Anti-Linky : croisade du juste ou angoisses technophobes ?

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Par Jean-Jacques Andrieux Publié le 25 septembre 2017 à 14h31
Linky Edf
7 MILLIARDS €Le déploiement de Linky coûtera environ 7 milliards d'euros.

D'ici 2021, 35 millions de foyers français doivent être équipés de compteurs Linky. Ces compteurs communicants, censés révolutionner notre rapport à la consommation énergétiques, suscitent toutefois des oppositions assez radicales qui freinent leur installation. Avec des arguments qui s'effritent pourtant rapidement à l'épreuve des faits.

C'est une boite d'un jaune légèrement fluo qui engendre des réactions qui flirtent avec la violence. Le compteur Linky, en cours d'installation à travers la France, est au cœur de débats houleux. A l'origine de cette opération géante, qui consiste à équiper 35 millions de foyers à l'horizon 2021, Enedis (gestionnaire du réseau d'électricité en France) qui entend changer d'ère en proposant des compteurs communicants.

Plusieurs incidents sont cependant venus contrarier l'installation de ces appareils, à l'image de cet Auvergnat de 63 ans, qui a signifié aux installateurs son refus du compteur Linky, avant de revenir à la charge, armé d'un fusil à pompe. En Lozère, c'est la mairie de Florac, puis une école, ainsi que plusieurs habitations qui ont été prises pour cibles par des opposants, qui en ont taggés les façades. Contre toute logique, le presbytère a aussi été visé...

Des associations de consommateurs se sont penchées sur la question des nuisances possibles provoquées par Linky. Cité par Que Choisir, Philippe Besnier, directeur de recherches CNRS à l'IETR, l'Institut d'électronique et de télécommunications de Rennes, estime que ces compteurs viennent s'intégrer dans des environnements où se trouvent déjà d'autres éléments « bien plus émetteurs de signaux parasites ». Il souligne que ce sont plutôt les compteurs Linky qui pourraient être légèrement affectés par le rayonnement ou les émissions d'autres appareils présents à proximité. Enedis indique d'ailleurs que le courant porteur, qui permet les échanges d'informations s'arrête au compteur. Sachant que les émissions ne durent que quelques secondes, on est bien loin de l'exposition aux ondes électromagnétiques générées par les téléphones portables. Les anti-Linky qui dénoncent l'exposition à des rayonnements liés à ces compteurs, restent toutefois étrangement silencieux face aux autres dispositifs déjà présents: ondes wifi, box et autres émetteurs qui font désormais partie du quotidien.

Croisade idéologique

Car Linky cristallise de façon assez étrange les critiques.

Au cours de réunions de collectifs anti-Linky, on a ainsi pu entendre que ces compteurs favoriseraient les cambriolages, car les malfrats pourraient les pirater et savoir si un logement est occupé ou non : un argument peu fiable devant la complexité technique d'une telle opération.

Les mêmes opposants prétendent que le prix d'une maison équipée d'un compteur Linky pourrait chuter, ou encore que la facture d'électricité va exploser. Des arguments qui ne résistent pas davantage à l'épreuve des faits. Dans le centre de Lyon, où les compteurs Linky sont déjà présents depuis fin 2015, les cambriolages sont loin d'avoir grimpé en flèche, l'immobilier prospère, et les habitants ne se sont pas émus de factures qui explosent.
Mais les détracteurs de Linky semblent en faire une affaire personnelle, à l'image de Stéphane Lhomme, un opposant notoire qui attaque à tout va les opérateurs, Enedis ou encore les journalistes, prétendant avoir raison contre tous. Avec des propos qui frisent l'outrance, allant jusqu'à parler de « milices » pour désigner les installateurs d'Enedis, et une tendance à la victimisation. Cette croisade du juste lui a coûté récemment une mise en examen et un sévère rappel à l'ordre de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR), régulièrement invectivée par M. Lhomme.

Des coûts injustifiés pour la France

Conséquence de cette bataille livrée par les opposants, l'installation du compteur Linky a pris du retard en France. Cette opération a pourtant nécessité un investissement de 5 à 7 milliards d’euros pour réaliser ce déploiement d’une envergure unique, puisqu’en 5 ans, 35 millions de foyers doivent en être équipés. Au niveau européen, l'Espagne, l'Italie, la Finlande et la Suède ont déjà terminé l'installation des compteurs intelligents, en France c’est une étape majeure de la transition énergétique qui va faire les frais des retards accumulés.

Les compteurs sont en effet destinés à faciliter la gestion des énergies renouvelables telles que l’éolien ou le solaire, qui ne produisent pas en flux réguliers. Les compteurs Linky, associés à des réseaux d’électricité intelligents, permettront d’adapter la production et la distribution à la consommation électrique, et donc d’y intégrer ces énergies intermittentes. Mais les opérateurs sont aujourd’hui mobilisés sur des campagnes d'explication, pour faire accepter dans les foyers des appareils dont aucune étude n'a prouvé la nocivité.

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Ancien ingénieur à la retraite, Jean-Jacques Andrieux suit de près l'actualité de la transition énergétique, du développement durable et des modes de consommation alternatifs.

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