Made in France : une bonne qualité, mais des produits trop chers

Le Made in France conserve une image de qualité auprès des acheteurs européens, mais un défaut majeur fragilise sa compétitivité : des prix jugés trop élevés. Une étude conjointe de SKEMA et Rexecode révèle un paradoxe inquiétant pour l’industrie française et interroge directement les ambitions de réindustrialisation.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 18 mars 2026 6h28
export produits français
Made in France : une bonne qualité, mais des produits trop chers - © Economie Matin
18,6%18,6% des exportations européennes de vêtements sont issues du Made in France.

Publié le 17 mars 2026, le dernier rapport de SKEMA Business School et de Rexecode dresse un constat sans appel sur la compétitivité du Made in France. Si les produits français continuent d’être reconnus pour leur qualité, leur position sur les marchés européens se dégrade, notamment à cause d’un problème persistant de prix.

Dans un contexte de relance industrielle et de tensions sur les chaînes de production, cette étude, menée auprès de près de 500 acheteurs européens, met en lumière un déséquilibre structurel qui pourrait freiner durablement la production en France et affaiblir son positionnement face à la concurrence internationale.

Made in France : une qualité reconnue mais une production sous pression

D’abord, l’étude confirme un point bien connu des industriels : la France reste solidement positionnée sur les critères dits « hors-prix ». Autrement dit, les acheteurs européens continuent de valoriser la qualité, l’innovation, le design et les services associés aux produits français. Selon l’étude SKEMA-Rexecode, la France se classe ainsi dans le top 3 de la compétitivité hors-prix dans trois secteurs majeurs, notamment l’agroalimentaire et les biens de consommation.

Ce positionnement repose sur des atouts historiques. La perception de la qualité française demeure un levier puissant à l’export. Comme le souligne Marlène Goncalves Andrade, économiste chez Rexecode, « la compétitivité française repose sur des fondamentaux qualitatifs réels, mais fragmentés ». En d’autres termes, le Made in France conserve une forte valeur symbolique et industrielle.

Cependant, ce socle qualitatif ne suffit plus. L’étude montre que cette excellence est désormais insuffisamment valorisée sur les marchés. En effet, malgré ces bons résultats, certains secteurs comme l’équipement du logement restent en retrait, ce qui fragilise l’ensemble de la production nationale face à des concurrents plus homogènes.

Des prix trop élevés qui pénalisent la consommation

En revanche, le principal point noir reste le rapport compétitivité-prix. Et le diagnostic est sévère. Dans plusieurs secteurs, les produits français sont jugés trop chers par rapport à ceux de leurs concurrents européens ou internationaux. Le constat est particulièrement marqué dans la pharmacie et l’hygiène-beauté, où la France se classe dernière sur dix pays comparés selon Rexecode.

Ce décalage tarifaire se traduit directement dans la perception globale des acheteurs. Laurent Ferrara, professeur d’économie internationale à SKEMA, résume ainsi la situation : « notre problème principal vient du fait que les prix des produits sont jugés peu compétitifs, cela affecte le rapport qualité-prix qui est jugé médiocre ».

Conséquence immédiate : la dégradation du rapport qualité-prix. En 2026, la France n’apparaît plus dans la première moitié du classement dans aucun des quatre secteurs étudiés. Elle se situe notamment au 6e rang dans l’agroalimentaire et la pharmacie, et au 9e rang dans l’habillement, selon l’étude SKEMA. Cette évolution marque un recul significatif par rapport aux années précédentes.

Ainsi, malgré une qualité reconnue, la perception globale du Made in France se dégrade. Le problème n’est plus seulement industriel, il devient commercial. Le prix devient un frein à la consommation et à l’importation des produits français.

Un problème structurel pour la production et l’industrie française

Ce déséquilibre entre qualité et prix n’est pas sans conséquence sur l’appareil productif. Il reflète en réalité des fragilités structurelles de l’économie française : coûts de production élevés, fiscalité, organisation industrielle. L’étude souligne d’ailleurs que les pays d’Europe centrale bénéficient d’un avantage tarifaire structurel, tandis que la Chine progresse désormais aussi sur la qualité.

Ce phénomène se retrouve dans les données du commerce extérieur. Si la France progresse dans certains segments comme l’habillement, où sa part dans les exportations européennes est passée de 12,1 % à 18,6 % entre 1995 et 2024, elle recule fortement dans d’autres secteurs. Dans l’agroalimentaire, la pharmacie ou l’équipement du logement, son poids a été divisé par deux en trente ans. La perte de compétitivité-prix se traduit directement par une perte de parts de marché. L’industrie française ne disparaît pas, mais elle se concentre sur certains niches où la qualité prime, au détriment d’une présence plus large.

Réindustrialisation en France : un modèle fragilisé par le rapport qualité-prix

Ce constat pose un problème majeur pour la stratégie de réindustrialisation. Car relocaliser la production ne suffit pas si les produits restent trop chers pour être compétitifs à l’international. Comme le rappelle Olivier Redoulès, directeur des études de Rexecode, « la compétitivité hors-prix constitue un facteur déterminant de résilience pour nos exportateurs ». Mais elle ne peut pas compenser durablement un handicap de prix.

Les données récentes confirment cette fragilité. Selon Bpifrance, 245 sites industriels ont été inaugurés en France en 2025, mais presque autant ont fermé, avec 244 fermetures, soit un solde net quasi nul. Dans les secteurs des biens de consommation et d’équipements, le solde est même négatif, avec 51 ouvertures pour 99 fermetures. Ce paradoxe illustre les limites actuelles du modèle industriel français. D’un côté, des investissements et une dynamique de relance. De l’autre, une difficulté persistante à maintenir une production compétitive sur les marchés internationaux.

Enfin, la perception des importateurs européens, qui jugent désormais le rapport qualité-prix du Made in France comme médiocre confirme que le problème dépasse le seul cadre national. Il s’agit d’un enjeu d’image, mais aussi de positionnement stratégique dans la mondialisation.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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