Le gouvernement prépare un déblocage ciblé de l’épargne salariale pour relancer la consommation. À Bercy, l’idée est simple en apparence : permettre aux salariés modestes de récupérer une partie de leur épargne plus tôt. Mais derrière cette mesure présentée comme pragmatique, les limites économiques et sociales apparaissent déjà.
Pourquoi le déblocage de l’épargne voulu par Bercy ne règle pas tout

Début janvier 2026, le gouvernement a confirmé travailler sur un mécanisme exceptionnel de déblocage de l’épargne, avec un objectif assumé de soutien à la consommation. L’épargne salariale, notamment celle placée dans les plans d’épargne entreprise, est au cœur de cette réflexion, alors que l’exécutif cherche une réponse rapide au ralentissement économique sans toucher directement aux impôts.
Ce que le gouvernement veut faire avec l’épargne pour soutenir la consommation
Le principe étudié par le gouvernement repose sur un déblocage exceptionnel de l’épargne salariale, et plus précisément de l’épargne placée dans les plans d’épargne entreprise. Aujourd’hui, cette épargne est en principe bloquée pendant cinq ans. Toutefois, selon les informations publiées par BFMTV, Bercy souhaite autoriser un retrait anticipé plafonné à 2 000 euros. Cette somme serait accessible sans impôt sur le revenu, même si les prélèvements sociaux resteraient dus. Ainsi, l’exécutif espère injecter rapidement des liquidités dans l’économie réelle, tout en évitant une réforme fiscale plus lourde.
Dans les discussions menées à Bercy, le ciblage apparaît central. Selon Boursorama, le gouvernement envisage de réserver ce déblocage de l’épargne aux salariés percevant jusqu’à deux fois le Smic. L’objectif affiché est clair : orienter l’épargne vers la consommation courante des ménages les plus contraints. Car de l’argent il y en a : l’épargne salariale représente environ 200 milliards d’euros d’encours en France. Le déblocage exceptionnel pourrait ainsi libérer jusqu’à 4 milliards d’euros, un montant jugé suffisant pour produire un effet conjoncturel rapide.
Pourquoi Bercy mise sur l’épargne plutôt que sur les salaires ou l’impôt
Pour le gouvernement, l’épargne constitue un levier plus rapide que la négociation salariale ou une baisse d’impôt. Les marges budgétaires sont étroites et toute réforme fiscale structurelle aurait un coût immédiat pour les finances publiques. En revanche, le déblocage de l’épargne permet, selon Bercy, d’agir sans creuser le déficit. Comme l’a expliqué Serge Papin, ministre chargé des PME et du pouvoir d’achat, « la solution sur laquelle nous travaillons, c’est un moyen de débloquer de l’intéressement pour la consommation, au profit des personnes aux revenus inférieurs à un certain seuil ».
Ce raisonnement s’appuie également sur l’évolution récente des comportements. Depuis plusieurs années, l’épargne des ménages progresse plus vite que la consommation. Le gouvernement estime donc que le frein n’est pas l’absence de revenus, mais une rétention de l’épargne par précaution. En permettant un déblocage ciblé de l’épargne, l’exécutif espère transformer une épargne dormante en dépenses immédiates. Toutefois, comme le souligne Le Parisien, cette logique repose sur l’hypothèse que les ménages utiliseront effectivement ces 2 000 euros pour consommer, et non pour reconstituer une autre forme d’épargne.
Pourquoi le déblocage de l’épargne n’est pas une solution durable
Les critiques se multiplient face à cette stratégie. Luc Mathieu, secrétaire national de la CFDT, a ainsi affirmé que « la question du pouvoir d’achat est d’abord salariale », selon La Dépêche. Pour ces organisations, le déblocage de l’épargne ne fait que déplacer le problème. Il permet de consommer aujourd’hui, mais fragilise l’épargne de demain, notamment pour les projets à moyen terme des ménages concernés.
Par ailleurs, cette mesure exceptionnelle ne modifie en rien les causes structurelles de la faiblesse de la consommation. L’inflation passée, la hausse des dépenses contraintes et l’incertitude économique continuent d’inciter les ménages à épargner. Même si 4 milliards d’euros étaient effectivement injectés dans l’économie, l’effet resterait temporaire. La débloquer sans réforme parallèle des salaires ou de l’impôt revient à utiliser une réserve sans traiter le fond du problème.
