Monsanto face aux plaintes : le plan financier qui redessine le risque Roundup

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By Jehanne Duplaa Published on 18 février 2026 10h44
Monsanto face aux plaintes : le plan financier qui redessine le risque Roundup
Monsanto face aux plaintes : le plan financier qui redessine le risque Roundup - © Economie Matin
7,25 MILLIARDS $Monsanto met en place un accord collectif national pouvant atteindre 7,25 milliards de dollars afin de financer un programme de réclamations

Le 17 février 2026, le groupe Bayer a annoncé, via Monsanto, un projet d’accord collectif déposé devant une juridiction de Saint-Louis (Missouri), et cet accord vise à régler des plaintes actuelles et futures autour du Roundup, selon Reuters. Dans le même temps, Monsanto insiste sur le fait que ce montage reste soumis à l’approbation du tribunal et à la participation d’un nombre suffisant de plaignants, et cela change la donne, car la sortie du contentieux n’est pas automatique. Monsanto doit encore convaincre, puis obtenir une validation judiciaire, tandis que les débats sur les pesticides et le glyphosate continuent, toutefois, d’alimenter les procédures et, par conséquent, la prime de risque appliquée au titre Bayer.

Une enveloppe calibrée pour « verrouiller » le risque juridique

Monsanto présente l’opération comme un chemin de sortie, et le discours officiel est clair. Dans un communiqué officiel, Bayer explique que Monsanto met en place un accord collectif national pouvant atteindre 7,25 milliards de dollars, et que le schéma de paiement pourrait s’étaler jusqu’à 21 ans, donc, sur une période longue, afin de financer un programme de réclamations. En outre, Bayer précise disposer d’une ligne de crédit de 8 milliards de dollars, soit environ 6,76 milliards d’euros, pour sécuriser le financement immédiat, et cela montre que Monsanto veut éviter une tension de liquidité, tout en maîtrisant la visibilité comptable. Par ailleurs, l’entreprise indique que ses provisions de litiges doivent être rehaussées à 11,8 milliards d’euros, dont 9,6 milliards d’euros attribués au glyphosate, et, néanmoins, cette hausse ressemble à un aveu économique : même sans reconnaître de faute, Monsanto acte que le dossier Roundup reste l’un des plus coûteux de son histoire récente, notamment sur le segment des pesticides.

Le message managérial, lui, vise la « normalisation » plus que la capitulation. Bill Anderson, directeur général de Bayer, affirme que « l’accord collectif proposé, combiné au dossier devant la Cour suprême, fournit une voie essentielle pour sortir de l’incertitude du contentieux », selon le communiqué officiel. Monsanto joue sur deux tableaux : d’un côté, l’accord pour réduire le stock de plaintes, et, de l’autre, une bataille juridique de principe sur la portée du droit fédéral, afin de limiter les risques futurs.

De plus, Reuters rapporte le 17 février 2026 que Bayer fait face à environ 65 000 plaignants, et que les indemnisations pourraient dépendre d’un système par paliers intégrant l’exposition et le type de cancer. Ainsi, Monsanto ne propose pas seulement un chèque, mais un barème, et ce barème a une logique budgétaire : plafonner l’aléa, certes, mais aussi accélérer les retraits de plaintes, puisque l’acceptation d’un accord collectif peut remplacer des années de procès, toutefois, au prix d’une négociation tendue avec les représentants des victimes.

Le barème d’indemnisation au cœur de la contestation

L’architecture des montants est un point de friction, et Monsanto le sait. AP News détaille des niveaux d’indemnisation cités dans les documents de règlement, avec une moyenne pouvant atteindre 165 000 dollars pour certains profils, tandis que d’autres cas évoqués tournent autour de 20 000 ou 10 000 dollars. En conséquence, Monsanto tente d’aligner la compensation sur des critères médicaux et d’exposition, et, en outre, de réduire l’hétérogénéité des verdicts. Le média rappelle également un paysage contentieux massif, avec environ 200 000 réclamations évoquées, dont plus de 125 000 plaignants ayant engagé une action depuis 2015, et cette échelle explique pourquoi Monsanto privilégie un mécanisme industriel plutôt que du cas par cas. Par ailleurs, l'historique des décisions est contrasté, dont notamment un verdict de 2,1 milliards de dollars rendu l’année précédente par un jury en Géorgie, et cela pèse, toutefois, sur la perception du risque lié aux pesticides.

Ce barème est aussi contesté au nom de l’expérience vécue. AP News rapporte qu’un avocat, Christopher Seeger, estime qu' « aucun accord ne peut effacer un diagnostic ». Dans le même article, l’avocat Matt Clement juge que « les paiements proposés sont beaucoup trop faibles ». Ces positions ne sont pas marginales, car elles structurent l’opposition interne à tout accord collectif : certains plaignants préfèrent aller au procès, d’autres veulent un règlement rapide, et Monsanto doit composer avec ces préférences divergentes.

L’impact économique sur Bayer, entre provisions et Bourse

Pour Bayer, l’enjeu dépasse Monsanto et son Roundup, car la sanction est d’abord financière. Reuters indique que l’entreprise anticipe environ 5 milliards d’euros de décaissements liés aux litiges en 2026, avec un flux de trésorerie disponible négatif, et cela signifie que Monsanto pèse directement sur la capacité du groupe à financer sa stratégie industrielle. En parallèle, le même média souligne que les provisions et passifs de litiges doivent passer de 7,8 milliards d’euros à 11,8 milliards d’euros, et Bayer précise que 9,6 milliards d’euros de ce total concernent le glyphosate. Donc, même si Monsanto répète qu’il n’y a pas de reconnaissance de responsabilité, l’entreprise internalise le coût du risque, et, néanmoins, cette internalisation a un effet immédiat sur les ratios financiers, ainsi que sur la confiance des marchés. Enfin, l’existence d’une ligne de crédit d’environ 6,76 milliards d’euros montre que Monsanto veut réduire l’incertitude de financement, tandis que la controverse sur les pesticides continue de peser sur la réputation.

La réaction boursière, elle, illustre la lecture économique d’un accord : payer pour acheter de la visibilité. Depuis le rachat de Monsanto en 2018, Bayer a déjà déboursé plus de 10 milliards de dollars dans ces poursuites. Après l’annonce, l’action Bayer a gagné 7,35% à Francfort, ce qui suggère que le marché préfère un coût borné à un risque ouvert, même si, en revanche, les modalités restent soumises au juge. De son côté, Courthouse News Service indique que l’initiative s’inscrit dans une stratégie plus large, liée à un dossier porté devant la Cour suprême américaine autour de la préemption du droit fédéral, et cet élément compte, car Monsanto cherche à verrouiller le cadre juridique des étiquetages et avertissements. Ainsi, l’entreprise joue la montre et la norme, et, toutefois, la question des pesticides reste inflammable : un accord peut réduire les plaintes, mais il ne supprime ni le débat scientifique, ni la pression réglementaire, ni la vigilance des tribunaux.

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