Interview de Benjamin Le Pendeven, expert en finance entrepreneuriale à Audencia. Son étude sur 611 investisseurs gérant 130 milliards d’euros révèle que les performances européennes du capital-risque égalent désormais celles des États-Unis, malgré un taux d’échec de 45%.
Capital-risque : pourquoi près d’un investissement sur deux échoue en Europe ?

Contrairement aux idées reçues sur un décrochage européen face aux États-Unis, les performances du capital-risque des deux côtés de l'Atlantique sont désormais comparables. C'est ce que révèle Benjamin Le Pendeven, expert en finance entrepreneuriale à Audencia et co-auteur d'une étude portant sur les pratiques de 611 investisseurs gérant 130 milliards d'euros.
Une convergence des performances masquée par les perceptions
"Cette réalité converge avec de nombreuses autres études internationales (y compris les chiffres officiels d'Invest Europe), qui montre que depuis quelques années, le VC européen se compare (voire surpasse) le VC américain en termes de performance", explique Benjamin Le Pendeven. Avant 2020, la littérature académique documentait pourtant une sous-performance structurelle de l'Europe, attribuée à un marché moins mature, des pratiques de syndication différentes et un écosystème de sortie moins développé.
Depuis, les pratiques ont évolué et convergé. À cela s'ajoutent probablement des valorisations très élevées aux États-Unis et une quantité telle de liquidités sur le marché que des start-ups peut-être moins performantes qu'en Europe sont financées outre-Atlantique.
Un taux d'échec de 45% conforme aux standards
L'étude confirme que 45% des investissements européens échouent, contre seulement 9% qui génèrent de très hautes performances. Loin de révéler un problème structurel, ces chiffres sont "totalement en ligne avec les standards du capital-risque européen, américain et mondial", précise le chercheur. Les capital-risqueurs ont coutume de dire qu'environ un investissement sur deux se solde par un échec, et seulement un sur dix par un succès majeur.
Des approches qui se rapprochent mais restent distinctes
Si le marché européen a maturé au point de partager de nombreuses pratiques avec les Américains, des différences subsistent dans l'évaluation des projets. "Les principales différences sont le fait que les Européens doivent sélectionner un deal dans un deal-flow plus étroit", note Benjamin Le Pendeven.
L'attention portée à l'entreprise diffère également : aux États-Unis, l'attention au business-model, au produit et au marché est très élevée, avec un écart significatif par rapport à l'Europe. Concernant l'évaluation des équipes fondatrices, critère prioritaire des deux côtés de l'Atlantique, les approches divergent : "Les Européens valorisent bien plus l'engagement et la passion que les Américains, ou l'expérience entrepreneuriale, alors que les Américains valorisent grandement la cohésion d'équipe ou l'expertise technique."
Un écosystème européen en mutation
Cette convergence des performances intervient dans un contexte de transformation du marché européen. Bien que l'étude ne traite pas directement de la chute de 55% du capital-risque européen depuis 2021, elle met en lumière un écosystème qui a su développer ses propres méthodes d'évaluation tout en s'inspirant des meilleures pratiques américaines.
L'Europe semble ainsi avoir trouvé un équilibre entre adaptation aux standards internationaux et préservation de ses spécificités, notamment une approche plus qualitative dans l'évaluation des entrepreneurs et une attention particulière portée à leur engagement personnel.
