Pour éviter la déflation, l’Europe pourrait recourir à des taux d’intérêt négatifs

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Par Christophe Auperin Modifié le 17 décembre 2013 à 14h06

A Francfort, siège de la Banque centrale européenne, les difficultés s’enchainent sans véritable pause. L’institution se trouve logiquement au cœur de la gestion de la crise et sa politique est déterminante pour la santé économique de la zone euro. A l’heure actuelle, le risque principal est celui de la déflation, avec l’exemple japonais à éviter. Par conséquent, Mario Draghi pourrait être tenté de mettre en place des taux d’intérêt négatifs, estime Eric Freymond, directeur de Semper Gestion.

La Banque centrale s’organise pour éviter la déflation

Le poste de gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE) suppose deux qualités indispensables : être un économiste internationalement reconnu et être un fin communicant. En effet, chaque décision et chaque déclaration doivent être savamment construites et préparées. Ces dernières années, cette fonction est devenue tout à fait centrale dans le fonctionnement de l’Union européenne, dans le contexte de la gestion de la crise économique. Grèce, Chypre, Espagne ont ainsi constitué le quotidien de Jean-Claude Trichet puis, à partir de novembre 2011, de Mario Draghi.

La situation aujourd’hui légèrement apaisée, l’Europe souhaite ardemment tourner la page de la crise et favoriser la reprise économique. Un nouveau combat dans lequel la BCE se trouve nécessairement en première ligne. Dorénavant, le nouveau scénario catastrophe à éviter est celui de la déflation. Phénomène pouvant survenir lors des périodes de grave crise économique, il induit une baisse prolongée de l’indice des prix, successive à une baisse de la demande. Ces dernières années, le Japon, lors de l’éclatement de la bulle spéculative immobilière, a connu la déflation. De 1997 à 2006, puis à partir de 2009, le pays a ainsi subi la baisse prolongée des prix et est entré dans une récession durable.

Un tel phénomène économique est aujourd’hui une possibilité que l’Union européenne juge plausible et face à laquelle elle cherche à se préparer. C’est pourquoi, le 7 novembre dernier, Mario Draghi a assuré que la BCE est « prête d’un point de vue logistique » à fixer un taux négatif si la situation économique devait l’exiger. Dans l’immédiat, le recours à cet instrument n’est pas encore d’actualité. Le taux principal de refinancement est inchangé, à 0,25 %, tandis que le taux de dépôt principal demeure à 0 %.

Eviter un scénario à la japonaise par des taux d’intérêt négatifs ?

Toutefois, les prévisions de l’inflation ne sont pas au beau fixe. En 2013, un taux d’inflation de l’ordre de 1,4 % est attendu par la BCE. Et en 2014, la zone euro devrait connaître une chute de 0,3 point supplémentaire. A moyen terme, Mario Draghi a écarté le risque de déflation et escompte une stabilisation du taux d’inflation « en dessous, mais proche » de 2 %. Pour ce faire, une « panoplie » de mesures est envisagée par l’institution de Francfort. Outre l’instauration de taux d’intérêt négatifs, une nouvelle diminution du taux de refinancement ou encore des opérations d’achat de titres de dette pourraient survenir.

Car si ces annonces sont davantage destinées à prévenir le mal que le guérir, un scénario « à la japonaise » n’est pas entièrement à exclure. Dans les années 1990, le Japon s’appuyait également sur des indicateurs plutôt rassurants et n’avait donc pas pris les mesures nécessaires pour à temps pour enrayer la déflation rapidement. Plus de quinze ans plus tard, les différents gouvernements japonais font encore de la lutte contre ce phénomène leur principal cheval de bataille économique.

Eric Freymond : des taux d’intérêts négatifs renforcerait l’attrait de l’euro

Le cas échéant, les observateurs estiment que l’attrait pour les actifs à risque pourrait croitre. C’est en tout cas l’opinion d’Eric Freymond, directeur et fondateur de Semper Gestion, cabinet genevois spécialisé dans la gestion de fortune. En effet, avec des taux d’intérêt négatifs, les investisseurs seraient incités à se tourner vers l’euro ou encore les dettes souveraines des Etats européens en difficulté. De fait, de tels taux sont destinés à stimuler l’économie et à encourager les investissements de capitaux dormants. Cette technique avait d’ailleurs été utilisée en 2009 par la Suède afin de « persuader les banques de prêter de l’argent aux entreprises plutôt que de le déposer à la banque centrale », avait à l’époque expliqué Henrik Mitelman, responsable de la stratégie à la Banque centrale suédoise.

Pour l’heure, les contextes européen et japonais demeurent très différents et la politique menée par la BCE semble à même d’écarter le risque de déflation. « Il n’y a pas de raison fondamentale pour qu’il y ait un décalage substantiel entre l’inflation anticipée par le marché et l’inflation réelle. Cela n’a pas été le cas jusqu’à présent », a encore déclaré Mario Draghi jeudi 5 décembre. La confiance affichée a d’ores et déjà permis à l’euro de progresser face au dollar après avoir enregistré des pertes dues aux indicateurs américains dans le vert.

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Conseiller en fusion-acquisition dans un cabinet d'accompagnement personnalisé dans la cession d'entreprises, Christophe Auperin s'intéresse de près aux mouvements des marchés, dont il aime, en bon sismologue de la finance, pressentir les oscillations à venir. 

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