Syrie : des « tonnes de matières nucléaires » découvertes

La Syrie a révélé à l’AIEA la présence de plusieurs tonnes de matière nucléaire héritées du régime Assad, marquant une rupture historique après dix-huit ans de silence. Rafael Grossi, directeur de l’agence onusienne, a confirmé la découverte sur deux sites, dont celui de Deir ez-Zor bombardé par Israël en 2007. Ces substances seront désormais placées sous contrôle international.

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By La rédaction Published on 19 août 2026 11h25
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Syrie : des « tonnes de matières nucléaires » découvertes - © Economie Matin
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Le 17 juillet 2026, la Syrie a officiellement notifié l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) de la présence de plusieurs tonnes de matière nucléaire sur un site jusqu'alors non déclaré. Héritage du régime déchu de Bashar al-Assad, ces substances radioactives marquent une rupture avec près de deux décennies de dissimulation. Rafael Grossi, directeur général de l'AIEA, s'est rendu à Damas pour constater l'étendue de la découverte et engager un dialogue inédit avec les nouvelles autorités syriennes.

Plusieurs tonnes de matériel radioactif identifiées sur deux sites

Lors d'une conférence de presse tenue aux côtés du ministre syrien des Affaires étrangères Asaad al-Shaibani, Rafael Grossi a confirmé la présence de « quelques tonnes de matériel nucléaire qui pourrait être détourné à de mauvaises fins ». L'inspection a porté sur deux emplacements distincts : le premier se situe à Deir ez-Zor, dans l'est du pays, le second correspond au site récemment signalé par les autorités syriennes. Les inspecteurs ont achevé la collecte d'échantillons et procédé à une première évaluation sur place. Le matériel identifié sera désormais soumis au système international de garanties, permettant un contrôle rigoureux et permanent de son utilisation.

Selon RTE, le ministre syrien a précisé que les évaluations techniques indiquent que ces substances ne présentent pas de danger immédiat. Elles restent sous garde nationale syrienne et sous surveillance de l'AIEA. Toutefois, leur nature exacte et leur potentiel d'utilisation militaire devront faire l'objet d'analyses approfondies dans les mois à venir.

Deir ez-Zor, un réacteur clandestin bombardé en 2007

Le site de Deir ez-Zor, également connu sous le nom d'Al-Kibar, cristallise depuis longtemps les soupçons internationaux. En septembre 2007, Israël avait mené un raid aérien top secret contre cette installation, détruisant ce que Tel-Aviv et Washington présentaient comme un réacteur nucléaire en construction. L'opération n'a été officiellement reconnue par Israël qu'en 2018, soit onze ans après les faits. En 2008, des responsables américains avaient accusé la Syrie d'avoir tenté de bâtir un réacteur clandestin avec l'assistance technique de la Corée du Nord.

L'AIEA avait conclu en 2011 que le site était « très probablement » un réacteur nucléaire, validant ainsi les allégations occidentales et israéliennes. L'agence avait également souligné que les informations disponibles suggéraient une collaboration nord-coréenne dans ce projet. En 2024, lors d'une inspection sur place, des particules d'uranium ont été découvertes, renforçant la thèse d'activités nucléaires non déclarées. L'accès au site, fermé pendant dix-huit ans, vient d'être rouvert aux experts internationaux, permettant enfin des fouilles et des analyses approfondies. Comme le rapporte Al Jazeera, la visite de Rafael Grossi valide les évaluations de longue date de l'AIEA concernant la construction clandestine d'un réacteur.

Un héritage encombrant pour le gouvernement de transition

La transition politique amorcée fin 2024 avec la chute du régime Assad a ouvert une fenêtre d'opportunité inédite. Le président Ahmed al-Sharaa, à la tête du gouvernement de transition, a choisi la voie de la transparence pour tourner la page des décennies de Baath. Asaad al-Shaibani a insisté sur le caractère volontaire de la démarche : « Nous avons envoyé de notre propre initiative une lettre officielle à l'agence, dans laquelle nous avons déclaré la présence de matières nucléaires sur un site non déclaré, héritage laissé par l'ancien régime. »

Rafael Grossi a salué « une décision courageuse », soulignant qu'elle permet d'entamer un nouveau chapitre dans les relations entre la Syrie et l'AIEA. « Nous commençons à tourner une page, et tourner une page ne signifie pas oublier le passé », a-t-il déclaré. Le directeur de l'agence a précisé que des experts syriens et internationaux collaboreront désormais pour assurer le stockage sécurisé de ces matériaux radioactifs, évitant tout risque de prolifération ou d'accident. La démarche syrienne contraste avec les précédentes tentatives de dissimulation, notamment en Irak ou en Libye, où les régimes ont longtemps refusé toute coopération avec l'AIEA.

Un inventaire complet et des garanties internationales

La découverte de ces tonnes de matière nucléaire soulève de multiples interrogations sur l'ampleur réelle du programme syrien. Officiellement, la Syrie n'a jamais disposé de programme nucléaire civil ou militaire reconnu. Pourtant, les faits démontrent une activité secrète de longue date, vraisemblablement orientée vers des objectifs militaires. L'AIEA devra désormais établir un inventaire complet de ces stocks, vérifier leur composition précise et s'assurer qu'aucun détournement n'a eu lieu depuis leur constitution.

Les autorités syriennes s'engagent à conserver ces matières sous contrôle national tout en acceptant le système de garanties de l'agence onusienne. Cet équilibre délicat vise à rassurer la communauté internationale sans pour autant céder la souveraineté du pays sur ses ressources. Identifier précisément la nature et la composition de chaque lot de matière nucléaire découvert, évaluer le niveau d'enrichissement de l'uranium et son potentiel d'utilisation militaire, mettre en place des protocoles de stockage conformes aux normes internationales les plus strictes, assurer une surveillance continue pour prévenir tout détournement futur, former le personnel syrien aux bonnes pratiques de gestion des substances radioactives : autant de défis logistiques et techniques que l'AIEA et les autorités syriennes devront relever conjointement.

Selon France 24, la coopération entre Damas et l'AIEA a atteint un stade avancé, marquant une volonté de réintégration dans le concert des nations. La Syrie rejoint ainsi la liste des pays ayant dû gérer l'héritage nucléaire d'un régime autoritaire. L'Ukraine, l'Irak, la Libye ont connu des situations comparables, chacune avec ses spécificités. La différence majeure réside dans la volonté affichée par le nouveau pouvoir syrien de collaborer pleinement avec l'AIEA, contrairement aux tentatives de dissimulation qui ont caractérisé d'autres transitions.

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