Le ministre de l'Économie Roland Lescure vient de l'officialiser : le livret A passera à 1,7% le 1er août. Une hausse qui sonne comme une bonne nouvelle. Mais derrière ce chiffre se cache une réalité bien moins réjouissante pour les Français qui font confiance à l'État pour protéger leur épargne.
1,7%
Le nouveau taux du livret A au 1er août 2026, en dessous de l'inflation réelle ressentie par les ménages français.
Le livret A remonte... mais pas assez
Soyons clairs : 1,7%, c'est mieux que 1,5%. Mais est-ce vraiment une victoire pour les épargnants français ? Force est de constater que non. Si la Banque de France propose ce taux en suivant sa formule de calcul habituelle, c'est précisément parce que l'inflation a rebondi depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, fin février. Autrement dit, le livret A monte parce que les prix montent. Ce n'est pas un cadeau, c'est un rattrapage partiel — et qui reste insuffisant.
Rappelons ce que signifie concrètement un livret A à 1,7% dans un contexte d'inflation à 2,5 ou 3% selon les catégories de dépenses : votre épargne perd du pouvoir d'achat en temps réel, silencieusement, mois après mois. Un Français qui aurait 10 000 euros sur son livret A percevrait 170 euros d'intérêts sur un an, mais verrait l'équivalent de 250 à 300 euros de pouvoir d'achat s'évaporer. Le solde net est négatif. Et ce, avant même de parler de la fiscalité qui frappe d'autres placements.
Comparez avec ce que propose un simple compte d'épargne en Allemagne ou aux Pays-Bas, où les taux servis par les banques commerciales sur les dépôts à terme dépassent allègrement les 3%. La rigidité franco-française du livret réglementé a ses avantages — la simplicité, l'exonération fiscale — mais elle enferme aussi des centaines de milliards d'euros dans un rendement administré par l'État, déconnecté des réalités du marché.
L'État bon gestionnaire de votre épargne ? Vraiment ?
Il y a quelque chose de profondément révélateur dans ce mécanisme du livret A. Le taux n'est pas fixé par la concurrence, par le marché, par la libre confrontation entre offre et demande de capitaux. Il est fixé par un ministre, sur proposition d'une banque centrale, selon une formule opaque que moins d'un Français sur cent est capable de comprendre.
Je ne dis pas que le livret A est inutile. Je dis que ce système illustre à merveille la tentation française de tout centraliser, tout administrer, tout réguler. Résultat : les épargnants les plus modestes, ceux qui n'ont pas accès aux produits financiers sophistiqués, aux SCPI, aux ETF ou aux comptes-titres, sont captifs d'un taux que l'État consent à revaloriser avec des mois de retard sur l'inflation.
Pendant ce temps, les banques américaines annoncent des profits trimestriels en hausse de 40%, dopées par la volatilité des marchés. La finance mondiale s'adapte en temps réel. L'épargne réglementée française, elle, attend la décision d'un ministre.
Ce que le livret A révèle de notre modèle
Au fond, le débat sur le taux du livret A est un révélateur. Il montre l'ambivalence française vis-à-vis de l'argent : on veut épargner, mais on délègue à l'État le soin de valoriser cette épargne. On accepte un rendement administré au nom de la sécurité et de la simplicité.
Cette logique a un coût collectif réel. Les centaines de milliards d'euros logés dans le livret A alimentent certes le financement du logement social via la Caisse des Dépôts — une utilité indéniable. Mais ils constituent aussi une masse colossale de capitaux sous-rémunérés, qui ne financent pas l'économie productive, les PME, l'innovation.
La vraie question n'est pas de savoir si le taux doit être à 1,7% ou à 2%. C'est de se demander pourquoi, en 2026, des millions de Français n'ont toujours pas d'autre option que de confier leur épargne à l'État pour la voir fondre doucement. Ça aussi, c'est du gaspillage.

