L’adaptation vue par les neurosciences : une révolution dans le milieu de la petite enfance

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Par Anne-Claude Rovera Publié le 15 novembre 2021 à 15h04
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L’apport relativement récent des neurosciences vis-à-vis de la période d’adaptation - plus justement nommée désormais période de familiarisation - est venu bouleverser les méthodes utilisées jusqu’ici par les professionnels de la petite enfance. Un changement de posture qui déconstruit bon nombre d’idées reçues et réhabilite plus nettement le rôle des parents dans la coéducation.

Une nouvelle approche complexe à assimiler pour les professionnels

Il y a encore quelques années de cela, le monde de la petite enfance percevait la période de familiarisation en crèche comme étant un moyen d’introduire la notion de séparation de façon progressive aux enfants. Or les récentes observations faites par les neurosciences montrent que pour appréhender la nouveauté, l’enfant doit la vivre dans un contexte de régularité. En traitant l’information de façon statistique, le cerveau des tout-petits construit ses repères en expérimentant des situations récurrentes. Pour les professionnels, l’approche est réellement différente puisqu’il faut désormais privilégier la mise en place de séquences quasi identiques pour les enfants, en valorisant et privilégiant la création d’une niche sensorielle – notion développée par Boris Cyrulnik – qui permet de créer des repères rassurants autour du ressenti de l’enfant. De plus grâce à une familiarisation sans séparation, les parents assurent une présence sécurisante et il est alors possible d’intégrer progressivement de la nouveauté.

On le comprend, la transition d’une pratique à une autre n’est pas aisée pour les professionnels qui doivent peu à peu adopter une posture différente vis-à-vis des enfants mais aussi des parents. Pour l’heure, Il n’y a aucun intérêt à imposer, il est préférable d’expliquer pour accompagner le changement en douceur, en restant attentif, comme toujours à chaque situation afin de proposer les solutions les plus adaptées à chaque famille. En revanche, grâce au retour d’expérience et aux méthodes et outils pour intégrer ces nouvelles pratiques, il est possible de convaincre les personnels de crèche de la légitimité et la faisabilité de celles-ci.

Une coéducation qui renforce le rôle des parents

Bien que présente par le passé, la coéducation telle qu’elle est entendue aujourd’hui implique une coopération plus complète entre parents et professionnels. L’importance nouvelle de la notion de niche sensorielle conduit nécessairement à une présence renforcée des parents à la crèche. Une disposition qui rassure autant les parents que les enfants et qui répond au besoin de régularité tout au long de la période de familiarisation. Dans un tel contexte, les parents comme les professionnels doivent effectuer un réel travail d’observation afin de se comprendre mutuellement. Les journées de crèche représentent, à cet effet, le moment idéal pour poser, d’un côté comme de l’autre, les bonnes questions afin de ne pas rester sur des incompréhensions.

Pour autant, si le dialogue est de rigueur, le jugement et la culpabilisation peuvent aussi s’inviter dans la discussion et complexifier la communication. Pour éviter de tomber dans ce piège, les personnels de crèche ont aussi pour rôle de faire preuve de pédagogie envers les familles afin de les accompagner dans leur parentalité tout en partageant leurs connaissances sur le développement des tout petits qui pourront leur être utiles à la maison. Cette coopération permet véritablement d’améliorer durablement la relation avec les familles. Une relation de confiance qui reste au service des besoins l’enfant et de son évolution.

L’importance d’une forme de continuité entre la maison et la crèche

Malgré le caractère anxiogène de la crise sanitaire et des confinements, il a tout de même été possible de tirer quelques enseignements intéressants pour l’avenir. Devant la fermeture des crèches et la panique légitime des parents, bon nombre de professionnels ont su proposer des méthodes pour maintenir un lien, même distant, avec la crèche. Par l’intermédiaire de photos, de dessins ou même simplement en leur évoquant oralement le quotidien de la crèche, les enfants ont pu continuer à effectuer des connexions avec celle-ci. Une habitude à conserver, au-delà même du contexte de crise sanitaire.

En valorisant la notion de régularité, les neurosciences vont également dans le sens d’une forme de continuité. Durant la familiarisation, les deux univers - la maison et la crèche - deviennent alors indissociables de la réalité quotidienne de l’enfant tout en conservant leur singularité. D’ailleurs, il est essentiel de retenir le point de vue de l’enfant, et non celui de l’adulte. Il s’agit par exemple pour les parents ne pas projeter (excessivement) leurs angoisses sur les petits. D’une certaine façon, et il est amusant de le constater, la régularité semble aussi importante et sécurisante pour les enfants que pour les parents.

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Directrice Qualité Petite Enfance chez Les Petits Chaperons Rouges

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