Songeons à remplir les berceaux !

Les naissances se raréfient depuis plusieurs décennies dans les régions développées de notre planète, et les pays dits « en développement » ont pris plus récemment, en la matière, le relais des pays riches, premiers disciples de Malthus. Taïwan constitue un exemple quasi caricatural de cette évolution (ou révolution : en 1960 la fécondité de cette grande ile dépassait 6 enfants par femme ; aujourd’hui elle est tombée à 1,2 !

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Par Jacques Bichot Publié le 10 janvier 2023 à 15h46
Naissance Demographie Monde France Population
2%En 1970 la croissance de la population mondiale a atteint 2% par an.

Ailleurs dans le monde la baisse peut s’effectuer moins rapidement ou être plus modeste, elle n’en semble pas moins solidement installée : c’est le cas même en Afrique, continent champion de la croissance démographique, qui est passé de 5,18 enfants par femme en l’an 2000 à 4,36 en 2020. En Inde, pays dont la taille de la population (1,4 milliard d’habitants) a presque rejoint celle de la Chine, la fécondité a baissé de 2,7 enfants par femme en 2005 à 2,05 en 2020. Il s’agit d’une évolution assez lente mais probablement solide : Qui va piano va sano !

Moins de naissances : bonne ou mauvaise nouvelle ?

Une telle réduction de la fécondité peut être une excellente nouvelle, car notre planète n’a pas des capacités infinies, mais elle pourrait aussi se révéler catastrophique si elle va trop loin. Plus précisément, il serait préférable que la tendance occidentale à un très bas niveau de fécondité soit stoppée, et même inversée, tandis que le malthusianisme pourrait de manière bénéfique se répandre, mais sans excès, dans les pays où une natalité trop forte freine le progrès économique et social.

Une note toute récente des « Amis d’Hérodote » indique que la très forte croissance actuelle de la population mondiale pourrait ne pas durer encore très longtemps : « nous sommes au terme de la fantastique croissance démographique mondiale qui a débuté vers 1750 et aura multiplié la population humaine par 12 ou 15 en trois siècles ». Le rythme de cette croissance a culminé à un peu plus de 2% par an aux alentours de 1970 ; elle est actuellement à 0,9 % par an, et ce taux diminuera vraisemblablement au cours des prochaines années.

Cette perspective est certes rassurante, mais il ne faut pas chanter « tout va très bien, madame la marquise », car l’augmentation du nombre des hommes n’est pas le seul facteur d’inquiétude pour l’avenir : il faut compter avec l’augmentation de la consommation par tête et avec la nécessité de ne pas « tirer » de manière excessive sur les ressources naturelles.

Quelle politique démographique pour la France ?

Dans un pays comme la France, le malthusianisme a longtemps séduit beaucoup de citoyens, et il continue à bénéficier d’une opinion relativement favorable. Entre cette volonté - compréhensible - de ne pas être trop nombreux, de disposer de suffisamment d’espace pour chaque citoyen, et le désir de donner la vie – le plus beau cadeau possible – sans pratiquer un contingentement excessif, il n’est pas évident de trouver un « juste milieu ».

La densité de la population diffère beaucoup selon les pays. Elle est très faible dans certains d’entre eux : 3,2 habitants au Km2 en Australie, 4,1 au Canada comme au Bostwana. Elle est très élevée dans d’autres : 7075 à Hong-Kong. Et elle est moyenne dans beaucoup (236 en Allemagne, 119 en France). Certes, il serait difficile de faire fonctionner un grand pays avec la densité de Hong-Kong, mais les villes-Etats constituent une formule intéressante, dont la viabilité est prouvée, tout autant que celle d’états en grande partie désertiques, par exemple l’Australie. Pour un pays dont la taille et la densité de population sont moyennes, ce qui est le cas de la France, la croissance de la population ne pose généralement pas des problèmes très difficiles. Notre pays, moyennant une politique d’aménagement du territoire raisonnable, pourrait fort bien héberger une population augmentée de moitié, ce qui lui laisserait encore nettement plus d’espace par habitant que sa voisine l’Allemagne. C’est un atout que nous possédons sans trop en avoir pris conscience. Nous aurions tout intérêt à étudier comment nous en servir à la fois pour le bien des Français et celui de l’humanité dans son ensemble. Evitons de gaspiller ou de brader cet espace disponible et pas si mal aménagé, mais qui pourrait l’être mieux encore !

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Jacques Bichot est économiste, mathématicien de formation, professeur émérite à l'université Lyon 3. Il a surtout travaillé à renouveler la théorie monétaire et l'économie de la sécurité sociale, conçue comme un producteur de services. Il est l'auteur de "La mort de l'Etat providence ; vive les assurances sociales" avec Arnaud Robinet, de "Le Labyrinthe ; compliquer pour régner" aux Belles Lettres, de "La retraite en liberté" au Cherche Midi et de "Cure de jouvence pour la Sécu" aux éditions L'Harmattan.

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