Le télétravail, véritable aubaine pour les salariés ?

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Par François Enius Publié le 6 février 2022 à 8h16
Teletravail Salaries Productivite 1
11%11% des Frnaçais pratiquent le Flex Office.

Face à cette crise sanitaire inédite, le télétravail est très vite apparu comme LA solution pour préserver l’activité. Pourtant mal perçue auparavant, depuis 2020 cette alternative est largement plébiscitée par les dirigeants et surtout les employés. Cependant, on en vient à oublier les possibles aspects négatifs et les dérives que la pratique pourrait engendrer à moyen terme. Mais quelles sont donc ces dangers si peu évoqués ? Pourquoi le télétravail devrait-il être appréhendé différemment – notamment par les employés ?

L’apparition du Flex-office : vers la perte de repères pour les salariés

Avec le télétravail, jusque-là minoritaire et souvent réservée aux grands groupes, est en train d’émerger une nouvelle pratique dans l’espace de travail. Celle du Flex-Office ou « sans bureau fixe ». Le concept ? Ne plus accorder de bureau attitré à un employé, mais lui proposer une sorte de self-service : place à la demande enfin …à la disponibilité.

Désormais, lorsqu’ils viennent au bureau, 11% des Français3 pratiquent le Flex office. Un changement qui peut s’avérer perturbant pour le salarié mais aussi pour le manager (difficulté à communiquer). La symbolique du lieu est essentielle, le salarié ne peut plus s’approprier son espace de travail, chaque poste devient anonyme. 37% des Français qui pratique le Flex office4 n’ont pas apprécié l’expérience. Il est donc nécessaire que le manager accompagne les salariés afin qu’ils ne se sentent pas déshumanisés. Car si cette pratique peut être considérée comme une perte, elle peut aussi représenter une évolution vers la modernité dans l’histoire du management, semblable aux espaces de co-working ou aux open spaces. Il faudra très certainement réinventer le management (à distance) si l’on veut pérenniser le modèle du Flex office.

Le télétravail à la source d’un nouvel écart entre générations

Et un autre fossé se creuse. Celui des générations de salariés qui s’éloignent peu à peu. 36 % des 25-34 ans5 estiment que leur travail peut être exercé à distance, contre 22 % des 50-64 ans. Ainsi, il existe de réelle inégalité de perception entre générations, tandis que les salariés séniors préfèrent se rendre au travail, les jeunes générations, sont-elles beaucoup plus à l’aise avec l’idée de venir lorsque l’occasion se présente.

Des besoins divergeant qu’il faudra harmoniser. Pour ne pas créer de conflit ou d’inégalité en interne.

Et si les entreprises décidaient de se passer des Français …

Alors que le télétravail est imposé par 73% des salariés6 , à terme nous pourrions assister à un changement de paradigme. Alors que le télétravail est majoritairement voulu par l’employé, cela pourrait se retourner contre lui. La suite logique pourrait être que l’entreprise pense à remplacer le salarié par un autre (via une main-d’œuvre tout aussi qualifiée mais à l’étranger) qui lui coûterait moins cher. Certaines entreprises pourraient penser que le salarié « veut les avantages de son poste, mais pas les inconvénients » (transport, etc.) ». Car il ne faut pas l’oublier, l’entreprise a la possibilité, dans cette situation, de prendre la décision de faire elle aussi évoluer son fonctionnement. C’est bien elle qui a fixé le cadre du contrat de travail avec ses contraintes d’horaires et de lieu. Après le made in China pour les produits, on pourrait bien assister à des employés « from the world »! C’est déjà le cas dans certains métiers, téléopérateurs pour la gestion de la relation client ou le service après-vente, localisés hors Hexagone.

Quand le pouvoir d’achat des salariés de grandes villes s’installe en zone rurale…ça fait mal !

