Amazon pourrait-il s’intéresser à Carrefour ?

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Par Nicolas Tarnaud Publié le 2 octobre 2017 à 23h19
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13,1 milliards ?Carrefour vaut aujourd'hui 13,1 milliards d'euros à la Bourse de Paris.

Les rumeurs de rachat de Carrefour par Amazon ont alimenté ces derniers jours les médias.

En effet, les analystes financiers abordent régulièrement cette possibilité alors que d’autres experts anticipent une possible fusion entre Carrefour et le leader mondial de la distribution, Walmart. Ces derniers jours, de nouvelles rumeurs ont fait leur apparition dans les salles des marchés concernant le rachat du numéro un français de la grande distribution par le géant de Seattle. Le titre Carrefour s’est ainsi valorisé de 3,45%, mardi 26 septembre 2017. Aujourd’hui, le secteur de la grande distribution est en pleine mutation industrielle, économique et technologique. Cette course à l’innovation technologique concerne les acteurs de la logistique, des transports, du stockage et de la grande distribution. Les groupes comme Carrefour, ou Auchan doivent intégrer leur modèle à l'Internet des objets, avec des stratégies digitales ciblées afin de mieux anticiper les attentes de la clientèle de demain et d’intégrer les spécificités propres à chaque pays. L'intelligence artificielle modifiera par exemple la gestion des listes de courses des clients.

Ainsi, sachant que les réserves de certains produits arriveront à leur terme, Amazon anticipera la diminution des stocks en constituant des réserves dans un local à proximité du lieu d’habitation de ses clients. Ce qui lui permettra de les livrer en quelques minutes, même le dimanche. Le secteur de la grande distribution devient de plus en plus concurrentiel tant au plan local qu’au plan international. Aussi, les industriels doivent développer leurs activités en intégrant des marges de plus en plus faibles (les prix publics deviennent de plus en plus compétitifs afin de se prémunir contre Amazon) et gérer des consommateurs infidèles (Génération Y) qui achètent davantage sur Internet via leur tablette et smartphone. Dans le contexte de la digitalisation de l’économie, de la mondialisation des flux et des taux d’intérêt bas, des arbitrages vont se réaliser via des rachats et des fusions industrielles et/ou capitalistiques dans le secteur de la distribution. Dans ces conditions, Amazon pourrait naturellement s’intéresser au groupe Carrefour pour plusieurs raisons.

La capitalisation de carrefour

Carrefour vaut aujourd’hui 15,4 milliards de dollars (13,1 milliards d’euros) à la Bourse de Paris tandis que son homologue américain Walmart, premier employeur privé des États-Unis, vaut 237 milliards de dollars à la bourse de New-York. La capitalisation boursière entre le numéro 1 et le numéro 2 mondial est très élevée. Carrefour est ainsi classée 37e sur les 40 valeurs les plus valorisées du CAC 40 devant Accorhotels, Veolia Environnement et Technipfmc. Cette faible capitalisation est actuellement analysée par les acteurs du monde financier qui s’interrogent sur la stratégie mise en place par la nouvelle gouvernance de Carrefour. Dans ces conditions, Carrefour serait-elle sujette à une offre publique d’achat (OPA) d’un groupe industriel étranger, d’un fonds d’investissement ou d’un géant d’Internet comme Amazon ? Le ticket d’entrée pour contrôler l’industriel français se situe autour de 20 milliards de dollars (15,4 milliards d’euros + 30% de prime offerte aux actionnaires). Carrefour est plus que jamais accessible pour Amazon. Au-delà de l’opération financière (121,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2016 pour Carrefour), le rachat du groupe français permettrait à Amazon d’obtenir de nouveaux points de vente physique (+ 11 973 magasins Carrefour dans le monde), de contrôler 20 sites de e-commerce (rue du commerce) et surtout d’être présent dans le secteur de l'alimentaire et de la grande consommation. Ces derniers sont les plus importants secteurs du commerce aujourd'hui.

Une diversification dans l’alimentaire

Whole Foods, spécialisé dans la distribution de produits alimentaires biologiques avec 460 magasins en Amérique du Nord et au Royaume-Uni est passé sous le contrôle d’Amazon le 16 juin 2017. En achetant Whole Foods Market pour 13,7 milliards de dollars, Amazon a confirmé qu’il souhaitait à la fois acquérir des compétences dans l’alimentaire et se diversifier dans la vente de produits frais à l’échelle américaine et mondiale. La stratégie d’Amazon a toujours été de créer de véritables synergies avec les entreprises qu’elle achetait. Ainsi, les produits de marque Whole Foods, vont être disponibles sur les plateformes d’Amazon (Amazon.com, AmazonFresh, Prime Pantry et Prime Now). Par ailleurs, les casiers Amazon vont être présents dans les magasins Whole Foods afin que les clients puissent envoyer leurs produits Amazon vers leur magasin local Whole Foods. Amazon renforce ainsi sa relation commerciale et consolide sa présence physique en ciblant une clientèle locale (senior) qui n’achetait pas de produits via la plateforme américaine. En effet, Foursquare Labs a constaté qu’après son acquisition par Amazon, le flux de clients dans les points de vente de l’enseigne bio avait augmenté en moyenne de 25% et de 35% dans les magasins de Chicago.

En conclusion

Malgré une croissance à deux chiffres du e-commerce dans les pays industrialisés, le commerce physique représente toujours 90% des ventes dans le monde dont 95% dans l'alimentaire. Le secteur du retail « boutique physique » n’a donc pas disparu. Les pure players du web rachètent des enseignes afin d’augmenter leur visibilité physique et de diversifier leurs canaux de distribution. Aux États-Unis, Amazon ne contrôlerait aujourd’hui que 2% du marché de l’alimentaire (estimé à 800 milliards de dollars), dominé par Walmart, Kroger et Albertsons. Le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos n’a pas dit son dernier mot. En effet, il n'a jamais caché l’idée qu'il souhaiterait devenir un jour le numéro 1 mondial de la grande distribution, tous canaux confondus. Enfin, dans un contexte de taux d’intérêt attractifs et d’importantes liquidités disponibles sur le marché obligataire, il serait surprenant que Whole Foods soit la seule acquisition d'Amazon dans la distribution alimentaire et la vente au détail durant les prochains mois. Les stratégies d’acquisition d’Amazon ne font que commencer.

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Nicolas Tarnaud, FRICS, économiste, professeur à Financia Business School, chercheur associé au Larefi Université Bordeaux IV.

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