Le Relais : le réseau de recyclage de vêtements va supprimer 60 postes

Le Relais, pilier français de la collecte textile, annonce la suppression de 60 emplois d’insertion et la fermeture de 4 300 conteneurs. Cette restructuration drastique illustre la crise profonde d’une filière asphyxiée par la surproduction de vêtements de mauvaise qualité et l’effondrement des débouchés commerciaux.

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By Nicolas Egon Published on 9 juin 2026 18h00
Le Relais : le réseau de recyclage de vêtements va supprimer 60 postes
Le Relais : le réseau de recyclage de vêtements va supprimer 60 postes - © Economie Matin
250 euros Le coût de collecte par tonne est de 250 contre 150 euros de valorisation

Une restructuration forcée par l'effondrement des débouchés

Le Relais, pilier de la collecte textile française avec 40 % des volumes nationaux traités, vient d'annoncer la suppression de 60 postes en insertion professionnelle. Cette décision, révélée ce mardi 9 juin, illustre la crise profonde que traverse le secteur du recyclage textile, pris en étau entre des coûts de collecte en hausse et des débouchés qui s'effritent.

Cette coopérative membre d'Emmaüs France, qui emploie 2 053 salariés dont 656 en insertion, se trouve contrainte de réduire son périmètre d'activité pour maintenir son équilibre financier. La mesure s'accompagne d'une baisse de 15 000 tonnes de collecte annuelle et de la fermeture de 4 300 conteneurs sur les 20 500 actuellement déployés.

Des coûts supérieurs aux revenus générés

L'équation économique est devenue intenable. « Certains flux coûtent environ 250 euros par tonne à collecter alors que leur valorisation peut descendre autour de 150 euros par tonne », précise Le Relais dans son communiqué. Cette inversion de la rentabilité frappe de plein fouet un secteur pourtant essentiel à l'économie circulaire.

L'explosion de la fast fashion explique en partie cette dégradation. La France absorbe désormais 3,5 milliards de pièces textiles par an, soit près de 900 000 tonnes de vêtements, linge de maison et chaussures. Parallèlement, la qualité moyenne s'effondre : selon Ouest-France, l'organisation Emmaüs pouvait valoriser 64 % de ses collectes en 2014, contre seulement 56 % aujourd'hui.

La concurrence d'Internet et de la Chine

Le modèle traditionnel du secteur reposait sur deux piliers : la revente en boutiques solidaires françaises et l'exportation vers l'Afrique. Ces deux débouchés se tarissent simultanément. D'un côté, les plateformes comme Vinted captent les articles en bon état, privant les associations de leur « crème ». De l'autre, les marchés africains se saturent de vêtements neufs ou d'occasion importés directement de Chine.

Cette concurrence frontale entre producteurs asiatiques et recycleurs européens provoque « une brusque chute des cours à l'export des textiles usagés triés », constate l'éco-organisme Refashion. Les conflits au Moyen-Orient aggravent encore la situation en renchérissant les coûts de carburant et de transport maritime.

Un paradoxe au moment des ambitions gouvernementales

Paradoxalement, cette restructuration intervient alors que le gouvernement affiche de grandes ambitions pour la « mode circulaire ». Le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, évoque un potentiel de « plus de 30 milliards d'euros d'ici 2030 » et 88 000 emplois.

Le nouveau cahier des charges prévu pour janvier 2027 doit redistribuer une partie du budget de la filière REP (Responsabilité Élargie du Producteur), doté de 1,2 milliard d'euros sur 2023-2028. Selon Sud Ouest, ces fonds devraient soutenir « la structuration d'une filière industrielle du recyclage textile ».

Un défi systémique pour l'économie circulaire

Au-delà de Le Relais, c'est tout le modèle de gestion des déchets textiles qui vacille. L'augmentation des volumes couplée à la baisse de qualité remet en question les fondements même de la filière. Sans transformation rapide des mécanismes de financement et des circuits de valorisation, d'autres acteurs pourraient suivre cet exemple de réduction d'activité.

Dans ce contexte difficile, l'essor du commerce en ligne continue de battre des records. Le nombre de colis livrés en Île-de-France bat un record en 2025, témoignant d'une consommation qui ne faiblit pas malgré les enjeux environnementaux.

« Malgré cette situation extrêmement difficile, Le Relais reste convaincu que le développement d'une filière textile durable, solidaire et circulaire demeure possible », affirme l'organisation. Cette déclaration d'intention souligne l'urgence d'une action coordonnée entre pouvoirs publics et industriels, comme c'est le cas dans d'autres secteurs stratégiques.

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