Quand le capitalisme tue le capital

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Par Simone Wapler Publié le 6 février 2018 à 5h00
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100 %D'ici 2030, la dette des Etats-Unis aura dépassé les 100 % de son PIB.

Le capitalisme est un mythe. L’épargne et le capital existent, en revanche, mais ils sont dévoyés et noyés dans la création monétaire.

« Le capitalisme n’existe pas. C’est une fiction sortie tout armée de la rhétorique socialiste », analysait Michel Leter, auteur trop tôt disparu de Capital. L’invention du capitalisme. Le faible niveau actuel des taux d’intérêt malgré l’endettement existant et les pitoyables efforts de « fléchage de l’épargne » de l’actuel gouvernement soutiennent cette idée. L’ouvrage de Michel Leter a cependant connu moins de succès que Le Capital de Marx ou le très indigeste pavé de Piketty, Le capital au XXIème siècle.

Dans nos manuels scolaires, on apprend en général que le capital est « une somme d’investissements utilisée pour en tirer un profit, c’est-à-dire un stock de biens ou de richesses nécessaires à une production ». « Somme », « stock », « investissement » : nous sommes dans le gros, une échelle qui dépasse celle de l’individu. Pour Michel Leter, héritier du libéralisme du XIXème siècle, le capital de chacun est constitué d’outils et de connaissances. Ces outils et cette connaissance sont hérités du passé, accumulé et forgé par chaque individu qui décide de différer une consommation immédiate.

Par exemple, Gérard Cromagnon décide de moins dormir et de ne pas participer à la grande fête de la grotte qui dure deux jours pour se fabriquer une lance durcie au feu, plus longue et dont le silex est soigneusement taillé selon un modèle qu’il vient d’imaginer. Ainsi, il sera plus performant à la chasse, pense-t-il. Bingo ! Gérard Cromagnon devient le meilleur tueur de bisons grâce à son nouveau modèle de lance super affutée. Voilà le capital à l’oeuvre. Ceux qui ont pris part à la grande fête de la grotte veulent aussi la part du butin de chasse de Gérard Cromagnon. N’a-t-il pas profité de la musique de la grande fête de la grotte tandis qu’il oeuvrait à son nouvel équipement ? Il a une dette vis à vis de la société… Voici les adversaires du capital à l’oeuvre.

« Le capital n’est pas un accident de l’histoire surgi à la faveur de l’instauration brutale d’un système baptisé capitalisme mais le fondement même de cette anthropologie élaborée par l’école française d’économie au XVIIIe et XIXe siècle et résumée par cette formule lumineuse d’Yves Guyot : Le capital, c’est l’homme. […] Le capitalisme n’est pas un système économique mais un mythe qui a pour fonction d’imputer au libéralisme les maux causés par le socialisme. » Michel Leter, discours du 16 décembre 2015

Aujourd’hui la forme la plus primitive de capitalisme est l’épargne monétaire. Cette épargne peut ensuite être agglomérée de façon à permettre des investissements ambitieux. Ce fut le rôle des banques : collecter l’argent des individus pour l’investir dans de gros projets gourmands. Dans le jargon d’aujourd’hui, on parle d’épargne « intermédiée ». Pour attirer l’épargne – cet argent librement soustrait par chacun de sa consommation –, les banques versent des intérêts. En théorie, l’argent, comme la viande, le sel ou le blé suit la loi de l’offre et de la demande. Plus il y en a, moins c’est cher et moins il y en a plus c’est cher.

Donc plus il y a d’épargne disponible, plus les taux baissent et vice versa. Mais c’est sans compter l’interventionnisme, le créditisme et la monnaie « créée à partir de rien » que font surgir les banquiers pour faire concurrence à l’épargne et la dévaloriser. C’est ce qui explique, par exemple, le développement de la consommation à crédit et la malédiction de la dette. A quoi sert d’épargner en vue d’un projet, si l’argent mis de côté ne rapporte rien (ou plutôt ne rapporte que des feuilles d’impôts) ? Et comme les taux d’intérêt sont bas autant emprunter.

Des pans entiers de nos économies modernes ne reposent que sur de la consommation à crédit. D’où la nécessité de gonfler cette bulle de crédit (et donc les dettes) pour éviter une récession qui ne serait qu’un retour à la raison. Alors que nous sommes en période de paix, le niveau d’endettement américain va bientôt atteindre celui de la Seconde Guerre mondiale…

Mais revenons à la France. Notre gouvernement prétend ne jurer que par les entreprises, les start-ups qui seraient la clé de notre croissance – ce qui est d’ailleurs exact puisque seul le secteur privé est apte à gagner de l’argent. Il souhaite « réorienter notre épargne » et la députée Amélie de Montchalin est chargée de cette commission. Pensez-vous qu’Amélie de Montchalin s’intéresse aux start-ups de la finance participative ? Car, miracle d’internet, désormais des intermédiaires proposent à des épargnants de souscrire en direct à des prêts d’entreprises ou à leur capital. Vous pouvez choisir vous-même des entreprises, des projets proches de l’économie réelle et générateurs de véritable croissance.

Que nenni. Dans la bonne tradition collectiviste et dirigiste française, Amélie de Montchalin s’est adressée d’abord aux intermédiaires, banques et assureurs. Il faut dire que son expérience professionnelle s’est déroulée chez BNP Paribas puis chez l’assureur Axa. Au lieu de prévoir des allégements de fiscalité et de redonner l’initiative aux épargnants, le gouvernement va superviser la création de nouveaux produits « intermédiés » commercialisés par les banques et les assureurs. Ce gouvernement Macron n’est pas libéral. Il est aussi étatiste et technocratique que les autres. Il méprise l’épargne et la faculté de discernement des individus. Il préfère les voies de la servitude. Ce « capitalisme » intermédié va tuer le capital.

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Simone Wapler est directrice éditoriale des publications Agora, spécialisées dans les analyses et conseils financiers. Ingénieur de formation, elle a quitté les laboratoires pour les marchés financiers et vécu l'éclatement de la bulle internet. Grâce à son expertise, elle sert aujourd'hui, non pas la cause des multinationales ou des banquiers, mais celle des particuliers.Elle a publié "Pourquoi la France va faire faillite" (2012), "Comment l'État va faire main basse sur votre argent" (2013), "Pouvez-vous faire confiance à votre banque ?" (2014) et “La fabrique de pauvres” (2015) aux Éditions Ixelles.

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