Cette nouvelle tendance rejette le catastrophisme climatique et imagine un futur radieux

Photo Jean Baptiste Giraud
By Jean-Baptiste Giraud Published on 14 juin 2026 18h01

Le mouvement solarpunk révolutionne l'approche de la transition écologique

Face aux discours alarmistes sur le climat, une nouvelle tendance culturelle émerge en France et dans le monde : le mouvement solarpunk. Ce courant artistique et social refuse le catastrophisme ambiant pour proposer une vision optimiste de l'avenir, où technologie et écologie cohabitent harmonieusement.

"Il s'agit d'un nouvel imaginaire pour orienter nos désirs vers un futur désirable. C'est quelque chose d'aussi révolutionnaire que de faire l'apologie de l'espoir", affirme avec conviction Emilio Santiago, anthropologue climatique du CCHS-CSIC.

L'imaginaire solarpunk se développe depuis des années dans l'art, la littérature, le cinéma et les jeux vidéo alternatifs. Porté principalement par des femmes, des personnes racisées, des communautés queer et des collectifs historiquement marginalisés, ce mouvement solarpunk ose imaginer des sociétés futuristes où l'humanité utilise technologie, innovation et tradition pour mieux vivre sans dépasser les limites planétaires.

Une alternative culturelle au cyberpunk traditionnel

Contrairement au cyberpunk qui dépeint des sociétés hypertechnologiques mais profondément inégalitaires, les récits solarpunk dessinent des cités avec voitures volantes, bâtiments végétalisés et panneaux solaires abritant humains, animaux et plantes. Éoliennes, montgolfières et moutons cyborg peuplent ces univers où la technologie sert avant tout l'amélioration de la vie communautaire.

"Il ne s'agit pas d'un programme politique fermé, d'une idéologie ou d'un paquet de propositions concrètes. Le solarpunk est avant tout une boussole pour orienter le désir collectif dans la bonne direction. C'est un gymnase pour entraîner nos aspirations et visualiser l'horizon d'un avenir meilleur", commente Santiago.

La bataille culturelle de la transition écologique

Les défenseurs français de cette tendance soulignent l'importance d'une révolution narrative. "La bataille pour la transition écologique ne se gagnera pas uniquement avec des études scientifiques, des discours politiques ou le déploiement de nouvelles technologies. Nous devons créer un discours culturel qui nourrit ces transformations", expliquent Gemma Barricarte et Alejandro Rivero, promoteurs du mouvement solarpunk en Espagne.

Leur argument économique est pragmatique : peu sert de concevoir des stratégies de réduction d'émissions ou de transformation urbaine si les citoyens ne parviennent pas à s'imaginer vivre dans ces nouveaux environnements. L'acceptabilité sociale des changements nécessaires passe par cette capacité collective à projeter un futur désirable.

Une reconnaissance institutionnelle inédite

Après des décennies de développement dans les marges culturelles, le mouvement solarpunk a récemment franchi les portes gouvernementales. Le subsecretaire du ministère espagnol pour la Transition écologique, Miguel González Suela, a salué cet enthousiasme depuis la salle d'honneur de son administration.

"Parler d'apocalypse peut fonctionner comme avertissement, mais ne peut devenir l'unique message. Nous devons dépasser le discours de la peur et oser penser depuis l'optimisme, construire des horizons futurs désirables et les transformer en politique", a-t-il argumenté lors d'une rencontre pionnière à Madrid.

Le défi consiste à passer de l'espoir théorique à l'action concrète, en traçant des chemins praticables vers ces futurs enviables.

Des applications concrètes déjà visibles

Selon Santiago, la révolution solarpunk s'incarne déjà dans de nombreuses initiatives urbaines et comportementales. Les "superilles" barcelonaises illustrent parfaitement cette philosophie en revendiquant la transformation urbaine et l'irruption du végétal dans les cités.

D'autres gestes quotidiens relèvent de cet esprit :

  • Se déplacer à vélo plutôt qu'en voiture
  • Pratiquer le compostage domestique
  • Adopter une alimentation végétale
  • Revendiquer le droit à la sieste et à la paresse
  • Cultiver les liens sociaux contre l'isolement
  • Protéger les abeilles, gardiennes de la pollinisation

"Faire une sieste est solarpunk parce que cela revendique le droit au repos. Se retrouver avec d'autres personnes est solarpunk parce que cela brise la solitude encapsulée", souligne l'anthropologue.

Un mouvement aux enjeux économiques majeurs

Au-delà de sa dimension culturelle, le mouvement solarpunk porte des implications économiques considérables. En réorientant les aspirations collectives vers des modes de vie plus durables, il pourrait faciliter l'acceptation de changements structurels nécessaires mais coûteux : transformation du système énergétique, modification des habitudes de consommation, adaptation des modèles urbains.

L'approche solarpunk suggère que l'économie de demain ne peut plus se contenter d'optimiser la productivité ou la croissance. Elle doit intégrer les limites planétaires tout en maintenant un projet de société attractif, capable de mobiliser les énergies individuelles et collectives.

Pour ses promoteurs, toute "petite ou grande révolution" contribuant à bâtir un monde meilleur participe à redonner espoir à une humanité qui semblait résignée à l'absence d'avenir désirable. Les politiques publiques de transition pourraient ainsi s'appuyer sur ces nouveaux imaginaires pour renforcer leur légitimité sociale.

Le défi reste immense : transformer une contre-culture émergente en levier de transformation économique et sociale. Mais l'émergence du solarpunk dans les sphères institutionnelles suggère que cette révolution culturelle pourrait bien redéfinir notre rapport collectif au futur et, par extension, nos choix économiques présents.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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