LMB Aerospace : pourquoi l’État français s’est offert un droit de veto

En acquérant une action préférentielle dans LMB Aerospace pour un euro symbolique, l’État français s’est assuré un droit de veto sur certaines décisions de l’entreprise, récemment rachetée par un groupe américain. Une opération discrète qui révèle les outils utilisés par Paris pour surveiller des secteurs industriels sensibles.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 9 mars 2026 11h11
Lmb Aerospace Pourquoi Letat Francais Sest Offert Un Droit De Veto
LMB Aerospace : pourquoi l’État français s’est offert un droit de veto - © Economie Matin

Le 8 mars 2026, le gouvernement français a officialisé l’acquisition d’une action préférentielle dans LMB Aerospace. Cette mesure donne à l’État un droit particulier sur certaines décisions de l’entreprise, passée sous pavillon américain après son rachat par le groupe Loar. L’opération repose sur un mécanisme bien connu des politiques industrielles : la golden share.

Le ministère de l’Économie a précisé dans un arrêté que « l’État décide de se porter acquéreur d’une action de la société par actions simplifiée LMB (…) pour un prix de 1 euro », selon un texte publié au Journal officiel. Derrière cette décision administrative se cache une logique plus large : protéger des technologies utilisées dans l’aéronautique et la défense.

LMB Aerospace, une PME industrielle au cœur de nombreux programmes

LMB Aerospace est une entreprise industrielle française spécialisée dans les systèmes de ventilation et de refroidissement destinés aux secteurs aéronautique, spatial et militaire. L’entreprise produit notamment des ventilateurs et moteurs intégrés dans différents équipements embarqués.

Ses technologies se retrouvent dans plusieurs programmes militaires français, notamment l’avion de combat Rafale, l’hélicoptère Tigre ou encore le char Leclerc, selon les informations diffusées par la filière aéronautique française. Autrement dit, l’entreprise occupe une place importante dans certaines chaînes d’approvisionnement liées à la défense.

La société a été rachetée par l’entreprise américaine Loar Group, spécialisée dans les composants aéronautiques. L’opération a été finalisée fin décembre 2025 après l’accord des autorités françaises chargées de contrôler les investissements étrangers.

Le montant du rachat est estimé à environ 367 millions d’euros. Selon les projections du groupe acquéreur, LMB Aerospace devrait générer environ 60 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2026, avec un résultat opérationnel proche de 30 millions de dollars.

Pourquoi l’État a imposé une golden share dans LMB Aerospace

La cession de l’entreprise à un groupe étranger n’a pas été autorisée sans conditions. Les autorités françaises ont exigé plusieurs garanties afin d’éviter une perte de contrôle sur certaines activités industrielles. Le ministère de l’Économie a ainsi expliqué que l’opération « n'a pu être autorisée qu'assortie de conditions extrêmement strictes et permanentes pour protéger les intérêts nationaux ». Parmi ces conditions figure précisément la création d’une action préférentielle détenue par l’État.

Ce dispositif permet au gouvernement d’exercer un droit de regard sur certaines décisions jugées sensibles. Concrètement, certaines opérations peuvent être bloquées si elles sont considérées comme contraires aux intérêts industriels ou militaires du pays. Le secrétaire d’État chargé de l’Industrie, Roland Lescure, avait d’ailleurs confirmé ce mécanisme en indiquant que « l’État aura une golden share, une action préférentielle au capital de LMB ».

Une action symbolique… mais un pouvoir réel

La golden share ne donne pas à l’État une participation financière importante dans l’entreprise. Dans le cas de LMB Aerospace, l’action a été achetée pour un euro symbolique. Pourtant, ce type de titre peut conférer des droits considérables. Il permet par exemple de bloquer certaines décisions : transfert de technologies sensibles, cession d’activités liées à la défense ou fermeture de sites industriels jugés essentiels. Autrement dit, même sans être actionnaire majoritaire, l’État conserve une capacité d’intervention.

Ce mécanisme existe dans plusieurs pays européens. Il s’inscrit dans un cadre plus large de contrôle des investissements étrangers qui s’est renforcé ces dernières années dans l’Union européenne. La France utilise régulièrement ce dispositif dans les secteurs jugés sensibles, notamment l’énergie, les télécommunications ou l’aéronautique.

Une illustration de la nouvelle doctrine industrielle française

L’affaire LMB Aerospace illustre la manière dont les autorités françaises tentent de concilier ouverture aux investissements internationaux et protection de certaines capacités industrielles. D’un côté, la vente de l’entreprise à un groupe américain a été autorisée afin de soutenir son développement et son intégration dans une chaîne industrielle mondiale. De l’autre, l’État conserve un levier de contrôle pour éviter que certaines technologies ne quittent l’écosystème industriel français.

Le groupe acquéreur Loar développe des composants utilisés sur plus de 250 plateformes aéronautiques dans le monde, ce qui peut offrir de nouveaux débouchés industriels à LMB Aerospace. Mais la présence de la golden share signifie que certaines décisions resteront sous surveillance étroite de l’État français. Une manière de garder la main sur des technologies qui participent à plusieurs programmes militaires.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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