Chômage : l’inversion de la courbe… du travail au noir, c’est maintenant

Photo Jean Baptiste Giraud
Par Jean-Baptiste Giraud Modifié le 21 mai 2014 à 4h34

Le gouvernement ne pourra pas dire qu'il n'a pas été prévenu. C'était sur Economiematin.fr le 25 novembre 2013, sous la plume de Marie-Béatrice Levaux, présidente de la Fepem, la fédération des particuliers employeurs de France : "Services à la personne : chut, on est dans le noir". Nous avions insisté pour que le titre -que nous avions proposé- soit un minimum provocateur, afin d'alerter sur les dangers d'une bascule de dizaines de milliers d'emplois à domicile au black. Et bien c'est fait.

On parle de quoi ? 1,3 million d'emplois quand même. Fournis, créés, financés, par 2,3 milions d'employeurs particuliers, soit 12,2 milliards d'euros de salaires et de cotisations, en 2012. Nous sommes au mois de mai, collecte et analyse des données oblige, c'est maintenant seulement que l'on connaît le bilan de l'année 2013 : le nombre d'heures déclarées a chuté, s'est effondré devrait on dire, de 7,8 %. Un chiffre absolument astronomique puisque derrière, c'est le volume de cotisations collectées qui chute de 7,8 %, soit 241 millions d'euros sur les 3,1 milliards collectés en 2012 ! Côté "salaires", une partie des sommes jusqu'ici versées aux employés à domicile et autres services à la personne ont continué à l'être... Mais dans une petite enveloppe, souvent d'un commun accord entre l'employeur et l'employé, parfois, malgré lui.

Résultat, en 2013, la Fepem recense 16 500 emplois détruits, qui s'ajoutent aux 10 000 emplois detruits de 2012 et 2011 déjà. Mais ce chiffre est difficile à lire : les emplois détruits sont ceux de ces employés à domicile et autres emplois de service à la personne qui ont totalement basculé sur Pôle Emploi, et sont indemnisés. Rien ne dit pourtant qu'ils ne continuent pas, au moins partiellement, à travailler au noir. Il ne tient pas compte non plus de ces employés qui prennent un ou des nouveaux clients en plus - on pense aux heures de ménage par exemple, mais non déclarés. Des heures en plus qu'ils n'auraient pas trouvées sans cela.

En cause ? Le matraquage fiscal, encore et toujours lui. La suppression de la déclaration au forfait l'an dernier (qui permettait de déclarer et acquitter forfaitairement les cotisations sociales des emplois à domicile) a terminé de dégoûter les particuliers employeurs de bien faire. Pour une nounou, la facture s'est tout simplement alourdie de 10 % l'an dernier, d'un coup de baguette fiscale magique ! Les premières victimes ? Les femmes, qui représentent 7 emplois de services à la personne sur 10, souvent faiblement qualifiés. Les cotisations sociales en moins leur octroieront moins de droits en cas de chômage, moins de droits en cas de congé maladie, moins de droits quand elles arriveront à l'âge de la retraite.

Marie-Béatrice Levaux lance un signal d'alarme : si le gouvernement ne corrige pas le tir dès le mois de juin dans sa loi de finances rectificative en allégeant le coût du travail à domicile, ce sont encore des milliers, des dizaines de milliers d'emplois - déclarés - qui vont être détruits d'ici à la fin de l'année 2014. la Fepem qu'elle préside évalue à 50 000 emplois créables à la rentrée -au moment où l'on embauche notamment les nounous- si le gouvernement accorde une exonération de charge à hauteur de 2 euros par heure travaillée. Une revendication rationnelle, puisqu'elle correspond ni plus ni moins aux promesses d'allégement du coût du travail de 30 milliards d'euros sur trois ans faîtes dans le cadre du pacte de responsabilité. Sinon, le travail au noir, qui pesait... 50 % des emplois de services à la personne en 1995 contre "seulement" 30 % en 2005 risque de battre de nouveaux records rapidement...

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin. Il est également intervieweur économique sur RTL dans RTL Grand Soir (en semaine, 22h17) depuis 2016.Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time. En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007.Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an.En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier. Il a également été éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018. Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont notamment "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ainsi que "le Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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