Les prévisons boursières ne valent pas mieux que la boule de cristal

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Par Gilles Langlade Publié le 25 octobre 2014 à 3h13

En terme «philosophique », à quoi servent encore les prévisions boursières qui sont réalisées sur des cours de Bourse non représentatifs ?

Exemple pour la journée du 20 octobre 2014:

La variation officielle du SMI annoncée en hausse de 0,40%, qui représente la « Variation Spéculative du Jour (VSJ) » devient, à titre d'information, en pondérant le gain ou la perte du jour par le nombre total des titres en circulation, une hausse de 0,0015%*. Cette variation tenant compte de la faiblesse des volumes et du principe juridique « d'égalité des porteurs de parts » s'appelle la « Variation Humainement Responsable (VHR) ». L'indice de création comptable de valeur ©, différence entre la VSJ et la VHR » est de 99.63**. Cela veut dire que certaines (toutes ?) les analyses construites autour de la valorisation du SMI de ce jour sont faussées de facto à 99,63%. Volatilité boursière ou volatilité comptable ? Et si c'était ces valorisations faussées que l'on essayait d'expliquer quotidiennement en utilisant le potentiel des nouvelles du jour ? La seule réalité boursière est quel prix pour quelle quantité de titres négociée.

Exemple :
La plus forte hausse de la journée du 20 octobre 2014, Geberit : La hausse annoncée de 1,11% devient une hausse de 0,0053%* si l'on tient compte des seuls 179 744 titres qui ont été échangés sur les 37 604 383 titres du flottant. Hausse boursière réelle ou hausse comptable annoncée sans valeur économique réelle et sans prix ?

Autre exemple : La plus forte baisse de la journée du 20 octobre 2014, Transocean : La baisse annoncée de 5,07% devient une baisse de 0,0321%* si l'on tient compte des seuls 2 191 370 titres qui ont été échangés sur les 345 876 827 titres du flottant. Baisse boursière réelle ou baisse comptable annoncée sans valeur économique réelle et sans prix ?

Et lorsque l'on sait que les cours de Bourse de la spéculation du jour servent de base aux formules mathématiques des produits financiers dits « structurés ».... En fait de « structurés », ces produits ne structureraient-ils pas des possibilités mathématiques qui leurs sont « agréables » en faisant fi de toute réalité financière et de tout critères philosophique et politique ?

Décisionnaires politiques qui ne peuvent imaginer, pour quantité d'entre eux, que ces chiffres relèvent plus de la prestidigitation comptable que de la réflexion censée et du « réalisable ».

Alors que les dirigeants des autorités des marchés financiers, des autorités comptables entre autre, s'accordent à remettre en cause le principe de la valorisation boursière mark to market (fair value ou juste valeur) qui extrapole, en dehors de toute crédibilité, la hausse ou la baisse réalisée par quelques spéculateurs à tous les actionnaires, cette désinformation reste encore le support des prévisions et de leurs dérives intellectuelles. Et lorsque l'on sait que l'impéritie des chiffres comptables est élevée à la puissance de leur utilisation et des effets de leviers auxquels ils participent.... Cela donne les krachs. Krachs boursiers ou krachs de valorisation comptable ? Krachs boursiers ou retour du prix pour un volume ?

Il y a peu un rédacteur faisait le constat « lorsqu'on analyse la qualité des prévisions économiques, les erreurs sont la norme et l'acuité relève de l'exception ». N'est-ce pas cette situation ubuesque qui est « pastichée » dans : «Le général est parfaitement conscient que les prévisions météorologiques sont presque toujours fausses, mais il en a besoin pour sa planification.»
De nouveau, nous ne pouvons que constater que les concepts, qu'ils soient mathématiques ou autres, prennent trop souvent le pas sur l'évidence directe de la réalité.

A votre avis, le moment n'est-il pas venu d'améliorer le système d'information financier en y intégrant systématiquement, en plus de la variation officielle (mark to market), l'information financière de la Variation Humainement Responsable (mark to model) et ainsi mettre fin à la « frivolité » de l'extrapolation d'un cours réalisé par quelques spéculateurs à tous les actionnaires.

C'est bien cette extrapolation « frivole » qui est à la base de tous les travers de l'information boursière et de l'ensemble des décisions basées sur les valorisations comptables boursières que l'on extrapole mécaniquement en valeur économique et prix financiers réalisables par tous. Travers intellectuels qui constituent la base quasi exclusive de l'ensemble des déstabilisations internationales SOCIOECOPOFI (SOCIOlogie, ECOnomie, POlitique, FInance).

Pour terminer, que deviendrait la spéculation des dérives des dérivés basée sur les matières premières*** qui se fait uniquement sur la frivolité du cours de spéculation extrapolé mécaniquement, si demain, en toute logique, nous distinguions le prix de la spéculation réalisée, de la valeur économique, ou du prix réalisable par une transaction globale ?

*= Variation officielle x (volumes/flottant).
**= 1 – (0.0015/0.40).
***La Suisse est un des seuls pays ayant décidé d'agir.

Article initialement publié sur le journal Le Temps le 24 octobre 2014 et reproduit ici avec l'aimable autorisation de son auteur.

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