Croissance : le décrochage français

L’économie française s’enlise. Après un premier semestre sans élan, l’Insee a nettement abaissé sa prévision de croissance pour 2026, à 0,4 %, contre 0,7 % auparavant. La consommation patine, l’investissement recule et le marché du travail se dégrade, tandis que les vagues de chaleur ont aggravé les difficultés de l’agriculture et des travaux publics. Face à des voisins européens plus dynamiques, l’Hexagone aborde la fin de l’année avec des marges de manœuvre budgétaires particulièrement réduites.

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By Rédacteur Published on 3 octobre 2026 9h33
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Croissance : le décrochage français - © Economie Matin

Une économie distancée par ses voisins

Le constat de l’Insee est sans ambiguïté : la France a perdu du terrain au premier semestre. Après une contraction de 0,2 % du PIB au premier trimestre, l’activité a stagné au deuxième. Dans sa note de conjoncture trimestrielle publiée le 14 septembre, l’Insee prévoit désormais une progression de seulement 0,4 % sur l’ensemble de 2026, contre 0,7 % dans sa précédente estimation. Une révision qui traduit l’ampleur du ralentissement plus qu’un simple accident statistique.

Le décrochage apparaît surtout lorsqu’on compare la France à ses principaux partenaires. L’Allemagne a enregistré deux trimestres de croissance, à 0,4 % puis 0,3 %. L’Italie a progressé de 0,3 % puis 0,2 %, tandis que l’Espagne a affiché 0,6 % puis 0,7 %. Le Royaume-Uni a également conservé une activité soutenue, avec 0,6 % puis 0,4 %. « À rebours de ses voisins, l’économie française a décroché », résume Dorian Roucher, responsable du département de la conjoncture de l’Insee.

La faiblesse française vient notamment de la demande intérieure. La consommation des ménages reste peu dynamique et l’investissement public recule, notamment sous l’effet du cycle électoral municipal. La dépense publique progresse également moins vite que chez certains voisins. Résultat : « tous les moteurs de la demande intérieure » sont « grippés », selon l’Insee.

Cette panne intervient alors que le marché du travail donne lui aussi des signes de faiblesse. La remontée du chômage et des salaires moins dynamiques réduisent le soutien apporté par les revenus à la consommation. Or celle-ci reste un déterminant essentiel de l’activité française. En parallèle, l’investissement des entreprises devrait diminuer de 0,3 % cette année ; celui des ménages reculerait de 1,3 %.

Le choc climatique devient un facteur économique

La conjoncture française a également été rattrapée par les effets des épisodes climatiques extrêmes. Les vagues de chaleur et la sécheresse ont particulièrement affecté l’agriculture, davantage que dans les autres grandes économies européennes. L’Insee estime leur impact à 0,1 point de croissance sur l’année.

Les statistiques de croissance ont d’ailleurs été révisées à la baisse après l’intégration de données agricoles plus dégradées que prévues. « Les récoltes vont sans doute être extrêmement difficiles dans un certain nombre de secteurs, dans un certain nombre de régions », a averti le ministre de l’Économie Roland Lescure. Pour Bercy, l’ampleur du choc climatique doit désormais être intégrée aux projections économiques et budgétaires. Le ministre a qualifié la révision de la croissance de « premier impact concret de l’été horrible qu’on a vécu ».

Les dégâts ne concernent toutefois pas uniquement les exploitations agricoles. Les fortes chaleurs perturbent certaines activités extérieures et ont contribué au ralentissement des travaux publics. L’Insee évoque un « retournement violent » dans ce secteur.

À cette contrainte conjoncturelle s’ajoute celle des finances publiques. Avec un déficit élevé, l’État dispose de moins de latitude pour soutenir l’activité par la dépense. L’Insee anticipe ainsi une « impulsion budgétaire moins favorable ». Le gouvernement doit donc composer avec une équation délicate : contenir les déficits sans accentuer le ralentissement.

Un léger mieux, mais un pouvoir d’achat sous pression

L’institut statistique table malgré tout sur une amélioration progressive au second semestre. La croissance atteindrait 0,1 % au troisième trimestre puis 0,2 % au quatrième. La fin des principaux effets directs des épisodes de chaleur, en particulier sur les travaux publics, devrait permettre à l’activité de retrouver un peu d’élan. Le climat des affaires s’est par ailleurs redressé après les perturbations liées aux tensions géopolitiques.

Ce rebond resterait toutefois insuffisant pour effacer le retard accumulé depuis le début de l’année. La croissance française de l’année 2026 devrait trois fois inférieure à celle attendue chez les voisins de la zone euro ou au Royaume-Uni. L’amélioration de l’activité ne se traduirait par ailleurs pas immédiatement par une amélioration du niveau de vie.

Le pouvoir d’achat des ménages devrait en effet diminuer de 0,4 % en 2026. Ce recul s’explique notamment par la baisse de l’emploi salarié et une inflation plus élevée que prévue : elle devrait atteindre 2,9 % à la fin de l’année, notamment sous l’effet d’un renchérissement temporaire des produits alimentaires. L’Insee évoque notamment un « coup de chaud transitoire sur les prix des légumes frais ».

La consommation ne progresserait ainsi que de 0,3 % sur l’année. De fait pour maintenir leurs dépenses, les ménages devraient davantage puiser dans leur épargne. Le taux d’épargne passerait de 17,8 % du revenu brut en 2025 à 17,3 % en 2026.

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