Risques et croissance

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Par Stéphane Déo Modifié le 4 décembre 2019 à 13h10
Italie Crise Economique Union Europeenne
2 026 MILLIARDS €En 2018, le PIB de l'Italie a été de 2 026 milliards d'euros.

Trump recommence à faire du Trump et la probabilité d’un accord sino-américain s’éloigne de nouveau alors que deux nouveaux fronts ont été ouverts : tensions avec l’Europe et hausse des droits de douane sur l’Argentine et le Brésil. La question est de savoir si l’économie mondiale peut tenir avec ces incertitudes persistantes. Nous tablons sur une reprise mondiale très lente.

Point de marché : et si l’Italie était un actif sans risque ?

Avec le renouveau des tensions commerciales (pour les pitreries de Donald voir le commentaire plus bas), le marché est de nouveau passé en mode « risk-off » hier. Il y a un point, qui devient récurrent depuis plusieurs jours voire semaine, et qui est surprenant c’est la réaction des taux italiens.

Le graphique ci-dessous montre que les taux allemands ont baissé, au total de 8,5 pdb sur la séance, réaction normale à un risque accru. Dans le même ordre d’idée, l’EuroStoxx a cédé 0,43% sur la journée avec les secteurs les plus cycliques les plus pénalisés, le credit IG s’est légèrement écarté (+1 pdb) alors que le HY a plus souffert (+15 pdb). En résumé, réaction pavlovienne du marché, les actifs risqués à la baisse.

Sauf que l’Italie a réagi exactement comme les taux allemands. Après la description que nous venons de donner, nous serions en droit d’attendre que les spreads italiens se soient écartés des taux allemands. Que nenni, ils ont perdu 8,5 pdb sur la séance, exactement la même chose que les taux allemands, et la baisse des taux a même accéléré en fin de séance lorsque la nouvelle de plus de tension était connue.

Ceci est paradoxal, sur le mois derniers les spread italiens se sont écartés doucement mais surement passant de moins de 140 pdb en début de mois à plus de 160 actuellement. Signe de défiance du marché. Il n’en demeure pas moins, malgré cette tendance de fond, que les réactions des spreads aux chocs de risque ont énormément changé. L’Italie n’est certainement pas un actif sans risque, mais les taux italiens se comportent de plus en plus en tant que tels.

L’économie au risque Trump

C’est reparti pour un tour. Une fois de plus alors qu’un accord semblait possible, Donald a remis de l’huile sur le feu en disant que les négociations avec la Chine n’aboutiraient pas nécessairement avant les élections présidentielles de novembre 2020. A noter aussi que la Chine a réagi à une loi votée par la chambre des représentants américaine en support aux Ouigours. Trump a aussi menacé la France de représailles suite à l’adoption de la « taxe Gafa ». Hier il avait augmenté les droits de douane sur l’acier et l’aluminium Brésilien et Argentin parce que ces deux pays « manipulent leur monnaie ». Rappelons que le taux de référence de la banque centrale argentine, le taux à 7 jours sur les emprunts d’état, est de 68% ce matin : l’Argentine est en pleine crise économique et est tout sauf un « currency manipulator ».

Bref Donald fait du Donald.

Et la question est de savoir si l’économie peut tenir. La réponse est probablement oui. Le PMI chinois dans les services publié hier s’est nettement redressé, 53,5 après 51,1, l’équivalent indien a fait de même 52,7 après 49,2. Plus intéressant parce que directement impacté par la guerre commerciale, la grande majorité des PMI asiatiques manufacturiers se sont améliorés ce mois-ci.

Au-delàs de ces indicateurs de court terme, il semble que plusieurs indicateurs cycliques se redressent car ils avaient atteint des niveaux trop bas pour être tenables à terme : c’est le cas de l’investissement dans certains secteurs (en particulier l’électronique), c’est aussi le cas pour le commerce international qui regagne des couleurs depuis l’été.

L’incertitude devrait donc perdurer à un niveau élevé, mais cela est cohérent avec une vue de reprise mondiale très lente.

Schnabel est bien un faucon

Après audition au Parlement européen, Isabel Schnabel et Fabio Panetta ont été confirmés comme membre du Directoire de la BCE.

Nous avions dit à quel point la nomination de Schnabel était une bonne nouvelle pour la BCE. Elle s’est de nouveau montrée critique contre certains arguments utilisés contre la BCE et a défendu la politique mise en place.

En revanche, ce changement de ton ne veut pas dire que Schnabel soit une colombe, au contraire, elle a dit par exemple qu’elle aurait attendu pour lancer le QE et que les effets indésirables des taux négatifs devraient être pris en compte.

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Stéphane Déo est stratégiste chez La Banque Postale Asset Management. Il est diplômé d'HEC, a un DEA en économie à l'Ehess (Ecole des hautes études en sciences sociales) et un doctorat en finances à HEC. Il a effectué des études post-doctorales à l'université de Berkeley (Californie).Après l’OCDE et Goldman Sachs, il travaille chez UBS en 2001 comme économiste puis stratégiste jusqu’en 2015. Il poursuit son expérience chez Empirical Research Partners comme stratégiste actions globales.

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