Mégafeux : taxons, taxons, il en restera toujours quelque chose

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By Jean-Baptiste Giraud
Mégafeux : taxons, taxons, il en restera toujours quelque chose
Mégafeux : taxons, taxons, il en restera toujours quelque chose - © Economie Matin

La France brûle, et déjà les réflexes pavloviens reprennent du service : une catastrophe, une taxe. Éric Coquerel réclame une loi de finances rectificative financée par une ponction sur les "superprofits". Pratique. Sauf que cette logique, appliquée depuis des décennies, a transformé la France en champion mondial de la pression fiscale — sans pour autant rendre ses services publics plus efficaces.

46,1 %

Le taux de prélèvements obligatoires en France en 2025, le plus élevé de tous les pays de l'OCDE, devant le Danemark et la Belgique.

La catastrophe comme prétexte fiscal idéal

Il faut reconnaître une certaine constance à La France Insoumise : elle n'a jamais une idée neuve, mais elle l'applique avec une régularité de métronome. Une pandémie ? Taxons les superprofits. Un incendie ? Taxons les superprofits. Une canicule, une inondation, une tempête ? Vous connaissez la suite.

Éric Coquerel, député de Seine-Saint-Denis, réclame donc une session extraordinaire du Parlement et une loi de finances rectificative pour financer la lutte contre les mégafeux qui ravagent le Sud-Ouest. Le financement envisagé ? Une taxe sur les multinationales ayant "fait des superprofits ces dernières semaines". Exactement comme pendant le Covid, nous dit-il. Précisément.

Sauf que la taxe Covid sur les superprofits, votée en grande pompe, n'a rapporté que des miettes par rapport aux promesses — et a surtout envoyé un signal désastreux aux investisseurs étrangers : en France, quand ça va mal, c'est vous qui payez. Toujours. Quoi qu'il arrive.

Force est de constater que cette posture est avant tout politique. Elle permet de paraître agir sans se poser la vraie question : pourquoi l'État français, qui perçoit chaque année près de 1 300 milliards d'euros de prélèvements obligatoires, n'est-il pas capable de financer la prévention des incendies sans inventer une nouvelle taxe d'urgence ?

Un État qui dépense tout, qui prévoit rien

Les mégafeux de 2026 ne sont pas une surprise tombée du ciel — ou plutôt si, une surprise de chaleur, mais une surprise budgétaire ? Certainement pas. Depuis 2022, chaque été bat des records de températures. Depuis 2022, chaque rapport d'experts alerte sur la nécessité de doubler, voire tripler les moyens de prévention forestière et de débroussaillement.

Ce n'est pas une question de moyens globaux. La France consacre 57 % de son PIB à la dépense publique — record absolu en Europe, loin devant l'Allemagne (49 %) et les Pays-Bas (46 %). Le problème n'est pas le montant. C'est l'allocation catastrophique de ces ressources. On subventionne à tout-va, on crée des agences sur des agences, on empile les dispositifs — mais on ne débroussaille pas les forêts.

Le coût potentiel de cette saison d'incendies est estimé entre 3 et 6 milliards d'euros. Pour donner une échelle : c'est l'équivalent du budget annuel de fonctionnement de plusieurs ministères entiers. L'argent existe. Il est simplement dépensé ailleurs, souvent moins utilement.

Le vrai scandale : la facture repassée aux entreprises

Ce qui me choque profondément, dans la proposition Coquerel, c'est son cynisme tranquille. Pendant que les entrepreneurs girondins — artisans, agriculteurs, gérants de PME — voient leurs outils de travail partir en fumée, on leur prépare, en bonus, une hausse de la fiscalité sur les entreprises pour financer la reconstruction.

Les Entrepreneurs — l'ex-CPME — demandent, eux, des dispositifs d'aide exceptionnels pour les victimes. C'est la bonne approche : cibler, vite, efficacement. Pas ponctionner l'ensemble du tissu productif pour alimenter un budget que l'État aurait dû provisionner depuis des années.

La vraie réforme, personne ne veut l'entendre : constituer une réserve budgétaire de crise, financée non par de nouvelles taxes mais par des économies sur les dépenses courantes. Ce que font la Suisse et les Pays-Bas depuis vingt ans. En France, on préfère taxer l'imprévu plutôt que prévoir.

La catastrophe, ce n'est pas seulement le feu. C'est aussi l'État qui regarde brûler ses marges de manœuvre — et tend la main aux entreprises pour les reconstituer.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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