La demande de logement social atteint un nouveau niveau en Île-de-France. Les données publiées fin juin par les services de l’État montrent un écart toujours plus marqué entre les dossiers enregistrés, les logements disponibles et les attributions réellement prononcées.
Logement social : la demande atteint un niveau record en Île-de-France

Le logement social reste l’un des principaux indicateurs de tension du marché résidentiel francilien. Selon le socle 2025 publié le 25 juin 2026 par la Direction régionale et interdépartementale de l’hébergement et du logement (Drihl), les données portent sur les demandeurs recensés au 31 décembre 2025 et sur les ménages ayant obtenu une attribution au cours de l’année 2025. Dans cette base, reprise par Le Parisien, l’Île-de-France comptait 933.996 demandes actives de logement social fin 2025, représentant 2.058.483 personnes dans la région.
Logement social : une demande francilienne au plus hau
Avec 933.996 demandes actives au 31 décembre 2025, le logement social atteint un nouveau point haut en Île-de-France. Ces dossiers représentent 2.058.483 personnes, selon les données publiées le 25 juin 2026 par la Drihl, reprises par Le Parisien.
Le mouvement confirme une tendance déjà installée : la demande progresse plus vite que les capacités d’attribution. En 2024, la Drihl recensait 65.094 attributions de logements sociaux dans la région, soit 1 attribution pour 14 demandes. Cette tension se traduit par des délais longs, notamment dans les secteurs où le parc disponible ne correspond pas toujours aux typologies recherchées.
L’augmentation de la demande ne renvoie pas à un seul profil de ménage. Elle agrège des situations différentes : ménages déjà locataires dans le privé, demandeurs souhaitant changer de logement social, foyers en attente d’un logement plus grand ou plus proche de leur lieu de travail. En Île-de-France, le parc HLM joue ainsi un rôle d’amortisseur dans un marché résidentiel où les marges de choix se réduisent.
Un parc social important, mais une mobilité faible
L’Île-de-France dispose déjà d’un parc HLM très important. Au 1er janvier 2025, la Drihl recensait 1.404.353 logements sociaux au sens du Répertoire des logements locatifs des bailleurs sociaux (RPLS). La direction régionale rappelle que la région possède ainsi « un quart du parc social métropolitain ».
Ce volume ne suffit pourtant pas à absorber la demande. L’infographie régionale de la Drihl sur le parc social francilien indique que 15.625 logements ont été mis en service en 2024, tandis que 5.006 logements ont quitté le parc social. Le stock total a donc progressé de 0,8% entre le 1er janvier 2024 et le 1er janvier 2025.
La difficulté tient aussi à la rotation. Selon la Drihl, seuls 5% des logements sociaux franciliens ont changé de locataire en 2024, contre 7,1% en France hexagonale. Le taux de vacance de plus de trois mois reste également faible, à 0,8% en Île-de-France, contre 1,0% dans l’Hexagone.
Ces données expliquent une partie de l’engorgement. Même lorsque le parc augmente, les logements disponibles pour une nouvelle attribution restent limités si les départs sont peu nombreux. Le parc social francilien fonctionne donc avec un stock élevé, mais une circulation réduite. Dans ce contexte, chaque mise en service ou libération de logement pèse davantage dans l’équilibre général du système.
Les attributions ne suivent pas le volume des demandes
Les logements attribués dépendent de nombreux paramètres : taille du ménage, niveau de ressources, caractère prioritaire ou non de la demande, localisation, ancienneté, type de logement disponible et contingent concerné. La Drihl indique qu’en 2024, 34% des attributions franciliennes ont bénéficié à des ménages reconnus prioritaires, soit 22.080 ménages.
L’infographie régionale précise aussi le profil des ménages ayant obtenu un logement social en 2024. Avant leur attribution, 52% vivaient déjà dans leur propre logement, dont 28% dans le parc social et 22% dans le parc privé. Cette donnée montre que la demande ne correspond pas uniquement à l’absence de logement : elle inclut aussi des ménages qui cherchent un logement moins cher, mieux adapté ou plus stable.
Cette structure de la demande rend la file d’attente plus difficile à résorber. Une mutation dans le parc social peut libérer un logement, mais elle suppose qu’un autre logement adapté soit disponible. Un ménage logé dans le privé peut déposer une demande parce que son loyer devient trop élevé ou parce que sa situation familiale change. Ces mouvements s’ajoutent aux demandes prioritaires, sans créer automatiquement de nouvelles capacités d’accueil.
Le prix du logement privé renforce l’attractivité du parc HLM
Le logement social reste nettement moins cher que le parc privé dans les zones les plus tendues. La Drihl indique que le loyer moyen du parc social francilien atteint 8 euros par mètre carré. Elle précise que ce niveau est « le plus élevé de France hexagonale », où le loyer social moyen est de 6,8 euros par mètre carré.
Même avec ce loyer social moyen supérieur à celui du reste du pays, l’écart avec le marché privé francilien demeure important. C’est l’une des raisons pour lesquelles le parc HLM attire des ménages déjà logés, mais confrontés à une hausse de leur taux d’effort ou à une impossibilité de trouver un logement adapté à leurs ressources.
Le parc social francilien présente aussi des caractéristiques particulières. Il se compose à 97% d’habitat collectif et se situe à 67% hors quartier prioritaire de la politique de la ville, selon la Drihl. Les logements de trois pièces représentent 35,6% de l’ensemble du parc social, devant les quatre pièces, à 24,1%, et les deux pièces, à 22,5%.
La typologie des logements pèse directement sur les délais. Les personnes seules, les familles monoparentales, les couples avec enfants et les ménages déjà logés dans le parc social ne recherchent pas les mêmes surfaces. Or le logement attribuable à un moment donné ne correspond pas toujours à la demande la plus ancienne ou à la situation la plus urgente dans la commune souhaitée.
Paris concentre une partie de la tension
La pression est particulièrement visible à Paris. Selon Le Parisien, qui s’appuie sur l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur), 327.258 demandes ont été renouvelées ou déposées dans la capitale en 2025, soit 12% de plus qu’en 2024. Le quotidien indique aussi que le délai moyen d’attribution d’un logement social atteint 30,4 mois en Île-de-France, avec des niveaux supérieurs à 34 mois à Paris, en Seine-Saint-Denis et dans le Val-d’Oise, et 35,2 mois dans le Val-de-Marne.
La capitale dispose pourtant d’un parc social élevé. La Drihl recensait 250.489 logements sociaux à Paris au 1er janvier 2025, soit plus d’un sixième du parc social francilien. Ce parc est presque entièrement composé d’habitat collectif, à 99,9%, et se situe à 82% hors quartier prioritaire de la politique de la ville.
Ces chiffres confirment que la hausse de la demande ne s’explique pas par un seul facteur. Elle résulte à la fois du niveau des loyers privés, du manque de rotation dans le parc social, de la rareté des logements disponibles dans certaines communes, de la structure des ménages demandeurs et du rythme de production de nouveaux logements.
