Climat : les subventions aux énergies fossiles font débat jusque dans le bâtiment

Par Alexandre Toussaint Modifié le 29 novembre 2022 à 9h15
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44%L'utilisation d'énergies fossiles est également favorisée dans le bâtiment, qui représente 44 % de la consommation totale dans l'Hexagone.

Malgré l'Accord de Paris pour le climat, le financement des énergies fossiles continue d'être soutenu dans nombre des 196 pays signataires. À cause de la pollution qu'elles génèrent, ces dépenses induisent des frais de santé jusqu'à six fois supérieurs dans le secteur du transport, mais aussi du bâtiment.

Exonération de taxes pour le kérosène et le gaz, fiscalité réduite pour le fioul, coefficient énergétique avantageux pour le charbon... Les subventions aux énergies fossiles (charbon, gaz et pétrole) ne cessent d'augmenter dans le monde, en dépit des conséquences maintenant connues de tous sur le réchauffement climatique. En 2015, leur montant aurait presque été multiplié par trois (5 300 milliards de dollars, contre 1 900 en 2014), selon une étude du Fonds monétaire international (FMI). Pour expliquer l'explosion des quelque 800 aides directes et indirectes attribuées aux ressources énergétiques les plus émettrices en gaz à effet de serre (GES), principal facteur du réchauffement de la planète, l'organisme s'est basé sur leur coût réel pour l'environnement et la santé. Cette valeur a en effet fortement augmenté depuis son actualisation par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Premier bénéficiaire de ces subventions, le charbon est pourtant responsable de 40 % du C02 émis sur la planète, suivi du gaz et du pétrole. Pays le plus peuplé de la planète, la Chine est sans surprise le plus généreux envers les énergies fossiles avec près de 2 300 milliards de dollars versés en 2015, devant les États-Unis (700 milliards) et la Russie (335 milliards). La France consent, quant à elle, à 5 milliards d'euros d'aides en tout genre pour la filière. Le total des subventions, dont un tiers est financé par les 40 pays les plus riches, représenterait 6,5 % du PIB mondial. Lourde de conséquences en termes de pollution, la production et la consommation d'énergies fossiles provoqueraient la mort de 6,5 à 7,3 millions de personnes chaque année dans le monde. Récemment, la coalition d'ONG Heal a estimé qu'en 2014, les subventions accordées à ces ressources énergétiques avaient engendré des coûts sanitaires liés à leur utilisation six fois plus élevés.

4,3 millions de décès chaque année à cause de la pollution de l'air intérieur

Selon le rapport de Heal, 2 600 milliards d'euros auraient été dépensés cette année-là pour soigner les effets néfastes tels que les infections respiratoires, crises cardiaques, AVC et autres cancers dus à la pollution. En France, l'impact sanitaire des énergies fossiles serait près de 12 fois supérieur aux subventions. Sur les 7,3 millions de victimes annuelles de la pollution dans le monde, 4,3 millions décèderaient à cause de l'air intérieur, selon l'OMS. Comme dans les transports, l'utilisation d'énergies fossiles est également favorisée dans le bâtiment, qui représente 44 % de la consommation totale dans l'Hexagone.

Malgré son impact désastreux sur l'environnement, le recours au charbon, au gaz et au fioul reste prédominant (57 %) dans ce secteur. En cause : la législation française, particulièrement favorable aux énergies fossiles. Conformément aux engagements de l'État, les réglementations successives ont pour objectif affiché d'améliorer le rendement énergétique des bâtiments résidentiels et tertiaires afin d'économiser les ressources. La RT2012 (Réglementation thermique 2012) a ainsi fixé une limite de consommation d'énergie à 50 kWh/m2/an, tandis que la future RE2018 (Réglementation environnementale 2018) prévoit d'imposer aux nouvelles constructions de produire plus d'énergie qu'elles n'en dépensent sur leur durée de vie moyenne (50 ans). Pourtant, aussi louables soient-ils, ces textes de référence continuent de favoriser les énergies fossiles en appliquant un coefficient énergétique de 2,58 pour les énergies secondaires comme l'électricité d'origine nucléaire, dont la production n'émet que très peu de CO2, contrairement aux énergies dites primaires (charbon, gaz et pétrole), beaucoup plus néfastes pour l'environnement et pour la santé mais affublée d'un coefficient nul.

France : les signaux positifs d'Emmanuel Macron

Selon les études de négaWatt, Greenpeace et EDF R&D, l'abandon des énergies fossiles serait pourtant possible dès 2050 dans le bâtiment sans augmenter de façon significative la demande en électricité. L'amélioration des performances énergétiques, notamment via un recours au nucléaire et aux énergies renouvelables, permettrait en outre de réduire d'un huitième (90 millions de tonnes) les émissions de C02 dans le pays. C'est pourquoi Heal recommande une baisse « drastique » des subventions aux énergies fossiles, évoquant même leur suppression pure et simple d'ici 2020 dans les pays du G20 et d'ici 2025 dans ceux en voie de développement. « Les subventions à la production de charbon, de pétrole et de gaz entravent l'Accord historique de Paris, dans lequel 196 pays ont accepté de limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 ou 2 degrés maximum », a plaidé le fonds néerlandais Actiam lors d'un appel à l'action de plusieurs investisseurs et assureurs internationaux en début d'année. La France semble être décidée à agir concrètement, si l'on en croit les engagements d'Emmanuel Macron de porter la taxe carbone à 100 euros la tonne en 2030 et d'aligner la fiscalité du diesel sur celle de l'essence pendant le quinquennat. À quand des mesures similaires pour enfin pénaliser les énergies fossiles dans le bâtiment ?

Parce que l'optimisation de l'efficacité énergétique des bâtiments industriels a un impact direct sur la compétitivité des entreprises, l'opportunité de faire appel à un expert s'impose d'elle-même. Depuis plus de 10 ans, j'élabore pour mes clients des campagnes de mesures de consommation, et réalise des bilans énergétiques complets ainsi que des diagnostics énergétiques adaptés

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