Alors que la maîtrise des dépenses de santé reste une priorité budgétaire, les Français semblent prêts à desserrer la contrainte sur certains médicaments anciens. Selon un sondage Norstat pour Cheplapharm publié fin août, 81 % privilégient leur disponibilité au maintien d’un prix bas et 77 % accepteraient que l’Assurance maladie les paie davantage, à condition d’obtenir en retour des engagements sur la production, les stocks et l’approvisionnement.
Médicaments matures : les Français prêts à payer davantage pour sécuriser l’approvisionnement

Le médicament le moins cher n’est pas nécessairement celui que les Français veulent à tout prix. C’est l’un des principaux enseignements du sondage Norstat pour Cheplapharm réalisé les 11 et 12 août auprès de 1 002 personnes. Confrontés à un choix entre maintien des tarifs et sécurité d’approvisionnement, plus de huit répondants sur dix donnent la priorité à la disponibilité des traitements.
Le résultat intervient alors que les médicaments anciens occupent une place particulière dans l’économie de la santé. Sortis de leur période de brevet, souvent concurrencés par des génériques et vendus quelques euros, ils ont régulièrement fait l’objet de baisses de prix. Ces économies permettent notamment à l’Assurance maladie de contenir ses dépenses et de dégager des marges pour financer les nouvelles thérapies. Mais le modèle atteint ses limites lorsque le prix continue de diminuer alors que les coûts nécessaires au maintien du médicament sur le marché, eux, subsistent.
Le prix bas confronté au coût de la sécurité d’approvisionnement
Les médicaments dits « matures » restent soumis aux mêmes exigences industrielles et réglementaires que les autres : achat des matières premières, fabrication, contrôle de la qualité, pharmacovigilance, constitution des stocks ou encore maintien des autorisations de mise sur le marché. Leur ancienneté a permis d’amortir les investissements de recherche, pas de faire disparaître ces dépenses. À mesure que leur valeur économique se réduit, certaines références deviennent ainsi plus difficiles à produire ou à maintenir, notamment lorsque leur fabrication repose sur peu de fournisseurs. Les pénuries donnent aujourd’hui une traduction concrète à cette fragilité : un Français sur trois déclare avoir connu l’indisponibilité d’un médicament au cours de l’année écoulée, pour lui-même ou pour un proche.
C’est dans ce contexte que l’arbitrage exprimé par les Français prend une dimension économique. Pour 42 % des personnes interrogées, garantir la disponibilité justifie déjà un coût légèrement supérieur pour l’Assurance maladie. 39 % vont plus loin et associent cette sécurité à une production au minimum européenne. À l’inverse, seuls 19 % placent le maintien du prix devant la garantie d’approvisionnement.
Le soutien à une revalorisation n’est toutefois pas inconditionnel. Les répondants attendent que l’argent supplémentaire finance une sécurité mesurable : davantage de production, de stocks et de disponibilité. Sur ce point, le sondage dessine moins une demande de hausse générale des prix qu’une ouverture à des mécanismes de rémunération plus ciblés.
Payer plus, mais en échange d’engagements industriels
Cette logique apparaît également lorsqu’il est question de localisation de la production. 76 % des Français accepteraient que l’Assurance maladie paie certains médicaments essentiels un peu plus cher s’ils étaient fabriqués en France ou dans l’Union européenne.
Le résultat fait écho aux débats ouverts depuis la crise sanitaire sur la relocalisation de certaines productions pharmaceutiques. Produire davantage en Europe suppose généralement des coûts plus élevés que dans les grands bassins industriels asiatiques. La question est donc de savoir qui doit absorber cet écart : le fabricant, l’Assurance maladie ou, indirectement, la collectivité. Le sondage suggère que l’opinion est prête à accepter la troisième option, mais dans des proportions limitées. Pour un médicament présenté aux répondants comme coûtant en moyenne 10 euros, trois quarts accepteraient un surcoût pris en charge par l’Assurance maladie. La majorité situe cependant cet effort à un ou deux euros par boîte au maximum.
L’enseignement est important pour la politique du médicament. Pendant longtemps, les produits matures ont constitué l’un des principaux terrains de maîtrise des dépenses pharmaceutiques. Les tensions d’approvisionnement obligent désormais à intégrer dans l’équation la pérennité de leur production.
Le débat ne consiste donc plus seulement à opposer prix élevés et prix bas. Il porte sur le niveau auquel un médicament ancien peut rester économiquement soutenable, tout en demeurant accessible pour l’Assurance maladie. Le sondage montre qu’à cette question, les Français semblent désormais privilégier la sécurité d’approvisionnement, dès lors que le surcoût demandé est précisément justifié.