Quel prix pour l’électricité de demain ?

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Par Stéphane Robin et Carine Staropoli Modifié le 23 novembre 2013 à 8h47

Quel prix pour l’électricité de demain ?

Après avoir longtemps baissé en France et atteint un niveau parmi les plus faibles en Europe, le prix de détail l’électricité pour les clients résidentiels augmente depuis 1998 (en moyenne autour de 2% par an depuis 2006). Cette tendance se retrouve dans la majorité des pays européens. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution : la hausse des prix des matières premières, le soutien aux énergies renouvelables, l'augmentation des coûts d'utilisation des réseaux ou encore le renforcement des normes de sécurité dans les centrales nucléaires qui accroissent les coûts de production. Selon les prévisions, cette augmentation devrait se maintenir et se renforcer dans les années à venir. Suivant les recommandations de la Commission de Régulation de l'Energie (CRE), le gouvernement a validé une hausse de prix de 10% pour les années 2014 et 2015. Cette hausse est importante mais elle est pourtant en deçà des préconisations initiales de la CRE qui table sur une augmentation de 30% entre 2012 et 2017.

Le consommateur français doit s’attendre à voir le tarif résidentiel (tarif bleu) augmenter encore aux cours des années à venir et cela de manière significative. Il devra aussi modifier la manière dont il utilise cette source d’énergie. En effet, la tarification de l’électricité se veut de plus incitative pour, d’une part, inciter les ménages à réduire globalement le niveau de leur consommation (en kilowattheure) et, d’autre part, inciter les ménages à mieux répartir leur consommation durant la journée afin de lisser les pointes. L’enjeu de ces changements est économique mais aussi environnemental dans le contexte de la transition énergétique.

Plusieurs solutions tarifaires sont envisageables pour motiver la sobriété énergétique dans la consommation d’électricité. Ainsi la loi n° 2013-312 du 15 avril 2013 visant à préparer la transition vers un système énergétique sobre dite loiBrottes comportait initialement une disposition portant sur une tarification de type Bonus/Malus s’inscrivant dans cette logique. Selon cette disposition un ménage pouvait recevoir un bonus pour une consommation électrique inférieure à une consommation de référence établie en fonction d'un certain nombre de caractéristiques du foyer (nombre de personnes, localisation géographique du logement et le mode de chauffage, performance énergétique du logement). Inversement, il devait s’acquitter d’un malus pour une consommation supérieure à cette référence. Cette disposition a été censurée par le Conseil Constitutionnel et ne sera donc pas appliquée en l'état en France.

D’autres tarifications sont théoriquement envisageables. Ainsi, les contrats de performance individuelle accordent une prime aux ménages qui parviennent à réduire leur consommation d’une année sur l’autre. Il est aussi possible d’adopter des tarifs comportant un prix du kilowattheure croissant avec la quantité d’électricité consommée. On pourrait aussi envisager de réduire la part fixe du prix de l’électricité (l'abonnement) et augmenter la part variable. L’ensemble de ces solutions tarifaires visent le même objectif : inciter les consommateurs à réduire leur consommation énergétique. Certaines d’entre elles sont déjà appliquées dans de nombreux pays. Leur efficacité dépend de l’importance de l’incitation financière. Elle dépend aussi des informations communiquées aux ménages sur leur consommation en volume et en usage.

Une consommation trop forte quand les coûts sont élevés trop basse quand ils sont faibles !

