Assurance : le dérèglement climatique fait exploser les primes

En 2024, les catastrophes naturelles ont coûté des milliards d’euros aux assureurs, et les projections officielles annoncent une hausse durable des primes d’assurance. Assurés, experts et pouvoirs publics s’inquiètent d’un modèle économique sous tension.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 18 février 2026 15h30
Assurance : le dérèglement climatique fait exploser les primes
Assurance : le dérèglement climatique fait exploser les primes - © Economie Matin

Le secteur de l’assurance fait face à une pression inédite. D’une part, le dérèglement climatique intensifie les inondations, sécheresses et tempêtes ; d’autre part, les indemnisations explosent. Résultat, l’assurance habitation voit ses tarifs grimper, tandis que la soutenabilité du régime des catastrophes naturelles est questionnée.

Assurance et dérèglement climatique : une facture qui s’alourdit

En 2024, les catastrophes naturelles ont généré près de 5 milliards d’euros de pertes pour les assureurs en France, selon 24Matins, le 18 février 2026. Dans le même temps, les contrats d’assurance habitation ont couvert 4,6 millions de sinistres, pour un coût global évalué à environ 8 milliards d’euros pour le secteur assurantiel. Ainsi, l’assurance encaisse un choc financier massif, et par conséquent les équilibres techniques se fragilisent.

De plus, la surprime CatNat intégrée à chaque contrat d’assurance passera de 12 % à 20 % à partir de janvier 2025, précise 24Matins le 18 février 2026. Cette majoration, décidée pour consolider le régime des catastrophes naturelles, illustre directement l’impact du dérèglement climatique sur l’assurance. En parallèle, les litiges liés aux aléas climatiques ont quintuplé entre 2023 et 2024, principalement autour de refus de reconnaissance en catastrophe naturelle ou d’expertises contestées, toujours selon 24Matins. Dès lors, la tension ne concerne plus seulement les assureurs, mais également les assurés.

L’assurance face aux projections alarmantes du dérèglement climatique

Les projections officielles confirment cette trajectoire. Selon l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, citée par Hyperassur le 21 juillet 2025, « Le coût des sinistres pourrait être multiplié par 5 ou 6 dans certains départements français entre 2020 et 2050 ». Cette estimation, issue d’un exercice prospectif, place l’assurance au cœur d’un bouleversement structurel lié au dérèglement climatique. Toujours selon l’ACPR, relayée par Hyperassur le 21 juillet 2025, « Une telle progression dépasse la croissance du PIB de plus de 70 % sur la période de 30 ans couverte par l’exercice ».

La dynamique des sinistres dépasserait largement celle de la richesse nationale. Par conséquent, l’assurance devrait ajuster ses primes pour maintenir sa solvabilité. L’ACPR évoque ainsi une hausse des primes d’assurance comprise entre +130 % et +200 % d’ici 2050, soit une augmentation annuelle moyenne estimée entre +2,8 % et +3,7 %. Le dérèglement climatique devient donc un paramètre central dans la tarification de l’assurance.

Assurance habitation : vers un doublement des primes d’ici 2050 ?

Les projections de marché confirment cette tendance. La prime moyenne d’assurance habitation pourrait passer de 471 euros aujourd’hui à plus de 1 000 euros en moyenne nationale d’ici 2050. En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, particulièrement exposée au dérèglement climatique, cette prime pourrait atteindre 1 381 euros selon certains scénarios, selon le comparateur en ligne Réassurez-moi. Ainsi, l’assurance habitation deviendrait nettement plus coûteuse dans les zones à risque. Cependant, cette évolution ne serait pas uniforme. En effet, les territoires soumis aux inondations répétées ou aux épisodes de sécheresse intense, responsables de fissures structurelles, concentreraient l’essentiel de la hausse.

Par conséquent, l’assurance intégrerait de plus en plus une logique territorialisée du risque, directement corrélée au dérèglement climatique. À terme, certains experts redoutent une forme de segmentation accrue du marché, avec des primes d’assurance fortement différenciées selon l’exposition géographique. Dans ce contexte, l’assurance apparaît à la fois comme un amortisseur économique et comme un révélateur du dérèglement climatique. D’un côté, elle indemnise les sinistrés et absorbe les chocs financiers ; de l’autre, elle ajuste ses tarifs pour survivre à une fréquence accrue d’événements extrêmes. Ainsi, la hausse des primes d’assurance n’est plus conjoncturelle, mais structurelle, ancrée dans les transformations profondes du climat.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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