Les ETI, nouveaux champions de la croissance française

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Par Christophe Lefébure Modifié le 11 avril 2018 à 8h12
Patrick Martin Mbe
87 %Selon un sondage OpinionWay-Banque Palatine, 87 % des patrons de ETI se disent « optimistes pour l?économie française ».

Areva, Carrefour, Renault… à chacune de leurs actualités, les grands groupes français suscitent l’effervescence médiatique. Pourtant, la reprise de la croissance ces derniers mois revient essentiellement aux ETI, Entreprises de Taille Intermédiaire, et à leurs efforts de modernisations. Un dynamisme largement sous-estimé, qui renforce la puissance de l’économie française à l’international.

En 2017, l’enquête de la DGE et Bpifrance révélait un optimisme sans précédent. En début d’année, 50 % des ETI françaises anticipaient une hausse de leur chiffre d’affaires consolidé. Une situation financière rassurante pour l’emploi, les investissements et les financements.

Et cette embellie économique se maintient : en mars 2018, 90 % des patrons de PME et ETI se déclaraient « confiants pour les perspectives d’activité à six mois de leur propre entreprise », tandis que 87 % se disent « optimistes pour l’économie française » d’après les chiffres de l’observatoire OpinionWay-Banque Palatine.

Le rôle incontournable que jouent les ETI dans l’économie française est indéniable. Selon l’Institut Montaigne, plus de 3 millions de salariés français travaillent dans une ETI, soit 24 % des effectifs salariés de l’Hexagone. De 2009 à 2015, ce sont d’ailleurs les seules catégories d’entreprises à avoir créé des emplois. Enfin, elles représentent à elles seules un quart des dépenses en recherche et développement.

Longtemps, la croissance et la balance commerciale française reposaient sur les mirifiques contrats empochés par nos champions nationaux, dans l’énergie, la défense, le transport ou la grande distribution. Mais à l’image de ce qu’il se pratique en Suisse, en Italie ou en Allemagne depuis des décennies, la France laisse enfin éclore un tissu d’entreprises de taille intermédiaire, susceptibles d’assurer le développement économique de nos territoires et de dynamiser nos exportations.

Le numérique, un « un défi incontournable » selon Patrick Martin

Une croissance qui passera nécessairement par le virage du numérique. Mais pour les entreprises, il reste du chemin à parcourir afin de « passer des paroles aux actes ». Comme le souligne Patrick Martin, candidat à la présidence du Medef et lui-même à la tête d’une ETI. Il assure qu’« intégrer les enjeux de la transformation numérique devient crucial à un horizon de moins de trois ans pour nos entreprises ».

Mais le manque de maturité numérique constitue un point faible des ETI françaises, dont 40 % appartiennent au secteur de l’industrie. Pour la majorité de leurs dirigeants (87 %), la transformation numérique « n’est pas une priorité », selon une enquête Bpifrance Le Lab. Or, la technologie est un outil clé permettant de « gérer ses flux, anticiper les besoins des clients ou améliorer l’efficacité des équipes », souligne la banque.

Certaines entreprises réussissent pourtant leur transformation numérique. C’est justement le cas du groupe Martin Belaysoud Expansion (MBE), dirigé par Patrick Martin et distributeur en sanitaire, chauffage, électricité, fourniture industrielle… Créé en 1829, le groupe est encore aujourd’hui dirigé par la famille fondatrice. Ce qui ne l’empêche pas de s’adapter aux mutations profondes que connaissent les métiers de logistique et distribution, en particulier la montée en puissance du commerce en ligne. « Un défi incontournable » explique Patrick Martin puisque « sans ouverture d’esprit, sans combat contre les tabous et les totems, sans volonté farouche d’inventer et d’innover, nos entreprises péricliteront ». Le groupe fait face aux enjeux du e-commerce et n’a pas hésité à sauter le pas avec Mabéo Direct et Téréva Direct, deux sites en ligne. Une transformation numérique qui s’avère gagnante, avec une croissance continue pour l’entreprise depuis plusieurs années : en 2017, le chiffre d’affaires consolidé du groupe s’élevait à 538 millions d’euros. Une santé économique qui devient un cercle vertueux, les profits créés aujourd’hui par la modernisation de l’entreprise assurant les investissements et la recherche de demain, et les succès d’après-demain.

Des leaders mondialisés en devenir

Avec la transformation digitale, les ETI devront « avoir l’obsession de la transformation internationale », affirme Pedro Novo, directeur des Financements export chez Bpifrance. « Nous avons une démarche qui est totalement offensive en ce sens », lance-t-il. « Est-ce que l’entreprise recrute des collaborateurs polyglottes ? Des juristes capables d’étudier des contrats en droit étranger ? La direction financière sait-elle gérer des devises, des risques de change, des contrats avec plusieurs monnaies ? ». C’est l’ensemble de l’entreprise qui est concerné. Une conversion aux enjeux de l’intelligence économique et de la due diligence qui n’a pas toujours été accomplie.

Dans le cadre de « Demain », le laboratoire mettant en lien des experts et des collaborateurs de Bpifrance, la banque publique soutient les initiatives qui suivent les grandes tendances de l’innovation : cybersécurité et protection de données personnelles, développement de l’énergie intelligente, déploiement de l’industrie 4.0, ou encore digitalisation de l’agriculture… Avec tous ces secteurs de pointe en guise de moteurs, les ETI devraient accélérer leur mutation pour continuer à jouer un rôle clé pour l’économie hexagonale.

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Consultant en nouvelles technologies. Stratégie de mise en place des SI.

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