Pourquoi les investisseurs doivent garder leur calme

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Par Eléonard Buono Publié le 27 janvier 2016 à 5h00
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30 $Le baril de Brent vient de passer sous la barre des 30 dollars le baril.

Les marchés d'actions mondiaux sont orientés à la baisse du fait des craintes généralisées entourant la faiblesse persistante du marché boursier chinois et du yuan, la chute des prix du pétrole, les tensions géopolitiques, la surévaluation des actifs et la fin des mesures de relance budgétaire.

Une fois encore, les récentes corrections s'expliquent dans une large mesure par le recul des cours de l'or noir, le Brent s'établissant à présent en dessous de 30 USD le baril, soit une dégringolade de 75% par rapport au plus haut enregistré en juin 2014 (112 USD/baril) et de 39% par rapport au prix observé encore récemment (45 USD/baril en novembre 2015).

Toute remise sur les rails devra passer par des signes clairs de stabilité, incluant un rééquilibrage rapide de l'économie chinoise et des prix pétroliers stables.

Les investisseurs doivent éviter de céder à la panique et se faire à l'idée que l'année 2016 sera marquée par un contexte de croissance et de rendement faibles, des pressions s'exerçant sur les marges des entreprises en raison de la faiblesse de la demande finale et des surcapacités dans un certain nombre de secteurs.

A l’heure où les déboires que subit encore l’économie chinoise se soldent par des milliards de pertes sur les différents marchés boursiers, les investisseurs doivent se souvenir qu’il convient de garder son calme, car c’est le long terme qui importe.

Quand des individus investissent en bourse, ils sont parfaitement conscients qu’ils s’exposent à certains risques. Pourtant, même les plus chevronnés des investisseurs ont pu être déstabilisés de voir que la volatilité des marchés internationaux a fait perdre en des milliards aux premières entreprises d’Europe dans les premières semaines de l’année .

Les Bourses chinoises continuent à être le théâtre d’un krach qui, conjugué aux altercations diplomatiques au Moyen-Orient et à la chute ininterrompue des cours des matières premières, a rapidement gagné l’Europe, les Etats-Unis et d’autres régions encore. Quand tous les écrans des traders virent au rouge et que les journaux publient des « Unes » aux scénarios catastrophes sur l’état de l’économie mondiale, même les investisseurs les plus aguerris s'en trouvent ébranlés.

Pourtant, ce n’est pas le moment de paniquer.

Comme l'a dit Warren Buffett, grande figure des placements financiers : « Au XXe siècle, les Etats-Unis ont enduré deux guerres mondiales et d’autres conflits militaires traumatisants et onéreux, une dépression, environ une douzaine de récessions et de désastres financiers, des chocs pétroliers, une épidémie de grippe et l’abdication d’un président en disgrâce. Pourtant, le Dow est passé de 66 à 11.497. »

Investir à long terme

Le chaos boursier de janvier 2016 n’est pas une surprise totale. En effet, déjà en décembre 2015, Mark Burgess, Chief Investment Officer EMOA et Responsable Actions chez Columbia Threadneedle Investments, a lancé ces deux avertissements aux investisseurs : « nous sommes plus proches de la prochaine crise que de la précédente » et « le ralentissement en Chine devrait présenter des difficultés ».

La chute du yuan face au dollar, le plongeon de la bourse de Shanghai et le passage de l’indice FTSE-100 sous la barre des 6000 pts sont autant d’indices d’une forme de crise. En général, les investisseurs raisonnables ayant une vision à long terme, à l’image de Warren Buffett, ne paniquent pas face à ces pics de volatilité. Ils savent que ce qui semble être une débâcle totale à court terme peut ne plus avoir de grande incidence dix ans plus tard. En fait, une vision à long terme permet d’atténuer les hauts et les bas du marché actions et peut constituer une stratégie d’investissement plus fructueuse que d’essayer de devancer le marché.

Cette dernière approche prive parfois les investisseurs de rendements honorables. Si vous aviez placé tous vos capitaux dans l’indice américain S&P 500 sans y toucher entre 1985 et 2015, vous auriez obtenu un rendement annualisé de 8,4%. Cependant, si vous aviez manqué les 10 meilleurs jours de cette période, votre rendement annuel n’aurait été que de 6,69%. Même constat pour les 25 meilleurs jours, avec un rendement annuel moyen qui serait tombé à 3,06%.

