Le revenu universel symptôme d’une crise de la pensée

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Par Simon Virely Publié le 26 janvier 2017 à 20h45
Revenu Universel Existence Benoit Hamon
300 milliards ?Il manque 300 milliards d'euros à Benoît Hamon pour financer son revenu universel d'existence.

Le revenu universel semble proposer une mise à jour du rapport entre activité socialement « utile » et sa sanction monétaire, objective. Une idée louable dans une époque en recherche de réponses inédites.

Puisque les frontières de l’utile et de l’inutile sont floues, puisque le monétaire n’en n’est pas la mesure idoine (quid de l’utilité marginale d’un footballeur pro?), qu’aurait-on à perdre à associer le revenu non à l’activité étroitement économique mais à la personnalité juridique ? Faisons du revenu un droit, non pas au titre d’une allocation mais au titre d’une participation au « bien être collectif » !

Mais si l’on aborde le sujet par les généralités, tout le monde s’accordera pour dire que le revenu est un droit au produit, un pouvoir d’achat. Le droit est donc la surface juridique des choses, le contenu est quant à lui le résultat d’une activité, d’une production. La question de fond est donc : qu’est-ce que produire ?

Qu’est-ce que produire ?

Produire dira-t-on, c’est faire œuvre utile (l’utilitarisme « scientifique » ne dit pas autre chose). Pareille définition reconnaîtra comme productive la totalité des activités de l’homme : je suis productif comme bénévole dans une association, lorsque j’aide une vieille dame à traverser la route… Mon chien aussi est utile, il se laisse caresser par les passants ! D’où le slogan : des revenus pour tous puisque tout le monde est par quelque côté « utile » à quelque chose, tout le monde est, dans une plus ou moins grande mesure, productif.

On voit bien qu’une définition qui ne fixe aucune borne, qui ne se reconnaît aucune extériorité, n’en est pas une. Une définition recentrée proposera tout autre chose : produire c’est conformer la matière aux fins humaines, c’est créer par transformation, faire entrer le naturel dans un ordre axiologique. La production est économique lorsqu’elle est reconnue socialement et reçoit une mesure. Cette définition autrement plus rigoureuse suppose que toute production est tendue aux pôles d’une idée (projet) et de sa réalisation concrète. Elle implique que seul l’homme est productif, car il est le seul être en projet.

Le millénarisme robotique : quand la fiction prend le pas sur la réflexion

Concédons qu’Il est séduisant de se rendre à un millénarisme robotique. Il est grisant de proclamer la fin du travail. Qu’en est-il vraiment ? Une distinction simple permet de jeter une lumière propre à dissiper les illusions : La distinction élémentaire de l’humain et de l’instrument. Entre un homme et une machine, la différence est de nature, entre une pelle et l’ordinateur le plus perfectionné, la différence n’est que de degré. Autrement dit, l’homme assigne les fins et définit les moyens comme tels (n’est moyen que pour une fin). Ces moyens, quel qu’en soit le raffinement, n’entrent en aucun cas en concurrence avec le travail puisqu’ils sont annexés par lui. La fin du travail productif n’est pas plus à craindre (ou à espérer) de l’ « émergence » de la mécanisation (émergence bien ancienne dont on s’étonnerait bien à tort qu’elle n’ait pas subjugué les auteurs classiques) que de l’usage de la pelle pour creuser des trous. Sauf bien sûr si l’on confond travail et pénibilité.

Des revenus tombés du ciel

Avec les défenseurs du revenu universel, on est proche de la monnaie hélicoptère de Milton Friedman. Le raisonnement est le suivant : des revenus supplémentaires doivent être « injectés » pour correspondre aux biens et services non produits par l’homme mais, au choix, par les retraités, les enfants, les machines….les animaux ! (les abeilles font du miel ! Les moutons font de la laine ! Diront-ils). Il conviendrait alors de saupoudrer l’économie de nouveaux revenus.

Il suffit pourtant de garder à l’esprit que pas plus une abeille (elle fait du miel mais c’est l’apiculteur qui le produit) qu’un ordinateur (qui exécute mais qui est produit) ne produisent pour voir que cette manne n’opère rien d’autre que la dilution du produit des seuls travailleurs. Selon une grille commune de lecture, c’est une répartition par inflation, répartition nullement progressiste puisque strictement proportionnelle. Rien de nouveau donc, si ce n’est un pas en arrière, une mesure antisociale.

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Simon Virely, né le 30/04/1987, docteur en économie et titulaire d’un Master recherche en philosophie de l’Université de Bourgogne. Mes domaines de prédilection sont l’histoire de la pensée économique, la macroéconomie moderne, les théories monétaires, la philosophie politique et la philosophie des sciences. Enseignant de 2010 à 2016 dans le secondaire et le supérieur.

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