Deficit, dette publique : Bruxelles trouve les prévisions 2014 trop optimistes pour la France

Photo Jean Baptiste Giraud
Par Jean-Baptiste Giraud Modifié le 25 février 2014 à 23h08

Que ceux qui sont étonnés lèvent la main. La Commission Européenne, dans ses prévisions économiques pour la zone Europe qui détaillent, pays par pays, ce que les économistes de Bruxelles pensent des budgets des états membres, n’est pas tendre avec la France.

Pour faire simple et direct, Bruxelles ne croit pas un seul instant au chiffre de 3,6 % de déficit public en fin d’année 2014 rapporté au PIB, annoncé dans le projet de loi de finances 2014 par le gouvernement français. Pour la commission, du moins, ses experts, la France devrait rester au dessus de la barre des 4 % de déficit en 2014. Plus embêtant, alors que 2013 est déjà jouée, mais que les données définitives ne sont pas encore compilées, analysées, corrigées, Bruxelles parie sur 4,2 % de déficit en 2013 contre 4,1 % pour Bercy. On attend de connaître le chiffre définitif de l’INSEE / Bercy / La Banque de France, puisqu’en France, tout le monde publie ses statistiques. L’INSEE et la Banque de France étant indépendantes de l’Etat, elles prennent un malin plaisir à sortir des chiffres à contretemps de ceux publiés par Bercy, à contretemps et qui parfois, souvent, les contredisent…

Mais la vraie zone de friction entre Paris et Bruxelles, c’est l’année 2015. Si l’on tient compte de l’inertie de toute politique publique avant de produire ses effets, le gouvernement français parie passer sous la barre des 3 % de déficit public l’an prochain (ce qui aurait déjà du arriver cette année) quand la Commission Européenne n’y croit plus – elle n’y a d’ailleurs jamais vraiment cru – puisqu’elle prédit un déficit de… 3,9 %. Soit à peine 0,1 % de mieux qu’en 2014 ! Autant dire que les mesures économiques annoncées par François Hollande en début d’année laissent perplexes, pour ne pas dire pantois, les économistes de Bruxelles.

Comme à son habitude, le gouvernement français se met la tête dans le sable. Pierre Moscovici, ministre de l’Economie, annonce que ses services vont échanger avec ceux de la Commission pour identifier les bugs dans les prévisions. Bien entendu, dans les prévisions de Bruxelles, pas dans celles du gouvernement français, qui comme chacun sait a si bien tenu ses objectifs toutes ces dernières années, y compris sous Sarkozy et avant lui, Chirac…

Bien entendu, Bruxelles ne se contente pas de contester les prévisions de Paris, mais pointe du doigt ce qu’il faut améliorer pour que la France revienne dans les clous rapidement. Recette habituelle : réduire les dépenses à la vitesse grand V. Jean-Marc Ayrault et Pierre Moscovici ont encore quelques mois devant eux pour faire semblant de ne pas voir, de ne pas entendre. Mais si, comme la rumeur le prédit, le Premier ministre, et peut-être le ministre de l’Economie, ne passeront pas l’été, limogés après les municipales ou les présidentielles, leurs successeurs ont eux de gros, gros soucis à se faire.

Bruxelles ne lachera plus rien, et le prochain locataire de Matignon comme celui de Bercy n’auront pas le job le plus facile du monde loin s’en faut. Et l’on peut lancer les paris à l’avance que plus d’un refusera la promotion qui lui sera faite, refusant de se cramer à vie en prenant le job de Premier ministre ou de ministre de l’Economie, quand il faudra enfin faire le vrai salle boulot….

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin. Il est également intervieweur économique sur RTL dans RTL Grand Soir (en semaine, 22h17) depuis 2016.Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time. En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007.Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an.En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier. Il a également été éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018. Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont notamment "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ainsi que "le Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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