Sans aller aussi loin, un autre type d’inégalité peut s’installer : la délocalisation à l’initiative du salarié souhaitant déménager vers la province. Selon une étude Ifop, 47% des Parisiens7 souhaitent quitter la capitale ou une Grande ville pour la province. Toutefois cela crée un décalage en termes de niveau de vie avec les locaux qui s’en plaignent. En cause notamment : l’inflation sur l’immobilier local, les prix des biens ayant fortement augmenté. Sans oublier que selon la taille des villes, il n’est et ne sera pas toujours possible de garantir une égalité de traitement dans certaines prises en charge (transports, écoles, santé).

Des petites structures mal à l’aise avec le télétravail

L’institut ViaVoice a sorti en mars 2021 le troisième baromètre des dirigeants qui révèle que 71% des dirigeants,8 toutes tailles d’entreprises confondues, ne pensent pas pérenniser le télétravail. Et c’est logique car, c’est une tendance forte que pratique plus facilement les grandes entreprises, plus aptes à gérer les investissements nécessaires pour télétravailler efficacement. Dans le détail, selon la taille de l’entreprise il existe également des inégalités, 77 % des PME de moins de 100 salariés 9 n’envisagent pas de continuer avec cette organisation du travail alors que 80 % des entreprises de plus de 1 000 salariés 9 veulent l’inscrire dans le temps.

En cause : le facteur coût (investissement dans la transition digitale) et un facteur psychologique (lié à la réticence des petites entreprises face au télétravail).

Ce clivage, cette inégalité, pourrait à long terme impacter l’attractivité de ces entreprises et créer un fossé entre les salariés de grands groupes et des TPE/PME.

Ainsi, si bon nombre de Français sont satisfaits du télétravail, ils ne doivent pas négliger les nombreuses inégalités qui en découlent. Si le télétravail en période de crise est bénéfique car il permet de gagner en qualité de vie et en sécurité face à la menace sanitaire, il n’en demeure pas moins difficile d’envisager positivement ce mode de fonctionnement dans un pays où l’on reste attaché à la hiérarchie, aux réunions de visu et tout simplement à l’humain.

Il faudra de part et d’autre, du côté de l’entreprise et du côté de l’employé, trouver le bon équilibre pour que cette période de transition puisse perdurer de façon intelligente. Tout cela, sans menacer les écosystèmes locaux des régions plébiscitées pour les résidences secondaires par exemple ou les entreprises qui pourraient avoir l’impression que leur main-d’œuvre ou leur matière grise n’est plus aussi accessible ou disponible.

Sources :

1 https://www.oberlo.fr/blog/travail-a-distance

2 https://www.capital.fr/votre-carriere/teletravail-62-des-metiers-pourraient-se-faire-a-distance-1371495

3 – 4 https://www.helloworkplace.fr/flex-office-enquete/

5 https://www.focusrh.com/strategie-rh/organisation-et-conseil/pendant-la-crise-le-teletravail-creuse-les-inegalites-33761.html

6 https://www.lci.fr/vie-pro/video-teletravail-ces-salaries-qui-ne-veulent-pas-retourner-au-bureau-en-presentiel-2190167.html

7 https://www.mieuxvivre-votreargent.fr/vie-pratique/budget-de-la-famille/2021/09/27/paris-trop-chere-pour-47-de-ces-habitants-qui-souhaitent-demenager/

8 - 9 https://www.bpifrance.fr/nos-actualites/teletravail-71-des-dirigeants-ne-souhaitent-pas-le-perenniser

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DESS de Gestion, dirigeant d’entreprise, ancien du groupe Vivendi, professeur à la faculté de sciences éco de Reims, intervenant au sein de grandes écoles, François Enius accompagne depuis 1995 les dirigeants dans leur vie d’entreprise. Il a travaillé pour le compte de grands groupes dans le conseil, la réalisation et l’évaluation d’importants projets d’organisation et de formation au service de l’amélioration des compétences. Il a créé dans le cadre de ses missions plusieurs Groupes par le biais de fusions successives et a assuré la sortie de nombreuses crises au sein de diverses structures (Grands Groupe, PME). Il vient de publier « Culture d'entreprise: des racines et des hommes » chez AFNOR Editions, un manuel stratégique à l'usage du dirigeant pour se servir de sa culture d'entreprise comme levier.

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