Si la sobriété énergétique est un objectif souhaitable, une meilleure répartition de la consommation durant la journée est un enjeu tout aussi important. La demande d’électricité des ménages est la résultante complexe de choix individuels non coordonnés. L'électricité étant difficilement stockable, la satisfaction de cette demande s’opère par la mise en œuvre de moyens de production diversifiés que l’on ajuste en permanence. Cela s’effectue au prix d'une grande variabilité des coûts de production qui se reflète peu dans le tarif payé aujourd'hui par le consommateur. Ce dernier consomme trop pendant les moments où les coûts de production sont élevés et pas assez quand ces coûts sont faibles. Une meilleure coordination des choix de consommation serait bénéfique d'un point de vue économique mais aussi d'un point de vue environnemental. Cette coordination passe par la mise en œuvre de la tarification dynamique qui consiste à pratiquer des prix de vente de l'électricité pour le consommateur final en phase avec les coûts de production effectif. Elle passe aussi par une meilleure information du consommateur sur son niveau de consommation.

Ces dispositions permettent « d’effacer » la demande durant les pointes de consommation pour la reporter durant des phases durant lesquelles la consommation est globalement plus faible. L'intérêt économique d'une tarification dynamique de l'électricité est établit depuis plus de 50 ans. Pourtant, l'application de ces tarifs dans le monde est encore limitée. Sur ce point, la France constitue une exception. EDF propose depuis trois décennies des effacements tarifaires à sa clientèle : le tarif heure pleine/heure creuse (créé en 1965 pour aplanir la courbe de charge nationale), le Tarif EJP ou Effacement Jour de Pointe créé en 1982 (qui n’est plus proposé à la vente), le tarif Tempo créé en 1996 pour faire face aux aléas impactant le système électrique durant les pointes hivernales. En 2010, ces tarifications représentaient respectivement 36%, 2,4% et 1,1% de la clientèle. Le développement des réseaux intelligents donne l’opportunité d’aller plus loin dans ces types de tarification.

Ainsi, l’intégration des technologies de l’information et de la communication dans la distribution électrique permet l’installation de « compteur communicant » appelé aussi « compteurs intelligents ». Ces compteurs rendent possibles la communication d’information entre les distributeurs et les consommateurs en temps réel. Cette communication peut porter sur le volume de consommation du foyer, sur la répartition de cette consommation entre différents usages. Il est possible de mettre en place des tarifications personnalisées qui tiennent compte des contraintes de la filière électrique et de celles des ménages. Il est aussi possible de "piloter" plus finement et de manière automatique l'installation électrique d'un foyer en fonction du prix de l’électricité en temps réel. Une plus large diffusion de la tarification dynamique constituerait un changement radical d'une hypothèse de base de l'analyse de la filière électrique : ce ne serait plus uniquement l’offre d’électricité qui devrait s’adapter à une demande non contrôlable, mais nous aurions un ajustement simultané de l’offre et de la demande guidé par des prix de marché et piloté automatiquement par un compteur intelligent.

Comme on le voit, les fondements du prix de l’électricité demain seront différents de ceux que nous avons connus. Mais l’augmentation du prix de l’électricité et le changement de la tarification ne sont-elles pas des conditions nécessaires à la transition énergétique ?

La 6ème édition des Journées de l’économie (Jeco) de Lyon ouvre ce jeudi 14 novembre. Mario Monti sera le grand témoin de cette édition déclinée autour d’un fil rouge, « Reconstruire la confiance » ! Les Jeco, organisées par la Fondation pour l’Université de Lyon, proposent aux citoyens des clés pour mieux comprendre le monde qui les entoure grâce à un éclairage économique. 6000 personnes sont attendues cette année encore pour participer aux 60 conférences au cours desquelles universitaires reconnus, chefs d’entreprises, personnalités politiques et journalistes confronteront leurs points de vue. Chaque jour, un expert vous présentera une de ces conférences! Aujourd’hui, Stéphane Robin et Carine Straropoli se demandent « Quel prix pour l’électricité de demain ? ».

Stéphane Robin, chercheur au laboratoire GATE LES de l’Université de Lyon 2

Carine Staropoli, Economiste, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Retrouver toute l’actualité des Jeco 2013 : https://www.journeeseconomie.org/

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Stéphane Robin, chercheur au laboratoire GATE LES de l’Université de Lyon 2 Carine Staropoli, Economiste, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

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