La régularité

Une stratégie d’achat à long terme vous permettra de tirer parti des intérêts composés (bénéfices réalisés sur des bénéfices antérieurs) afin d’augmenter votre rendement, mais à la seule condition de ne pas désinvestir les capitaux et de leur laisser le temps de fructifier.

Certains investisseurs à long terme font également preuve de régularité, en injectant périodiquement des capitaux selon la méthode de la moyenne d’achat. Ainsi, quand les cours chutent, vous pouvez acheter davantage de parts ou d'actions avec la même somme, ce qui vous rapportera un rendement supérieur en cas de reprise. En deux mots, dans la situation actuelle où la valeur des sociétés a chuté de plusieurs milliards, les investisseurs réguliers seront en mesure d’en acheter davantage pour leur argent.

Gestion active ou passive

Il arrive également que les gestionnaires actifs parviennent à créer de la valeur tant sur les marchés haussiers que baissiers, et plus particulièrement sur ces derniers. Les investisseurs passifs, qui se contentent de suivre l’indice, verront leurs placements plonger avec le marché sur lequel ils sont positionnés. A l’inverse, un gestionnaire actif fournira des efforts constants en période de volatilité pour s’assurer que son fonds crée de la valeur.

Il est donc indispensable qu’un investisseur choisisse un gérant actif, ayant démontré qu’il sait obtenir des rendements réels, pour optimiser ses chances de dominer les vicissitudes du marché actions et créer de la richesse sur le long terme. Columbia Threadneedle a d’ailleurs été récemment élue société dont les fonds ont, au cours des dix dernières années, surperformé le plus régulièrement leur indice de référence.

Ce n’est pas le moment de jeter l'éponge

La vigueur du dollar, la liquidité, les spreads de crédit et le « Brexit » demeurent également d'importantes sources de préoccupation. Pourtant, le moment n'est pas venu pour les investisseurs de jeter l'éponge, comme l'ont suggéré certains analystes belliqueux et autres prédicateurs alarmistes.

Les investisseurs doivent avoir conscience que l'année 2016 sera marquée par un contexte de croissance et de rendement faibles, des pressions s'exerçant sur les marges des entreprises en raison de la faiblesse de la demande finale et des surcapacités dans un certain nombre de secteurs.

Les perspectives pour les marchés émergents restent éprouvantes, en particulier pour les pays dont l’économie repose sur la demande chinoise en matières premières. Les perspectives de ces pays sont pessimistes et un affaiblissement des devises pourrait se révéler insuffisant pour relancer la demande d’exportations depuis les marchés émergents, où la demande de la part des consommateurs et des entreprises reste modérée. Dans l’hypothèse où les Etats-Unis procèdent à un resserrement de leur politique monétaire, tandis que d’autres banques centrales conservent une orientation accommodante, et toutes choses égales par ailleurs, on devrait assister à un raffermissement du dollar. Cela devrait par ailleurs constituer un nouveau coup dur pour les marchés émergents, du fait de l’importante corrélation inverse entre le dollar et les marchés émergents.

Les gestionnaires actifs recourant à des stratégies d'allocation multi-actifs sont bien positionnés pour résister aux chocs de marché à court terme. En effet, la marée montante de mesures d’assouplissement quantitatif qui avait précédemment soulevé les bateaux du monde entier amorce son reflux. Il est dès lors logique, dans un tel environnement, d'opérer des distinctions entre les différentes classes d’actifs et au sein de celles-ci. Dans ce contexte, se concentrer sur les valorisations et les fondamentaux – ou suivre la « vieille école » en matière d’investissement, si vous préférez – est une démarche qui mériterait plus d’importance que celle qui lui a été accordée ces dernières années, lorsque les marchés étaient soutenus par des liquidités abondantes et croissantes.

Les investisseurs à long terme savent que ce qui semble être une véritable urgence à court terme peut ne plus avoir de grande importance quelques années plus tard. Les valeurs de la « vieille école » s'imposent donc dans un environnement aussi volatil.

Sur la base de ces informations, les investisseurs poursuivant une stratégie de placement à long terme raisonnable et bien diversifiée pourront sans doute garder leur calme et aller de l’avant, plutôt que de paniquer.

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Eléonard Buono, est directeur France de Columbia Threadneedle Investments

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