L’Europe n’est pas un projet, c’est un esprit ! #BESTOF

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Par Eric Verhaeghe Publié le 6 août 2013 à 10h35

Economie Matin se faisait l’écho, vendredi 22 juin, d’un sondage d’opinion montrant le recul de l’idée européenne, notamment parmi les électeurs de gauche et les jeunes. Un nouveau signal qui témoigne d’une désillusion vis-à-vis d’un projet politique de moins en moins démocratique. Sommes-nous en train d’assister à un fulgurant retour de bâton sur la construction européenne?

En 2005, lorsque les pays de l’Union avaient ignoré les résultats des consultations populaires pour passer au forceps un mini-traité, le personnel politique de nos démocraties représentatives sur le déclin avait pris le risque de rendre officiel son divorce avec les peuples souverains. Et il est vrai que l’on peut gouverner l’Europe sans jamais consulter ses citoyens.

Le choix qui fut fait en 2005, pour le meilleur comme pour le pire, fut celui d’une élite imbue de sa supériorité, convaincue de sa vérité et de sa rationalité.
Dès 2005, les ferments du désastre auquel nous assistons étaient pourtant apparents. La politique monétaire peu accommodante que la BCE met en oeuvre a étranglé les exportations françaises et permis à l’Allemagne de dégager des excédents colossaux. Pour préserver leurs marges bénéficiaires, les industriels ont délocalisé leurs usines là où les contraintes d’ajustement étaient moins fortes. En pratiquant une politique de l’euro cher, l’Union a asséché toute possibilité de relance économique. Dans cet univers atone, l’endettement public n’a cessé de monter.

La crise de 2008 a engraissé ces ferments jusqu’à les rendre insupportables. Les dettes publiques ont explosé, et les membres de l’Union glissent ensemble sur une patinoire de plus en plus dangereuse. Pourtant, les grands médias officiels continuent de nous barbouiller de certitudes sur l’horizon indépassable d’un projet européen qui passe forcément par plus d’intégration, plus de fédéralisme, moins de nationalité. Et toute contradiction sur ce point est allègrement stigmatisée par les imprécations à la mode: souverainisme, passéisme, protectionnisme, etc.

Bien sûr, nos élus, nos diplômés, nos scientifiques de l’économie, peuvent continuer à réciter leur bréviaire sans racine sur une Europe conduite comme un projet d’entreprise dans un jeu d’école de commerce. Notre problème est que l’Europe n’est pas un projet. Elle est, depuis 2500 ans, la vibration d’un continent qui s’est forgé, dans ses différences internes, une identité propre sur un lopin de terres à l’excroissance de l’Asie. Et depuis 2500 ans, l’Europe se construit dans les esprits, et même dans l’Esprit.

Imaginer que cet Esprit puisse s’abolir, se dissoudre dans un projet économique étriqué est une incompréhension profonde de notre propre identité. C’est cet Esprit qu’il est urgent de laisser s’exprimer aujourd’hui, dans la puissance de ses différences.

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Article initialement publié le 24/06/2012

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Né en 1968, énarque, Eric Verhaeghe est le fondateur du cabinet d'innovation sociale Parménide. Il tient le blog "Jusqu'ici, tout va bien..." Il est de plus fondateur de Tripalio, le premier site en ligne d'information sociale. Il est également  l'auteur d'ouvrages dont " Jusqu'ici tout va bien ". Il a récemment publié: " Faut-il quitter la France ? "