose
Le vrai signal de fond se trouve ailleurs. Le nombre de transactions a bondi de 11 % pour atteindre 3,2 milliards sur l'année. Les Français n'achètent pas seulement plus en ligne, ils achètent plus souvent. Chaque cyberacheteur réalise désormais 75 achats par an en moyenne, pour une dépense annuelle de 4 657 euros. La progression du panier moyen reste donc modérée, mais la fréquence d'achat, elle, s'envole.
Avec 42,2 millions de cyberacheteurs, soit 80 % des Français âgés de 16 à 74 ans, le e-commerce est devenu un usage de masse. Il ne s'agit plus d'un phénomène générationnel ou urbain, mais d'un comportement largement partagé, toutes catégories sociales confondues. Le smartphone joue un rôle croissant dans cette banalisation de l'achat en ligne, tandis que les modes de livraison hors domicile représentent désormais près d'une livraison sur deux, signe d'une recherche de flexibilité accrue.
Le secteur recrute, investit et se développe à l'international
Le dynamisme du e-commerce ne se limite pas aux chiffres de ventes. Le nombre de sites marchands actifs a progressé de 7 % pour atteindre 158 000, tandis que les effectifs salariés ont bondi de 9 % à 234 000 emplois. Le secteur reste un moteur de création d'emplois, dans un contexte économique pourtant peu porteur.
Les investissements se concentrent sur l'informatique, la cybersécurité et le marketing, mais aussi sur de nouveaux leviers de monétisation comme les marketplaces et le retail media. Signe de confiance dans l'avenir, 65 % des e-commerçants français sont désormais présents à l'international, et plus des trois quarts anticipent une augmentation de la part de leur chiffre d'affaires réalisée à l'étranger dans les deux prochaines années. Le e-commerce français ne se contente plus de son marché domestique, il part à la conquête de nouveaux territoires.
L'intelligence artificielle, rupture technologique ou effet de mode ?
Reste la question centrale de l'édition 2026 des chiffres clés de la Fevad : l'intelligence artificielle. Les chiffres donnent le vertige. 94 % des e-commerçants utilisent désormais des solutions d'IA générative. Près de 7 sur 10 considèrent le commerce agentique, c'est-à-dire l'utilisation d'agents autonomes capables de réaliser des tâches complexes pour le compte de l'utilisateur, comme l'une des innovations les plus prometteuses pour les années à venir.
Du côté des consommateurs, près d'un cyberacheteur sur trois utilise déjà l'intelligence artificielle dans son parcours d'achat, principalement pour rechercher des informations, comparer des produits ou préparer sa décision d'achat. Parmi les utilisateurs réguliers d'IA, ce chiffre monte à près de 3 sur 4. En quelques mois seulement, l'IA s'est imposée comme un outil de consommation courante, au même titre que le moteur de recherche ou le comparateur de prix il y a dix ans.
Le problème, c'est que personne ne sait encore vraiment où cette révolution technologique va mener. L'IA promet de redéfinir les parcours d'achat, les métiers et les modèles économiques. Mais elle soulève aussi des questions de fond sur la concentration du pouvoir économique, la dépendance aux grandes plateformes technologiques et la capacité des acteurs français à conserver la maîtrise de leurs données et de leurs clients.
Un secteur confiant, mais vigilant
Marc Lolivier, délégué général de la Fevad, résume la situation en ces termes : « Le e-commerce est aujourd'hui bien plus qu'un secteur, c'est un mode de consommation durablement ancré dans le quotidien des Français, qui continue de se réinventer au rythme des innovations. Mais le fait marquant de cette année est sans doute ailleurs : l'intelligence artificielle transforme déjà profondément notre secteur. »
Le commerce en ligne français représente désormais 12 % du commerce de détail, un seuil symbolique qui confirme son poids structurant dans l'économie française. La reprise des ventes de produits, le dynamisme des services et la progression continue des usages témoignent de la solidité du secteur. Mais l'enjeu des prochaines années ne sera plus seulement de croître, il sera de maîtriser les transformations technologiques en cours, et de ne pas laisser à d'autres le soin de définir les règles du jeu.