Nucléaire : la France continue d’acheter de l’uranium à la Russie

Le commerce d’uranium entre la France et la Russie se poursuit malgré la guerre en Ukraine. Une analyse récente de Greenpeace France dénonce la persistance de flux nucléaires jugés opaques, impliquant des acteurs industriels français et le géant russe Rosatom, en dépit des sanctions européennes annoncées.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 28 janvier 2026 10h12
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Nucléaire : la France continue d’acheter de l’uranium à la Russie - © Economie Matin
86%En France, le nucléaire représente 86 % de la production électrique d’EDF

Le 28 janvier 2026, Greenpeace France publie une analyse détaillée consacrée au commerce d’uranium entre la France et la Russie. Près de quatre ans après le début du conflit en Ukraine, cette relation commerciale reste active. Elle concerne l’uranium naturel, l’uranium enrichi et l’uranium de retraitement, au cœur de la filière nucléaire française et de son approvisionnement énergétique.

Le commerce d’uranium au cœur des relations nucléaires franco-russes

Le commerce d’uranium entre la France et la Russie demeure une réalité industrielle. Selon l’analyse de Greenpeace France publiée fin janvier 2026, des cargaisons continuent d’arriver régulièrement dans les ports européens, notamment à Dunkerque. Ces flux concernent différentes formes d’uranium destinées à l’industrie nucléaire française, essentielle à la production d’électricité nationale. En France, le nucléaire représente 86 % de la production électrique d’EDF en 2024, selon des données reprises par l’AFP, ce qui explique le caractère stratégique de ces importations.

Cependant, Greenpeace souligne que ce commerce d’uranium s’inscrit dans une chaîne d’approvisionnement complexe. Une part importante de l’uranium naturel importé provient officiellement du Kazakhstan ou de l’Ouzbékistan. Néanmoins, ces matières transitent par la Russie et passent, selon l’ONG, « entre les mains de Rosatom » avant leur arrivée en Europe, détaille Le Parisien. Cette situation entretient, de fait, des liens économiques avec la Russie dans un contexte géopolitique extrêmement tendu.

Rosatom, EDF et Orano : des acteurs clés du nucléaire français

Au centre de ce commerce d’uranium, Greenpeace France pointe le rôle structurant de Rosatom, entreprise publique russe du nucléaire. Selon l’ONG, la France reste totalement dépendante de la Russie pour l’utilisation de son uranium de retraitement, également appelé URT.

Les industriels français sont directement concernés. Les importations et exportations d’uranium alimentent les activités d’Orano, spécialiste du cycle du combustible, ainsi que celles de EDF, premier exploitant de centrales nucléaires en Europe. Le Monde rapporte d’ailleurs que la France a repris en novembre 2025 des exportations d’uranium de retraitement vers la Russie. Pour être réutilisé, cet uranium doit être traité dans une installation située à Seversk, en Sibérie, l’une des rares usines au monde capables de cette opération.

Cette situation alimente les critiques de Greenpeace. « Notre pays alimente ainsi l’économie russe et, par extension, sa machine de guerre », déclare Pauline Boyer, chargée de campagne Transition énergétique à Greenpeace France, dans l’analyse publiée par l’ONG.

Opacité des flux et limites des sanctions européennes

L’un des points centraux de la dénonciation concerne l’opacité persistante du commerce d’uranium. Greenpeace France affirme qu’en 2024 et 2025, près de la moitié des importations d’uranium enrichi en France étaient classées comme provenant de pays « non identifiables » dans les registres douaniers. Cette absence de transparence complique l’évaluation précise de la dépendance réelle vis-à-vis de la Russie, selon l’ONG.

Les données relayées par Le Monde apportent néanmoins des éléments chiffrés. En 2022, 67 % de l’uranium enrichi importé en France provenait de Russie. Cette part est tombée à 24 % en 2024, selon les registres douaniers cités par le quotidien. Malgré cette baisse, Greenpeace estime que les flux restent significatifs. 18 % de l’uranium enrichi importé en France provenait encore de Russie à la fin septembre 2025.

Sur le plan européen, les sanctions peinent à intégrer le nucléaire. Depuis février 2022, dix-neuf trains de sanctions ont été adoptés par l’Union européenne, mais l’atome en est resté largement exclu, rappelle Le Monde. En 2024, les importations énergétiques de l’Union européenne en provenance de Russie ont atteint 22 milliards d’euros. Dans ce total, l’uranium représente environ 700 millions d’euros, selon l’Institut Bruege.

Greenpeace France appelle à un changement de cap. « Le gouvernement français et l’Europe doivent sanctionner Rosatom pour envoyer un signal fort », affirme Pauline Boyer. Pour l’ONG, la poursuite du commerce d’uranium avec la Russie demeure incompatible avec les discours politiques sur le soutien à l’Ukraine et la réduction des dépendances énergétiques.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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