La crise monétaire : un monstre bien plus redoutable que la déflation

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Par Simone Wapler Modifié le 18 février 2014 à 6h54

Les pays émergents vont bientôt se fâcher et la Chine va leur en donner les moyens.

Les banques centrales, Fed américaine en tête, ont baissé les taux courts et submergé le monde de « liquidités ». Le but était de masquer l’insolvabilité du système financier et de donner suffisamment d’argent frais aux banques commerciales afin qu’elles puissent se refaire une peau.

Ces liquidités sont allées là où cela rapporte : les pays émergents dans lesquels l’économie conservait une bonne croissance résiduelle. Mais dès que la Fed a fait savoir (au printemps 2013) qu’elle allait diminuer son débit de création monétaire, les liquidités sont reparties, mettant en difficulté les économies des pays asséchés.

Baisse des monnaies des pays émergents face au dollar

La fausse monnaie ne fait pas le bonheur économique ni celui des peuples…

Pour comprendre ce qui se passe, il faut réaliser que ce qu’on appelle « monnaie » ou « capitaux » ou « réserve de change » n’est en fait que de la dette. Des pays chroniquement exportateurs recyclent leurs devises étrangères dans la dette des pays chroniquement en déficit vers lesquels ils exportent.

Certains pays émergents sont pénalisés par l’effondrement de leur monnaie qui renchérit leurs importations, d’autres sont pénalisés par la création monétaire de la Fed qui dévalorise leur « réserves de change » donc leur pouvoir d’achat.

La Chine a des dollars plein les pattes (pour 4 000 Mds $ environ de bons du Trésor, plus d’un quart de la dette américaine). Moins de dollars imprimés c’est toujours trop de dollars imprimés mais elle ne peut lâcher le dollar du jour au lendemain et doit s’en débarrasser petit à petit, sans éveiller trop de suspicion qui conduirait à un effondrement brutal. Comme par ailleurs, les Américains importent moins de « made in China », les Chinois ont moins d’intérêt à acheter de la dette américaine.

La Chine lâche le dollar en nouant des partenariats commerciaux en direct avec d’autres pays émergents, en achetant du cuivre et de l’or.

Récemment Les Echos soulignait que l’appétit pour le cuivre de la Chine s’intensifiait alors que la croissance y ralentissait. Officiellement c’est pour le réseau électrique chinois et c’est probablement vrai, mais partiellement. Surtout, le cuivre finance des transactions en Chine et avec ses partenaires étrangers.

Autre exemple récent, le Mexique, un pays producteur de pétrole, a un besoin en infrastructure évalué à 300 Mds $ par an (dont 100 Mds $ pour les télécoms et les transports). Un fonds Chinois s’empresse d’apporter 2,5 Mds $. La Chine s’achète ainsi une petite rente (les utilities c’est de la rente) au Mexique plutôt que les bons du Trésor pourris de Janet Yellen.

Voilà comment, petite touche par petite touche, la « dédollarisation » est en marche. Ces accords vont se multiplier et conduire au rejet du billet vert. Ne vous méprenez pas, c’est la fin d’un modèle, celui dans lequel les pays émergents souscrivent les yeux fermés aux dettes de leurs autrefois riches clients. La guerre monétaire ne fait que commencer et elle est plus à craindre que l’ogre de la déflation dont parle Christine Lagarde. Avec la crise monétaire qui arrive, l’illusion des bienfaits des politiques de la planche à billet va se dissiper.

[NB : Comment concrètement mettre votre épargne à l’abri de la guerre des monnaies, continuez votre lecture...]

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Simone Wapler est directrice éditoriale des publications Agora, spécialisées dans les analyses et conseils financiers. Ingénieur de formation, elle a quitté les laboratoires pour les marchés financiers et vécu l'éclatement de la bulle internet. Grâce à son expertise, elle sert aujourd'hui, non pas la cause des multinationales ou des banquiers, mais celle des particuliers.Elle a publié "Pourquoi la France va faire faillite" (2012), "Comment l'État va faire main basse sur votre argent" (2013), "Pouvez-vous faire confiance à votre banque ?" (2014) et “La fabrique de pauvres” (2015) aux Éditions Ixelles.