Relance de la croissance : la nouvelle majorité suivra-t-elle le gouvernement ?

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Par Eric Verhaeghe Modifié le 19 juin 2012 à 11h04

Les commentateurs ont largement pointé du doigt que la grande victoire du Parti Socialiste aux élections législatives s’était assez peu traduite en termes de voix: moins de 8 millions au premier tour (sur 46 millions d’inscrits), et 9,5 millions au second tour (sur 43 millions d’inscrits). Au total, le PS n’a pas une seule fois atteint les 25% d’électeurs, mais il pourra néanmoins gouverner avec une majorité absolue de sièges.

Après tout, la Constitution de la Veme République est ainsi faite : elle permet de dégager des majorités de gouvernement, pour éviter les combinaisons politiciennes et l’indécision du pouvoir. Elle a donc bien fonctionné, une fois de plus. L’embarras que l’on peut éprouver à la lecture du résultat final ne tient pas tant au défaut de représentativité de la nouvelle majorité, qu’à son défaut de clarté. Aucun des plus de 300 députés de la nouvelle majorité parlementaire n’a en effet pu se réclamer d’un plan d’action transparent pour la mandature qui s’annonce.

D’un coté, le nouveau gouvernement n’a cessé de répéter qu’il se refuserait à tout plan d’austérité. Officiellement, le mot d’ordre est à la relance de la croissance. Pas question donc de pratiquer des mesures drastiques de réduction dans les dépenses publiques. La preuve en est : la réforme à 60 ans, les recrutements dans l’éducation nationale, l’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire.

D’un autre côté, un étrange discours sur le retour à des comptes équilibrés, sur la tenue des objectifs de déficit comprimé, qui s’appuiera très largement sur l’audit de la Cour des Comptes, corps dont François Hollande est issu. Tout le monde parie sur une augmentation des recettes à hauteur de 10 milliards d’euros pour 2012, de 40 milliards pour 2013.

La manie statistique qui consiste à rapporter ces sommes au Produit Intérieur Brut donne une mauvaise représentation de l’effort réel que représente une ponction de 40 milliards sur le potentiel fiscal. 40 milliards, c’est 2% du PIB. C’est aussi 50% de la masse salariale des fonctionnaires de l’Etat, et grosso modo une augmentation de 50% de l’impôt sur le revenu. Autrement dit, au nom de la croissance et contre l’austérité, la France s’apprête à un choc fiscal colossal, qui représente l’équivalent des salaires d'un million de fonctionnaires.

Les députés qui viennent d’être élus sont-ils tous bien conscients de la portée de cette politique ? Seront-ils prêts à suivre comme un seul homme le gouvernement le jour où l’opinion publique prendra la mesure de l’effort qui lui est demandé ? Nous nous apercevrons peut-être ce jour-là que la chambre de juin est une chambre introuvable...

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Né en 1968, énarque, Eric Verhaeghe est le fondateur du cabinet d'innovation sociale Parménide. Il tient le blog "Jusqu'ici, tout va bien..." Il est de plus fondateur de Tripalio, le premier site en ligne d'information sociale. Il est également  l'auteur d'ouvrages dont " Jusqu'ici tout va bien ". Il a récemment publié: " Faut-il quitter la France ? "